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CRITIQUES DE CONCERTS 15 octobre 2019

R√©cital d'Alfred Brendel au Th√©√Ętre du Ch√Ętelet, Paris.

L'audace de l'équilibre
© Isolde Ohlbaum

Sur la scène noire, l'éclairage se concentre sur le piano et en projette des ombres discrètes sur le rideau, noir lui aussi. Alfred Brendel, à peine courbé par ses 73 ans, offre au public parisien des interprétations exemplaires de pièces pourtant assez peu séductrices de Mozart, Schubert et Beethoven.
 

Th√©atre du Ch√Ętelet, Paris
Le 15/06/2004
Eugénie ALECIAN
 



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  • ¬ę Je suis quelqu'un qui suis √† la lettre les indications de la partition, mais pas de mani√®re servile ni photographique ¬Ľ. Ces propos recueillis √† Munich le 14 mai dernier √† l'occasion de la remise du prix Ernst von Siemens √† Alfred Brendel r√©sument l'art et la philosophie de ce ma√ģtre du clavier. Le programme est extrait du r√©pertoire de pr√©dilection du pianiste allemand, dans lequel il excelle. Alors, peu importent les pi√®ces choisies, gu√®re parmi les plus c√©l√®bres des compositeurs de ce soir. Brendel ne cherchait donc pas √† s√©duire ou √† plaire, il a d√©pass√© ce stade depuis longtemps. D'ailleurs, ce n'est pas tant ce qu'il joue qui frappe, mais bien plut√īt sa mani√®re d'aborder ce qu'il joue.

    Peut-être même a-t-il choisi les oeuvres qui sont souvent négligées par ses pairs, mais que son talent réussit à anoblir. Calme mais physique, souvent très proche du clavier, le corps sans cesse dans la mouvance des notes, il jubile de dissonances qui en deviennent surprenantes chez ces grands classiques du pianoforte.

    Ce concert devrait √™tre comme un livre √† relire quand on en arrive √† la fin. Car ainsi, l'√©quilibre parfait de la programmation appara√ģt. Mozart et sa Fantaisie aussi simple et complexe d√©montre tout l'attachement du compositeur √† Bach et annonce un Schubert tout aussi friand de frottements harmoniques, tr√®s th√©√Ętral, oserait-on dire pr√©-wagn√©rien. Les Klavierst√ľcke de Schubert s'encha√ģnent ensuite et se racontent comme les num√©ros d'un cycle de Lieder. Et quand un √©ternuement tr√®s peu discret vient interrompre une berceuse, le pianiste se tourne vers le trouble-f√™te et attend ce qui para√ģt √™tre un moment tr√®s mena√ßant pour la suite du concert. Mais tout va bien quand Brendel d√©cide de reprendre et de finir la trilogie avec une farandole salu√©e d'une pirouette.

    Pour finir, Beethoven. Ni trop rapide ni trop lente dans son introduction, la 30e sonate se construit devant nos yeux. Et c'est une v√©ritable biographie que l'on √©coute, un r√©cit dont la fluidit√© trompeuse du premier mouvement se d√©cha√ģne petit √† petit. Sous les doigts de l'interpr√®te, les trilles obsessionnels semblent vouloir arr√™ter le temps. Un amour de la vie se d√©gage et se d√©veloppe avec la violence d'une temp√™te, puis s'arr√™te. Et c'est d√©j√† la fin du r√©cital !

    Y a-t-il une maturité requise pour écouter ou jouer un tel programme? Peut-être. C'est sans doute pour cela que Brendel a choisi le 3e impromptu de Schubert en bis, retour à un classique du répertoire, rassurant et serein comme une promesse de revenir. Et même si les oeuvres choisies ce soir n'ont pas été parmi les plus séductrices, le sentiment émanant d'un tel récital est celui de la beauté et de l'équilibre.




    Th√©atre du Ch√Ętelet, Paris
    Le 15/06/2004
    Eugénie ALECIAN

    R√©cital d'Alfred Brendel au Th√©√Ętre du Ch√Ętelet, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Fantaisie K. 396
    Sonates K. 281 et K. 282

    Franz Schubert (1797-1828)
    Drei Klavierst√ľcke D. 946

    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Sonate pour piano n¬į30 op.109

    Alfred Brendel, piano

     


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