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CRITIQUES DE CONCERTS 04 avril 2020

Concert d'ouverture du Festival de Lucerne 2004 avec le Lucerne Festival Orchestra sous la direction de Claudio Abbado.

Lucerne 2004 (1) :
Abbado maître du temps

En offrant aux spectateurs les Quatre derniers Lieder de Strauss et un deuxième acte de Tristan servi par une distribution quasi idéale, le festival de Lucerne avait placé la barre très haut pour sa soirée d'ouverture. Un concert à marquer d'une pierre blanche en dépit de quelques déceptions au plan strictement vocal.
 

Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
Le 13/08/2004
Benjamin GRENARD
 



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  • Tendant vers l'atemporalitĂ©, les Quatre derniers lieder de Strauss peuvent apparaĂ®tre comme un choix curieux pour ouvrir des festivitĂ©s. En effet, la programmation, dĂ©diĂ©e cette annĂ©e pour une grande part Ă  la thĂ©matique de la « LibertĂ© Â», est largement pourvue en ouvrages plus dramatiques qui auraient constituĂ© une entrĂ©e en matière plus percutante. En clĂ´ture de festival, l'ouvrage de Strauss eĂ»t naturellement trouvĂ© sa place, laissant les auditeurs s'Ă©vader dĂ©finitivement sur un accord Ă©thĂ©rĂ© et opportun.

    De fait, en ce début de festival, il ne faut peut-être pas s'étonner si Renée Fleming et Claudio Abbado ont quelque peu de mal à s'accorder sur le plan temporel. Alors qu'Abbado conçoit l'ensemble dans une respiration posée, la cantatrice, probablement nerveuse, a légèrement tendance à presser. En dehors de ces quelques minutes de flottement inopiné, le chef italien soigne le soyeux et le moelleux de l'orchestre et lui donne une unité sonore qui sert de manière adéquate le temps cristallisé de l'ouvrage de Strauss. La prestation de Renée Fleming est en revanche plus contestable ; la consistance de son timbre et son vibrato rapide et serré ont du mal à faire oublier sa voix de tragédienne. Du coup, ces accents inquiets ne sont pas toujours du meilleur effet au regard de l'exigeante sensualité de la vocalité straussienne.

    La seconde partie, consacrée au deuxième acte de Tristan et Isolde de Wagner interprété sans coupure, s'impose comme le sommet du concert. Le grand maître d'oeuvre en est incontestablement Claudio Abbado, dont la gestion du temps dramatique et de la couleur orchestrale sont exemplaires. Le chef italien dirige la longue anacrouse du duo d'amour avec une parfaite maîtrise. Au moment où la musique s'approche du paroxysme, il double ainsi l'intensité dynamique d'une acuité et d'une accélération rythmiques exceptionnelles. Au niveau orchestral, chaque timbre témoigne de l'excellence technique et musicale de l'orchestre du festival ; on se contentera de mentionner, à titre d'exemple, quelques solos du pupitre des bois : lors de l'intervention du Roi Marke, la clarinette-basse, un rien trop présente, ravit presque la vedette à un René Pape pourtant brillant ; dans le même passage, les brèves interventions du cor anglais et du hautbois marquent par leur intensité expressive.

    Comparé à une tradition plus orthodoxe, Abbado fait de la masse orchestrale wagnérienne une matière beaucoup plus ductile, sans pesanteur germanique, mais tout en étant capable d'en tirer un métal incandescent si le besoin s'en fait sentir. Sa capacité à faire du timbre un élément expressif est impressionnante, comme en témoigne le bruissement acide des trémolos de cordes, joués sul ponticello au début de l'acte. Lors de l'entrée de Kurwenal, le maestro accuse dans le même esprit le col legno des cordes, renforçant de la sorte considérablement la rupture dramatique.

    Du côté strictement vocal, l'exécution est plus contrastée. Mihoko Fujimura lance ainsi de sa voix claire et ronde de magnifiques appels qui auréolent un couple plutôt surréaliste, voire improbable. Violeta Urmana, souveraine, a en effet fort à faire avec un Tristan pourtant natif de Cornouailles mais à la voix aigre et surtout guère subtil musicalement. Il faut dire toutefois que John Treleaven remplace presque au pied levé Robert Gambill, et si les aléas de la vie de chanteur ne nous permettent guère de lui en tenir rigueur, on ne peut s'empêcher de regretter l'absence de Ben Heppner, initialement programmé mais ayant très tôt déclaré forfait, car le Canadien aurait sans doute constitué la pierre de touche de ce deuxième acte presque idéal, et un couple parfait avec l'excellente Urmana.




    Konzertsaal, Kultur- und Kongresszentrum, Luzern
    Le 13/08/2004
    Benjamin GRENARD

    Concert d'ouverture du Festival de Lucerne 2004 avec le Lucerne Festival Orchestra sous la direction de Claudio Abbado.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Vier letzte Lieder (1948)
    Renée Fleming, soprano

    Richard Wagner (1813-1883)
    Tristan und Isolde (1865), 2e acte
    Version de concert
    Violeta Urmana (Isolde)
    Mihoko Fujimura (Brangäne)
    John Treleaven (Tristan)
    René Pape (König Marke)
    Peter BrechbĂĽhler (Kurwenal)
    Ralf Lukas (Melot)

    Lucerne Festival Orchestra
    direction : Claudio Abbado

     


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