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CRITIQUES DE CONCERTS 18 février 2018

Concert d'adieu de James Conlon au Palais Garnier, Paris.

Les adieux de James Conlon
© Eric Mahoudeau

Le dernier concert de James Conlon, en qualité de chef permanent et conseiller musical de l'Opéra de Paris, laissera un grand souvenir. Entre les ombres sanglantes du Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók, et les lumières jubilatoires de la Sinfonietta de Leo? Janaček, la soirée fut d'une qualité exceptionnelle.
 

Palais Garnier, Paris
Le 18/06/2004
Françoise MALETTRA
 



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  • James Colon quitte l'opéra de Paris en laissant à ses successeurs un héritage à la hauteur d'une grande maison d'opéra. L'ovation qui salua la fin du concert en dit long sur la reconnaissance du public et de la profession envers un chef qui pendant les neuf années de son mandat a conduit l'orchestre à son meilleur niveau, un niveau souvent proche de l'excellence comme ce fut la cas ce soir-là.

    « Où est la scène ? Ailleurs, en nous-mêmes ! » dit le prologue du Château de Barbe-Bleue. Et c'est bien la raison nécessaire et suffisante pour laquelle, donné en version de concert, l'unique opéra de Béla Bartók prend une dimension aussi troublante. Le conte fantastique de Perrault devient alors, sous la plume du poète symboliste Bela Balàzs, la lente descente aux enfers, dépouillée de tout artifice, d'une femme « morte d'avoir voulu savoir, quand il lui suffisait d'aimer », ainsi que l'écrit Max Genève dans le beau texte du programme.

    Après avoir contraint Barbe-Bleue à ouvrir les sept portes maudites de son château, Judith, la dernière épouse, rejoindra dans un demi rayon de lumière, les trois premières, sacrées reines de l'aurore, du soleil de midi et du crépuscule. Elle, sera la reine de la nuit, achevant le cycle fou des amours sanglantes de Barbe-Bleue. Et ce long poème symphonique, où les voix semblent émerger d'un univers hypnotique, traduit l'extase et la souffrance des deux personnages, leur lente et terrifiante progression dans l'obscur labyrinthe mental qui va les condamner à se dissoudre dans le néant, pour elle, et dans l'ombre éternelle pour lui, après l'unique et sublime fusion qu'ils connaîtront à l'ouverture de la cinquième porte, sur les rives du lac des larmes. « Ainsi s'éteint ce volcan musical ? écrit Zoltan Kodaly ? qui entre en éruption pendant soixante minutes de tragédie concentrée ».

    Jeanne-Michèle Charbonnet s'y révèle une grande Judith que l'on oubliera pas de sitôt. L'ampleur et la souplesse de sa voix lui permettent de jouer sur tous les registres. Elle incarne superbement la femme amoureuse qui croit en la vertu salvatrice de l'amour et échouera pour avoir voulu pénétrer le secret de l'autre. A ses côtés, Samuel Ramey est un Barbe-Bleue impressionnant, pétrifié, enfermé dans le désir névrotique d'un amour qui consentirait à tout ignorer du passé, au timbre aussi sombre que les souterrains de son château, mais avec des inflexions magnifiques lorsqu'il supplie la femme de renoncer à son dangereux dessein. Remarquable travail de l'orchestre qui, au-delà des mots, encercle les personnages, les suit d'étape en étape, tissant autour d'eux une atmosphère de tension, faite de stridences, de visions fulgurantes ou de calme trompeur.

    Puis la lumière que Judith voulait passionnément faire entrer dans les murs du château explose soudain avec la Sinfonietta de Leo? Jana?ek. ?uvre d'un musicien alors âgé de 72 ans, sans doute sa partition symphonique la plus populaire, la Sinfonietta qui se voudrait à programme, sans vraiment l'être, est dédiée « aux forces armées tchécoslovaques jeunes, belles, nécessaires à la défense du jeune état ». Elle emprunterait ? dit-on ? aux souvenirs de sa ville de Brno, ses fanfares, le monastère où il avait étudié le chant choral, son château, son hôtel de ville. Mais il y a tant de jubilation, un tel refus de s'appesantir dans les mouvements lents, qu'elle délivre avant tout des images d'une incroyable vitalité qui ont certainement à voir avec une foi indéracinable dans la jeunesse.

    Message amplement relayé par l'orchestre de l'opéra, au nom, aussi, ce soir-là, d'une belle allégeance à son chef.




    Palais Garnier, Paris
    Le 18/06/2004
    Françoise MALETTRA

    Concert d'adieu de James Conlon au Palais Garnier, Paris.
    Béla Bartók (1881-1945)
    Le Château de Barbe-Bleue (1918)
    Livret de Belà Balàzs, d'après le conte de Charles Perrault
    Version de concert
    Samuel Ramey (Barbe-Bleue)
    Jeanne-Michèle Charbonnet (Judith)

    Leo? Jana?ek (1854-1928)
    Sinfonietta (1926)

    Orchestre de l'Opéra National de Paris
    direction : James Conlon

     


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