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CRITIQUES DE CONCERTS 14 juillet 2020

5e symphonie de Bruckner par l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Nikolaus Harnoncourt à la Salle dorée du Musikverein, Vienne.

Bruckner au firmament

Dans le cadre un peu triste des fins de saisons musicales, les Wiener Philharmoniker proposaient leur ultime concert d'abonnement pour la saison 2003-2004 au Musikverein de Vienne, la très attendue 5e symphonie de Bruckner par Harnoncourt, qui poursuit avec le même triomphe son exploration du plus imposant corpus symphonique du XIXe siècle.
 

Großer Musikvereinsaal, Wien
Le 12/06/2004
Yannick MILLON
 



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  • Harnoncourt n'en est plus √† ses premiers essais bruckn√©riens. Ses enregistrements discographiques t√©moignent tous d'une approche interpr√©tative r√©volutionnaire, particuli√®rement les 7e et 9e symphonies avec le Philharmonique de Vienne. Et la 5e pr√©sent√©e en ce mois de juin 2004 promet d'√™tre un t√©moignage bruckn√©rien tout aussi indispensable une fois parue en CD dans les mois √† venir.

    A l'instar de Celibidache, mais avec des moyens et un propos oppos√©s, le Bruckner d'Harnoncourt est concentr√© √† l'extr√™me, jouant le jeu d'une architecture imposante, d√©nu√© de tout sentimentalisme. En somme un Bruckner de p√©nitent, sobre et efficace, qui refuse les tics accumul√©s par plusieurs g√©n√©rations d'interpr√®tes. Pour cette 5e, le chef autrichien utilise l'√©dition Nowak, agr√©ment√©e des derni√®res trouvailles dues √† la red√©couverte du manuscrit que Bruckner avait destin√© √† sa maison d'√©dition. On notera quelques diff√©rences dans les points d'orgue du Scherzo et la toute fin de l'Adagio, beaucoup plus suspendue que de coutume, avec une derni√®re phrase de fl√Ľte et clarinette plus longue et moins conclusive.

    Depuis la pulsation imperturbable des pizz de violoncelles et contrebasses jusqu'√† la p√©roraison grandiose de la coda, Harnoncourt construit son premier mouvement brique par brique, avec un art des transitions et un naturel confondants. Aid√© par l'acoustique miraculeuse de la salle dor√©e du Musikverein, il laisse les sonorit√©s s'√©panouir, et son tempo giusto donne une r√©gularit√© bienvenue, trouvant dans la r√©verb√©ration id√©ale de la salle le liant n√©cessaire √† la continuit√© dramatique, sans pour autant perdre le c√īt√© abrupt de certaines cassures. Les tutti b√©n√©ficient des timbales survolt√©es d'Anton Mittermayr, au relief saisissant, r√©alisant de surcro√ģt toutes les terminaisons de roulement indiqu√©es mais si rarement audibles. L'Adagio, malgr√© l'indication Sehr langsam, privil√©gie toujours l'avanc√©e (mais Bruckner indique 2/2, et non 4/4) et l'ambigu√Įt√© entre binaire et ternaire des jeux rythmiques, et s'av√®re magnifiquement tenu, chantant sans exc√®s, avec un second th√®me des cordes bouleversant de simplicit√© et de beaut√© de son. Le Scherzo, comme toujours chez le chef autrichien, est tr√®s rapide et explosif, m√©nageant une rusticit√© opportune au deuxi√®me motif et une bonhommie toute pastorale au Trio.

    Dans le Finale, l'attaque de la fugue par les contrebasses, grondantes et impassibles, est phras√©e avec une g√©niale r√©flexion sur les accents et d√©sinences. Le grand choral, √©l√©ment fondamental du dernier mouvement, est √©nonc√© de mani√®re franche et directe, sans emphase, seulement avec la majest√© infinie d'un rang de cuivres √† la sonorit√© d'orgue, rond et brillant √† la fois, √† la densit√© sonore renforc√©e par une intonation infaillible. Dans le passage central de la fugue ¬Ė que Bruckner avait d'ailleurs autoris√© √† couper s'il posait trop de probl√®mes aux interpr√®tes ¬Ė on a l'impression de red√©couvrir compl√®tement une structure polyphonique et des lignes si souvent noy√©es. La trame contrapuntique pour le moins complexe est alors √©clair√©e d'une lumi√®re in√©dite et jamais on ne perd pied dans le cheminement harmonique. Vient ensuite une coda d√©mentielle, qu'on sent venir de tr√®s loin, arc-bout√©e et tendue √† rompre. La salle, comme souffl√©e par l'ampleur cosmique de cette conclusion tellurique de plus de soixante-dix mesures indiqu√©e ¬ę sempre fff ¬Ľ (qui sous Harnoncourt ne faiblit √† aucun moment d'intensit√©), retient son souffle apr√®s le dernier accord et laisse enfin √©clater des tonnerres d'applaudissements pendant un bon quart d'heure, et alors que l'orchestre a quitt√© la sc√®ne, devant la t√©nacit√© des spectateurs, Harnoncourt revient saluer seul, humblement, puis quitte la salle avec la m√™me simplicit√© qu'il l'avait gagn√©e.

    Les Wiener Philharmoniker n'avaient jamais donn√© la 5e symphonie du vivant du compositeur, qui est mort sans avoir entendu son ¬ę chef-d'oeuvre du contrepoint ¬Ľ. Quel plus bel hommage que cette ex√©cution inoubliable ?




    Großer Musikvereinsaal, Wien
    Le 12/06/2004
    Yannick MILLON

    5e symphonie de Bruckner par l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Nikolaus Harnoncourt à la Salle dorée du Musikverein, Vienne.
    10e concert d'abonnement de l'Orchestre Philharmonique de Vienne

    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n¬į5 en si b√©mol majeur, WAB 105
    Edition Nowak (+ Revisionsbericht)

    Wiener Philharmoniker
    direction : Nikolaus Harnoncourt

     


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