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CRITIQUES DE CONCERTS 12 décembre 2019

Récital de José Van Dam accompagné par Maciej Pikulski à l'auditorium du musée d'Orsay, Paris.

La légende Van Dam

Interprète privilégié du grand répertoire lyrique comme de la mélodie française, José van Dam est entré dans la légende, et fait partie de ces stars connues même du grand public. Ce soir, au musée d'Orsay, le baryton belge, à l'évidence fatigué, aura eu dans un premier temps bien du mal à entretenir sa légende.
 

Musée d'Orsay, Paris
Le 08/04/2004
Yannick MILLON
 



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  • Sur le principe, on peut d√©sapprouver le choix de donner le cycle juv√©nile des Dichterliebe avec la voix sombre et virile de Van Dam, d'autant que, dans la pratique, il alterne les transpositions de l'original pour voix aigu√ę sans pr√©server les rapports de tonalit√©s du cycle. Si les voix graves ont r√©ussi √† s'approprier le Winterreise de Schubert, pourtant √©crit √† l'origine pour t√©nor, on peut s'interroger sur l'opportunit√© d'aborder un r√©pertoire d'amours adolescentes, de sensibilit√© √† fleur de peau, √† moins d'avoir la jeunesse absolue de timbre d'un Fischer-Dieskau, ou une √©mission l√©g√®re et lumineuse.

    Or, il faut bien reconna√ģtre que Van Dam n'a ni l'une ni l'autre. Les immenses qualit√©s de la voix du baryton-basse sont tout autres, et la soir√©e montrera autant les limites d'une demi-teinte devenue difficile que les splendeurs d'une pleine voix intacte. Si l'allemand est honorable, si certaines intentions sont belles ¬Ė H√∂r ich das Liedchen klingen et Am leuchtenden Sommermorgen ¬Ė, on reste sceptique devant la conception d'ensemble du cycle. Le ton est tr√®s neutre, le premier degr√© domine ¬Ė Das ist ein Fl√∂ten und Geigen, Ein J√ľngling liebt ein M√§dchen ¬Ė et l'ensemble reste peu √©vocateur. Les encha√ģnements n'aident pas le climat √† s'installer, car tous les Lieder se succ√®dent avec des pauses de m√™me longueur et sans densit√©, jamais habit√©es par les interpr√®tes.

    De surcro√ģt, Pikulski semble ignorer d√©lib√©r√©ment toute nuance au-del√† du mezzo forte et aplanit la dynamique en une mare d'eau ti√®de. Son beau toucher ne rach√®te pas un apparent manque de travail des deux musiciens, et les d√©parts approximatifs et autres manques de communication manifestes ¬Ė Ich hab' im Traum geweinet ¬Ė emp√™chent toute √©vasion et maintiennent le spectateur dans la crainte d'un vrai plantage. Car ce soir, la fragilit√© de la demi-teinte donne l'impression que Van Dam est aux prises avec un certain nombre de difficult√©s techniques. Souffre-t-il encore de ce qui lui a fait annuler un r√©cital l'avant-veille, ou sont-ce l√† les premiers signes d'un d√©clin vocal tout naturel √† son √Ęge ?

    Apr√®s la pause, le r√©pertoire de pr√©dilection du baryton belge, la m√©lodie fran√ßaise, r√©serve quelques merveilles, notamment le Colloque sentimental et l'Invitation au voyage, ainsi que les chansons de Don Quichotte √† Dulcin√©e qui ferment la soir√©e, occasion d'une belle d√©monstration de panache ¬Ė Chanson √† boire ¬Ė et de ferveur int√©rieure ¬Ė Chanson √©pique. Des trous de m√©moire rappellent s'il le fallait que la s√©r√©nit√© n'est pas le ma√ģtre mot de la soir√©e. Heureusement, la pr√©sence est l√†, comme les ressources de la voix dans les acc√®s de lyrisme, le texte aussi, dans un art de la d√©clamation exemplaire, qui saisit la substance de chaque syllabe et en traduit toujours le sens exact.

    La diction est toujours intelligible, et l'on sent Van Dam plus √† l'aise avec cette litt√©rature, plus vari√©, interpr√®te id√©al des longues lignes de Duparc dans l'√©panouissement de son magnifique legato, de la po√©sie mouvante de Verlaine/Debussy dans les contrastes de son timbre, de l'hispanisme de Ravel dans les couleurs chaudes du haut-m√©dium et d'un aigu encore prodigieux. Pikulski semble quant √† lui moins inspir√© qu'au disque, plus impr√©cis ¬Ė les guirlandes ininterrompues de Chanson triste.

    Un beau Mandoline de Fauré en bis, et le public ressort convaincu, sinon conquis. Le baryton légendaire n'est peut-être plus tout à fait à la mesure de sa légende, mais quels beaux restes que cette voix puissante, colorée, ombrageuse et projetée à la perfection, et quel sens de l'éloquence et du lyrisme ! Du reste, que la voix ait moins perdu en trente ans de carrière qu'en cinq ou dix ans chez tant d'autres chanteurs, c'est peut-être aussi cela, la légende.




    Musée d'Orsay, Paris
    Le 08/04/2004
    Yannick MILLON

    Récital de José Van Dam accompagné par Maciej Pikulski à l'auditorium du musée d'Orsay, Paris.
    Robert Schumann (1810-1856)
    Dichterliebe op. 48 (Les amours du poète)(1840) [Heinrich Heine]

    Claude Debussy (1862-1918)
    Trois mélodies de Paul Verlaine (1891) :
    La Mer est plus belle que les cathédrales
    Le Son du cor s'afflige
    L'Echelonnement des haies

    Fêtes galantes, second recueil, sur des poèmes de Paul Verlaine (1904) :
    Les Ingénus
    Le Faune
    Colloque sentimental

    Henri Duparc (1848-1933)
    L'invitation au voyage (1871) [Baudelaire]
    Extase (1884) [Lahor]
    Le Manoir de Rosemonde (1882) [Bonnières]
    Chanson triste (1969) [Lahor]

    Maurice Ravel (1875-1937)
    Don Quichotte à Dulcinée, sur des textes de Paul Morand (1933) :
    Chanson romanesque
    Chanson épique
    Chanson à boire

    José van Dam, baryton-basse
    Maciej Pikulski, piano

     


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