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CRITIQUES DE CONCERTS 12 décembre 2019

Leçons de Ténèbres de Couperin à l'Eglise Saint-Séverin, Paris.

Les belles ténébreuses
© Eric Sebbag

Illustration des lamentations du prophète Jérémie, les leçons de Ténèbres de François Couperin constituent l'une des oeuvres les plus périlleuses du répertoire baroque français. Hélène Le Corre et surtout Valérie Gabail en ont donné l'une des versions les plus aboutie au concert.
 

Eglise Saint-SĂ©verin, Paris
Le 07/03/2000
Eric SEBBAG
 



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  • Chez Charpentier mais surtout chez Lambert et Couperin, les leçons de TĂ©nèbres sont une sorte de mĂ©moire de l'art de la monodie et du plain-chant. SurchargĂ©es d'ornements et de mĂ©lismes, ces oeuvres ne sont pas sans Ă©voquer les styles vocaux venus d'orient. Ce n'est Ă©videmment pas sans Ă  propos car les textes prophĂ©tiques Ă©voquent le destin du phare oriental de la chrĂ©tientĂ© : JĂ©rusalem. De plus, si les versets sont psalmodiĂ©s-dĂ©clamĂ©s-chantĂ©s (il n'y a de terme pour condenser ces trois-lĂ ) en latin, ils sont chacun identifiĂ©s par une lettre de l'alphabet hĂ©breu. Les prĂ©dictions de JĂ©rĂ©mie sont très sombres et c'est pourquoi la tradition Ă©tait de moucher un cierge Ă  chaque verset, jusqu'Ă  ce que l'obscuritĂ© et les tĂ©nèbres envahissent une assemblĂ©e de courtisans venue se purifier de ses pĂ©chĂ©s et libations. Et quel plus beau destin musical que la purification par le chant ? Reste que la tâche des purificatrices est des plus ardues. Rendre ce difficile chant mĂ©lismatique suppose une agilitĂ© et surtout une souplesse jusqu'ici pratiquement introuvable. Comme dans les airs de cours contemporains, toute la difficultĂ© consiste Ă  garder une ligne intelligible dans une forĂŞt d'ornements qui doivent couler aussi naturellement que possible. ValĂ©rie Gabail se rĂ©vèle Ă©blouissante dans cet exercice. Elle possède Ă  la fois le sens des phrases, sait rendre les pires contorsions sans effort apparent et dispose de la puissance dramatique nĂ©cessaire pour creuser de sombres abĂ®mes sous les pieds des auditeurs. Son duo avec HĂ©lène Le Corre est d'une rare cohĂ©sion. Les frottements harmoniques sont restituĂ©s avec une acuitĂ© vertigineuse et l'on n'avait jamais entendu les vibratos se synchroniser en accĂ©lĂ©rant. Seule dans la deuxième leçon, HĂ©lène Le Corre se crispe un peu et sa voix s'emprisonne un peu dans sa gorge. Il est des tĂ©nèbres qu'une si jeune femme n'est pas faite pour affronter seule. De son cĂ´tĂ©, le continuo de Christophe Rousset est sobre jusqu'Ă  l'effacement, comme de coutume. On comprend nĂ©anmoins mal qu'il ait prĂ©fĂ©rĂ© enregistrer ces pièces avec Sandrine Piau et VĂ©ronique Gens pour Decca. Sans vouloir contester les qualitĂ©s de ces deux interprètes, leurs voix dĂ©sormais rompues Ă  d'autres rĂ©pertoires n'ont plus la souplesse et la ductilitĂ© nĂ©cessaire pour Couperin. Il reste donc Ă  guetter la retransmission du concert sur Radio Classique.




    Eglise Saint-SĂ©verin, Paris
    Le 07/03/2000
    Eric SEBBAG

    Leçons de Ténèbres de Couperin à l'Eglise Saint-Séverin, Paris.
    Valérie Gabail et Hélène Le Corre (sopranos)
    Emmanuel Balssa (Viole)
    Christophe Rousset (Orgue)

     


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