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CRITIQUES DE CONCERTS 18 avril 2019

Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Georges Prêtre au festival de Salzbourg 2004.

Salzbourg 2004 (4) :
L'excommunication pour Georges Prêtre

© Stephan Trierenberg

Après l'inoubliable 5e de Mahler par les Wiener Philharmoniker et Eschenbach, Georges Prêtre était à son tour invité à diriger la mythique phalange autrichienne. Et c'est avec une Symphonie fantastique littéralement défigurée que le chef français a rencontré lui aussi un triomphe. Le public salzbourgeois n'y connaît visiblement rien à Berlioz ; il faut croire que Prêtre non plus.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 22/08/2004
Yannick MILLON
 



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  • Il faut déjà une bonne dose de magie noire pour réussir à faire jouer mal le Philharmonique de Vienne. Georges Prêtre, lui, par son geste inexistant, son allure sur le podium et ses traits taillés à la serpe, ressemble de plus en plus à Knappertsbusch, un autre prélat qui a officié des années durant sur la verte colline de Bayreuth pour la grand-messe de Parsifal. Le chef allemand détestait répéter et préférait improviser dans l'instant, aux dépens d'une cohésion instrumentale qui passerait aujourd'hui pour une hérésie. Prêtre donne un peu la même impression, et n'étaient ses tempi franchement plus vifs que ceux de Knappertsbusch, les points communs entre les deux hommes seraient légion.

    Le chef français gagne sa chaire musicale en trottinant, et sans partition ni attente du silence attaque l'Ouverture et Bacchanale de Tannhaüser. Gare au mal de mer, notre pontife semblant confondre le ressac du prélude de l'Or du Rhin avec le motif des pèlerins qui introduit l'opéra de jeunesse du divin Wagner. Impatient, négligent, il bouscule la métrique, écourte les silences et les respirations d'un choral rien plus que majestueux. L'orchestre sonne frileux, ses violoncelles étriqué. Les tutti vrombissent, boursouflés, sentencieux, homéliques. La Bacchanale part dans tous les sens, sans véritable sentiment orgiaque, simple débauche de décibels finalement assez frigide. Un vrai chemin de croix pour l'auditeur qui se repent de s'être levé de bonne heure en ce beau dimanche d'août pour assister à pareille messe musicale.

    Une Symphonie fantastique horriblement ennuyeuse

    On espère un autre charisme de prédicateur pour la deuxième partie, consacrée à la Symphonie fantastique de Berlioz, dont raffolent les mélomanes germaniques. Mais point de miséricorde avec ce reliquat horriblement ennuyeux d'une année Berlioz qui a pris fin il y a plus de six mois. L'introduction de Rêveries ? Passions est aussi arythmique que celle de l'ouverture de Tannhaüser, son idée fixe aussi chaste qu'une prude nonne et empêtrée dans des maniérismes de phrasés d'un goût pour le moins douteux. Un Bal, loin de toute vision romantique et exaltation des sens, dort à poings fermés dans un tempo pépère et un climat de douce prière auxquels ne peuvent rien changer deux harpes pourtant fort belles. La Scène aux champs, ahanée, ne surnage que par l'habileté de ses solistes.

    La Marche au supplice s'enfonce dans de bien sinistres péchés de mollesse et de vulgarité, aggravés par de soudaines accélérations absolument indéfendables, pour ne rien dire d'un Songe d'une nuit de Sabbat métronomique et précautionneux, aux cloches mal accordées, note supplémentaire de discorde berliozienne. Reste que cette Fantastique brouillonne et dépassionnée aura été la plus belle occasion d'entendre le Philharmonique de Vienne se lâcher de manière éhontée, satanique et chaotique dans une coda abjecte qui mérite la mise à l'index, avec des cuivres qui feraient passer les souffleurs de Chicago pour de petits curés de campagne et des percussions bonnes pour l'inquisition.

    Et voilà que s'achève le sermon d'un prêtre défroqué qui n'y connaît rien en passion. On en a déjà excommunié pour moins que ça !




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 22/08/2004
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Georges Prêtre au festival de Salzbourg 2004.
    Richard Wagner (1814-1883)
    Ouverture et Bacchanale de Tannhaüser (1845)
    Version de Paris (1861)

    Hector Berlioz (1803-1869)
    Symphonie fantastique op. 14, épisode de la vie d'un artiste (1830)

    Wiener Philharmoniker
    direction : Georges Prêtre

     


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