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CRITIQUES DE CONCERTS 02 juillet 2020

5e symphonie de Mahler par l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Christoph Eschenbach au festival de Salzbourg 2004.

Salzbourg 2004 (1) :
Triomphe mahlérien

Après Ozawa fin juillet, Muti début août, c'est au tour de Christoph Eschenbach de diriger les Wiener Philharmoniker au Festival de Salzbourg 2004. On attendait évidemment le chef allemand dans son répertoire de prédilection avec un orchestre de cette pointure, et l'on sera ressorti de la salle ébloui par le triomphe d'une 5e symphonie de Mahler absolument sensationnelle.
 

GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
Le 15/08/2004
Yannick MILLON
 



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  • PlutĂ´t que d'ergoter indĂ©finiment sur l'apport de Christoph Eschenbach Ă  l'Orchestre de Paris, la France ferait mieux de se fĂ©liciter de sa prĂ©sence Ă  la tĂŞte d'une formation en passe de devenir le meilleur orchestre français. Il Ă©tait d'autant plus intĂ©ressant de mesurer la science mahlĂ©rienne d'Eschenbach aux commandes de l'orchestre le plus sĂ©duisant et le mieux sonnant du moment, le Philharmonique de Vienne.

    La première partie du concert est dĂ©volue Ă  la crĂ©ation de Zeit-Inseln d'Aribert Reimann, oeuvre pour orchestre en rĂ©fĂ©rence Ă  la phrase « Zum Raum wird hier die Zeit Â» (Ici le temps devient espace) de Gurnemanz au premier acte du Parsifal de Wagner. Pièce intĂ©ressante et fort bien orchestrĂ©e, dans la mouvance de la seconde Ă©cole de Vienne – Klangfarbenmelodie – mais avec des groupes vents-cordes plus diffĂ©renciĂ©s et une percussion plus sollicitĂ©e. Un court entracte, avant d'aborder un rĂ©pertoire plus familier des Viennois, avec la 5e de Mahler.

    D'emblée, la direction d'Eschenbach frappe par sa gravité, sa noirceur, et le Philharmonique de Vienne fait étal d'une culture du son à nulle autre pareille et d'un engagement physique et dramatique peu répandus. Le regard possédé, le chef allemand détache très nettement l'introduction de la marche funèbre, portique monumental dans un tempo presque arrêté, de son thème principal aux cordes. Tout du long, Eschenbach fait ronfler les graves : trombones, tuba, contrebasson et contrebasses, et la percussion qui ponctue le convoi funèbre est envisagée de manière militaire, piano mais très présente. Dans le Plötzlich schneller central, le chef propose un périple au pays de la souffrance, avec des cordes véhémentes (wild) et des cuivres sinistres. La fin du mouvement, au decrescendo résigné, sonne comme anéantie.

    No man's land désolé

    Dans le deuxième mouvement, Eschenbach trouve le tempo giusto, permettant un détaché de violons mordant. Le thème sentimental des violoncelles, errant, semble être accompagné par la pulsation chancelante d'un coeur malade. Arrive alors le récitatif des violoncelles sur fond de roulement de timbales pianissimo, sublime no man's land désolé, sommet de déréliction. Même les passages en majeur, plus légers de ton, sont marqués du sceau de la fatalité et d'une mort approchante.

    Le début du Scherzo, un rien fébrile, s'épanouit dans les géniales sonorités de l'orchestre : solos de cor jaillis des profondeurs – le vrai cor en fa si magnifique de timbre qu'on ne joue qu'à Vienne. Eschenbach fait du Ländler en pizz – situé en plein milieu de la symphonie – le centre névralgique de l'oeuvre entière. Assez lente, fortement inégalisée comme toute ébauche de valse viennoise, la section bénéficie de bois en état de grâce – le hautbois, vraiment timide (schüchtern), la clarinette – et d'un rubato génialement contrôlé, où toute énergie dérobée en fin de mesure est restituée au début de la mesure suivante.

    Un Adagietto proche du record de durée

    Arrive alors un pur moment de grâce avec l'Adagietto, qu'Eschenbach étire dans la plus extrême lenteur sans distiller une seconde d'ennui. Servi par des cordes sublimes, toutes de velouté, de sfumato, et la harpe délicate et caressante de Xavier de Maistre, le chef allemand se pose en maître absolu du temps suspendu – des fins de mesure en apesanteur – et de la nuance – pianissimi ineffables. En ces temps olympiques, un Adagietto vraiment Sehr langsam de plus de quinze minutes, proche du record de durée. Reste le Finale, sans nul temps mort, roboratif, plus éclatant encore que celui d'un Solti, jusque dans une coda frénétique – cuivres dopés à l'EPO, percussion aux amphétamines.

    Un triomphe et une consécration olympique pour l'un des plus grands mahlériens de notre temps, et en plus d'applaudissements à tout rompre, la salle entière qui tape des pieds à en faire trembler le Grosses Festspielhaus. Eschenbach et les Viennois méritaient bien cela !




    GroĂźes Festspielhaus, Salzburg
    Le 15/08/2004
    Yannick MILLON

    5e symphonie de Mahler par l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Christoph Eschenbach au festival de Salzbourg 2004.
    Aribert Reimann (*1936)
    Zeit-Inseln, pour orchestre (2004)
    Commande du Festival de Salzbourg dédiée à Peter Ruzicka et au Philharmonique de Vienne

    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n°5 en ut# mineur (1902)

    Wiener Philharmoniker
    direction : Christoph Eschenbach

     


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