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CRITIQUES DE CONCERTS 20 juin 2019

Nouvelle production de Daphné de Richard Strauss mise en scène par Nicolas Joel à l'Opéra de Vienne.

Le retour de Daphné
© Wiener Staatsoper GmbH / Axel

Absente de la scène viennoise depuis plus de trente ans, la Daphné de Strauss fait son grand retour dans une nouvelle production signée Nicolas Joel et Pet Halmen, dont l'impact visuel rend justice à une oeuvre difficile à illustrer scéniquement. Et n'était la baguette un rien fruste de Semyon Bychkov, la partie musicale se hisserait encore plus haut que la mise en scène.
 

Staatsoper, Wien
Le 13/06/2004
Yannick MILLON
 



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  • Ant√©p√©nulti√®me op√©ra de Richard Strauss, Daphn√© fait partie de ces ouvrages qu'on ne donne jamais ; un livret tr√®s moyen et une action bien difficile √† porter √† la sc√®ne n'y sont sans doute pas √©trangers. La derni√®re production viennoise de l'oeuvre remonte d'ailleurs √† 1965, quand Karl B√∂hm et les Wiener Symphoniker accompagnaient un plateau de r√™ve lors des Wiener Festwochen.

    Comme toujours, Nicolas Joel aborde sa mise en sc√®ne avec un respect absolu du sens de l'oeuvre mais aussi un brin de modernit√© qui emp√™che son travail de sombrer dans le trop traditionnel. La grande force de cette nouvelle production r√©side dans la beaut√© de ses tableaux. Dans des tons souvent bleut√©s, elle joue le jeu de l'hell√©nisme, avec son temple grec qui sert de d√©cor √† l'essentiel de l'action, ses statues d'Apollon et Dionysos, ses masques de com√©die. Certaines images sont tr√®s r√©ussies, comme l'immense masque voil√© √† l'arriv√©e d'Apollon, d'o√Ļ surgiront, une fois d√©couvert, les Bacchantes, ou la p√©trification, avec la chrysalide qui se referme sur une Daphn√© statuaire. De mani√®re originale, Joel change un peu la donne en faisant d'Apollon, tout de noir v√™tu, un √™tre √† l'autorit√© naturelle, qui ma√ģtrise les √©l√©ments sans arrogance particuli√®re, et du jeune Leucippe, tout en blanc, un chien fou, adolescent joueur et fougueux qui ne tient pas en place, et inspire finalement plus de piti√© que de compassion.

    Pour servir au mieux cette nouvelle Daphn√©, l'Op√©ra de Vienne a mis le paquet quant √† la distribution. Premi√®re surprise, et de taille, la Daphn√© de Ricarda Merbeth, dont l'Elisabeth bayreuthienne de l'√©t√© pass√© nous avait laiss√© bien peu d'espoir d'entendre cette voix assez gr√™le triompher d'un r√īle extr√™mement p√©rilleux. Mais l'Allemande campe un personnage affol√©, psychotique, et sa belle pr√©sence rach√®te un timbre assez vert. Et m√™me si la voix para√ģt souvent monochrome et le vibrato jamais modul√© de mani√®re expressive, l'assurance stup√©fiante dans l'aigu ¬Ė dont le r√īle n'est pas avare ¬Ė et l'agilit√© forcent le respect.

    Rien √† redire en revanche sur le magnifique Apollon de Johan Botha, incontestablement LA voix de la soir√©e. Le t√©nor sud-africain incarne un dieu serein, v√©ritable force tranquille, √† l'oppos√© de l'arrogance pr√īn√©e par James King, et dispose d'un souffle proprement ph√©nom√©nal, projetant en permanence la voix avec rondeur et homog√©n√©it√©. Michael Schade endosse avec classe le r√īle de Leucippe, l'adolescent √©pris de Daphn√©, o√Ļ sa jeunesse et sa clart√© de timbre, sa facilit√© d'√©mission font merveille. Dans les r√īles secondaires, on remarquera la tr√®s sonore Gaea de Marjana Lipov¬öek, √† la voix de poitrine id√©alement accroch√©e, jamais √©cras√©e, et le Peneios un rien pl√©b√©ien de Walter Fink, au demeurant voix immense et timbre s√©pulcral.

    Dans la fosse, le somptueux instrument qu'est l'orchestre de l'Op√©ra de Vienne prof√®re sans compter des sortil√®ges sonores et des couleurs bucoliques envo√Ľtantes et vives ¬Ė des bois en √©tat de gr√Ęce. Il est d'autant plus regrettable que la baguette de Semyon Bychkov, efficace et dramatique mais souvent trop peu canalis√©e, semble presque lutter contre les subtilit√©s de l'orchestre. Beaucoup trop cantonn√©e dans un mezzo forte ambiant, elle brasse souvent dans le vide sans distinction ni pr√©cision ¬Ė sc√®ne finale sur des ¬úufs.

    Au final, une première de très haute tenue, dont on espère voir les imperfections se gommer avec le temps, mais qui confirme l'excellence d'une maison d'opéra prestigieuse entre toutes.




    Staatsoper, Wien
    Le 13/06/2004
    Yannick MILLON

    Nouvelle production de Daphné de Richard Strauss mise en scène par Nicolas Joel à l'Opéra de Vienne.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Daphne, tragédie bucolique en un acte
    Livret de Joseph Gregor

    Chor der Wiener Staatsoper
    Orchester der Wiener Staatsoper
    direction : Semyon Bychkov
    mise en sc√®ne : Nicolas Jo√ęl
    décors, costumes et éclairages : Pet Halmen
    chorégraphie : Renato Zanella
    préparation des choeurs : Marco Ozbic

    Avec :
    Walter Fink (Peneios), Marjana Lipov¬öek (Gaea), Ricarda Merbeth (Daphne), Michael Schade (Leukippos), Johan Botha (Apollon), Markus Nieminen (premier berger), Benedikt Kobel (deuxi√®me berger), Jens Musger (troisi√®me berger), Johannes Wiedecke (quatri√®me berger), Genia K√ľhmeier (premi√®re servante), Aarona Bogdan (deuxi√®me servante).

     



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