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CRITIQUES DE CONCERTS 22 aoŻt 2019

Concert d'ouverture du Festival Agora à l'IRCAM, Paris.

L'hommage d'Agora à Luciano Berio
© Radio France

L'inauguration de la 7e édition du festival de l'IRCAM, Agora, a été marquée par un superbe hommage rendu à Luciano Berio. Pierre Boulez et l'Ensemble Court-Circuit ont donné, des cinq pièces jalonnant trente ans du parcours du compositeur italien, une exécution dont le niveau de perfection était à la mesure de la pensée musicale d'un des grands créateurs de notre temps.
 

Espace de projection, IRCAM, Paris
Le 02/06/2004
Françoise MALETTRA
 



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  • Temps fort de la saison musicale de l'IRCAM, le festival Agora entend s'adresser ¬ę √† tous ceux, curieux d'explorer l'aventure et le risque artistique, en partageant l'exp√©rience toujours renouvel√©e du sensible musical ¬Ľ. En ce sens, le premier concert est apparu comme une des r√©ponses les plus √©difiantes √† leur attente. Avoir plac√© cette 7e √©dition sous le signe de Luciano Berio √©tait pour Pierre Boulez rendre hommage non seulement √† un des plus grands cr√©ateurs de notre temps mais √† un musicien qui allait participer, √† ses c√īt√©s, √† la grande aventure de l'IRCAM, dans l'√©laboration des techniques d'informatique musicale.

    Au programme, cinq pi√®ces qui font une part royale aux solistes, et jalonnent trente ann√©es du parcours musical de Berio, de 1967 √† 1996. Deux d'entre elles, Chemins IV et Chemins VI, extensions des Sequenze respectivement pour hautbois et trompette, illustrent cette volont√©, si souvent pr√©sente chez le compositeur, de ne pas figer une oeuvre, mais de la laisser ouverte en en prolongeant les r√©sonances. Et il s'en explique : ¬ę La transcription m'int√©resse au moment o√Ļ elle n'est pas une op√©ration de restauration du pass√©, mais un ensemble de virtualit√©s. Peut-√™tre est-ce un tribut √† l'id√©e que rien en soi n'est jamais fini. M√™me l'oeuvre achev√©e est rituel et commentaire de quelque chose qui est venu avant, ou qui viendra apr√®s
     ¬Ľ.

    Et le résultat est souvent stupéfiant, car lorsque Berio donne la parole à un instrument, c'est pour l'obliger à aller au bout de lui-même, jusqu'à l'exacerbation, stimulé par l'ensemble qui l'escorte en ne lui laissant aucun répit, et à offrir à l'écoute une musique d'une formidable générosité. Deux pièces magnifiquement servies par le hautbois de Pilar Fontalba et la trompette de Jean-Jacques Gaudon, comme le sera le concerto de piano, Points of the Curve to find
    , dans lequel Jean-Pierre Collot a r√©ussi √† traduire le climat a√©rien et nerveux d'une musique qui ne se pose jamais, o√Ļ l'orchestre explore la trame presque toujours homophonique du piano pour y ajouter tout un paysage de lignes, de courbes
    et de chants d'oiseaux.

    Superbe exemple de la vocalit√© selon Berio, O King, d√©di√© √† Martin Luther King, est une oeuvre d'une ferveur intense, o√Ļ les mots n'existent plus, comme absorb√©s, puis m√©tamorphos√©s, r√©duits √† l'√©tat d'√©pure. Parfaite Luisa Castellani, qui ne nous fait pas oublier Cathy Berberian, mais nous y fait fortement penser. En 1967, l'ann√©e de O King, Berio √©crivait : ¬ę J'en suis venu √† comprendre √† quel point la voix est intimement li√©e √† la totalit√© de l'exp√©rience humaine. Mon ambition est de lib√©rer la voix de toutes les contraintes que les artistes lui ont impos√©es. Je veux faire red√©couvrir sa force subtile, sa puret√©, son infaillibilit√© ¬Ľ.

    Compos√© vingt ans apr√®s, en souvenir de Bruno Maderna, disparu en 1973, Calmo est de cet ordre-l√†. Berio se saisit de l'univers musical de celui qui fut son ami le plus proche avec la m√™me p√©n√©tration qu'il le fait pour Monteverdi, Schubert ou Mahler, dans une reconnaissance de signes dont l'√©cho perdure en lui : ¬ę J'ai pens√© lui √©crire une lettre affectueuse en lui d√©diant une simple c√©r√©monie musicale dans laquelle se trouvent des r√©f√©rences priv√©es et quotidiennes, li√©es √† mon exp√©rience humaine et professionnelle avec lui ¬Ľ. A travers des textes extraits d'Hom√®re, de Sanguinetti ou du Cantique des cantiques, c'est la force vitale irr√©pressible de Maderna, son univers po√©tique et sa fantaisie, qui s'expriment ici sous le masque du ¬ę calme ¬Ľ des apparences. La encore, la pr√©sence de Luisa Castellani, chantant, dansant, jouant des bracelets-grelots aux poignets et aux chevilles, fut √©tonnante de gr√Ęce et de sensualit√©.

    Un grand bravo à l'Ensemble Court-Circuit, au meilleur de lui-même, dont l'engagement à tous les pupitres aura répondu aux plus exigeantes sollicitations de Pierre Boulez.




    Espace de projection, IRCAM, Paris
    Le 02/06/2004
    Françoise MALETTRA

    Concert d'ouverture du Festival Agora à l'IRCAM, Paris.
    Luciano Berio (1925-2003)
    Chemins IV, sur Sequenza VII (1974)
    (hautbois solo et cordes)

    O King (1967)
    (Mezzo-soprano, fl√Ľte, clarinette, piano, violon violoncelle)

    Kol Od, Chemins VI (1996)
    (Trompette et orchestre)

    Points on the Curve to find
    (1974)
    (Piano et orchestre)

    Calmo (1989)
    (mezzo soprano et orchestre)

    Luisa Castellani (mezzo-soprano)
    Jean-Jacques Gaudon (trompette)
    Pilar Fontalba (hautbois)
    Jean-Pierre Collot (piano)

    Ensemble Court-circuit
    direction : Pierre Boulez

     


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