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CRITIQUES DE CONCERTS 17 juin 2019

Concert d'adieu de James Conlon au Palais Garnier, Paris.

Les adieux de James Conlon
© Eric Mahoudeau

Le dernier concert de James Conlon, en qualit√© de chef permanent et conseiller musical de l'Op√©ra de Paris, laissera un grand souvenir. Entre les ombres sanglantes du Ch√Ęteau de Barbe-Bleue de B√©la Bart√≥k, et les lumi√®res jubilatoires de la Sinfonietta de Leo¬ö Janaček, la soir√©e fut d'une qualit√© exceptionnelle.
 

Palais Garnier, Paris
Le 18/06/2004
Françoise MALETTRA
 



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  • James Colon quitte l'op√©ra de Paris en laissant √† ses successeurs un h√©ritage √† la hauteur d'une grande maison d'op√©ra. L'ovation qui salua la fin du concert en dit long sur la reconnaissance du public et de la profession envers un chef qui pendant les neuf ann√©es de son mandat a conduit l'orchestre √† son meilleur niveau, un niveau souvent proche de l'excellence comme ce fut la cas ce soir-l√†.

    ¬ę¬†O√Ļ est la sc√®ne ? Ailleurs, en nous-m√™mes !¬†¬Ľ dit le prologue du Ch√Ęteau de Barbe-Bleue. Et c'est bien la raison n√©cessaire et suffisante pour laquelle, donn√© en version de concert, l'unique op√©ra de B√©la Bart√≥k prend une dimension aussi troublante. Le conte fantastique de Perrault devient alors, sous la plume du po√®te symboliste Bela Bal√†zs, la lente descente aux enfers, d√©pouill√©e de tout artifice, d'une femme ¬ę¬†morte d'avoir voulu savoir, quand il lui suffisait d'aimer¬†¬Ľ, ainsi que l'√©crit Max Gen√®ve dans le beau texte du programme.

    Apr√®s avoir contraint Barbe-Bleue √† ouvrir les sept portes maudites de son ch√Ęteau, Judith, la derni√®re √©pouse, rejoindra dans un demi rayon de lumi√®re, les trois premi√®res, sacr√©es reines de l'aurore, du soleil de midi et du cr√©puscule. Elle, sera la reine de la nuit, achevant le cycle fou des amours sanglantes de Barbe-Bleue. Et ce long po√®me symphonique, o√Ļ les voix semblent √©merger d'un univers hypnotique, traduit l'extase et la souffrance des deux personnages, leur lente et terrifiante progression dans l'obscur labyrinthe mental qui va les condamner √† se dissoudre dans le n√©ant, pour elle, et dans l'ombre √©ternelle pour lui, apr√®s l'unique et sublime fusion qu'ils conna√ģtront √† l'ouverture de la cinqui√®me porte, sur les rives du lac des larmes. ¬ę¬†Ainsi s'√©teint ce volcan musical ¬Ė √©crit Zoltan Kodaly ¬Ė qui entre en √©ruption pendant soixante minutes de trag√©die concentr√©e¬†¬Ľ.

    Jeanne-Mich√®le Charbonnet s'y r√©v√®le une grande Judith que l'on oubliera pas de sit√īt. L'ampleur et la souplesse de sa voix lui permettent de jouer sur tous les registres. Elle incarne superbement la femme amoureuse qui croit en la vertu salvatrice de l'amour et √©chouera pour avoir voulu p√©n√©trer le secret de l'autre. A ses c√īt√©s, Samuel Ramey est un Barbe-Bleue impressionnant, p√©trifi√©, enferm√© dans le d√©sir n√©vrotique d'un amour qui consentirait √† tout ignorer du pass√©, au timbre aussi sombre que les souterrains de son ch√Ęteau, mais avec des inflexions magnifiques lorsqu'il supplie la femme de renoncer √† son dangereux dessein. Remarquable travail de l'orchestre qui, au-del√† des mots, encercle les personnages, les suit d'√©tape en √©tape, tissant autour d'eux une atmosph√®re de tension, faite de stridences, de visions fulgurantes ou de calme trompeur.

    Puis la lumi√®re que Judith voulait passionn√©ment faire entrer dans les murs du ch√Ęteau explose soudain avec la Sinfonietta de Leo¬ö Jana?ek. ¬Ćuvre d'un musicien alors √Ęg√© de 72 ans, sans doute sa partition symphonique la plus populaire, la Sinfonietta qui se voudrait √† programme, sans vraiment l'√™tre, est d√©di√©e ¬ę¬†aux forces arm√©es tch√©coslovaques jeunes, belles, n√©cessaires √† la d√©fense du jeune √©tat¬†¬Ľ. Elle emprunterait ¬Ė dit-on ¬Ė aux souvenirs de sa ville de Brno, ses fanfares, le monast√®re o√Ļ il avait √©tudi√© le chant choral, son ch√Ęteau, son h√ītel de ville. Mais il y a tant de jubilation, un tel refus de s'appesantir dans les mouvements lents, qu'elle d√©livre avant tout des images d'une incroyable vitalit√© qui ont certainement √† voir avec une foi ind√©racinable dans la jeunesse.

    Message amplement relayé par l'orchestre de l'opéra, au nom, aussi, ce soir-là, d'une belle allégeance à son chef.




    Palais Garnier, Paris
    Le 18/06/2004
    Françoise MALETTRA

    Concert d'adieu de James Conlon au Palais Garnier, Paris.
    Béla Bartók (1881-1945)
    Le Ch√Ęteau de Barbe-Bleue (1918)
    Livret de Belà Balàzs, d'après le conte de Charles Perrault
    Version de concert
    Samuel Ramey (Barbe-Bleue)
    Jeanne-Michèle Charbonnet (Judith)

    Leo¬ö Jana?ek (1854-1928)
    Sinfonietta (1926)

    Orchestre de l'Opéra National de Paris
    direction : James Conlon

     


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