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CRITIQUES DE CONCERTS 19 septembre 2018

Reprise de Pelléas et Mélisande de Debussy mis en scène par Robert Wilson à l'Opéra Bastille, Paris.

Epanouissement dans la vastitude
© Eric Mahoudeau

Jose Van Dam (Golaud) et Mireille Delunsch (Mélisande).

Pour sa première rentrée à l'Opéra de Paris, Gérard Mortier a décidé de reprendre le Pelléas de Bob Wilson qu'il avait commandé pour Salzbourg en 1997. Après Garnier pendant l'ère Gall, la production a retrouvé la vastitude et le caractère symphonique de Salzbourg dans l'immensité de Bastille. Pari gagné et plein épanouissement pour Pelléas, surtout avec pareilles forces musicales.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 16/09/2004
Yannick MILLON
 



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  • Paris a beaucoup glosé sur le changement de lieu de la reprise du Pelléas de Bob Wilson. Et pourtant, dans le cadre de scène immense de Bastille, la production retrouve l'espace qui lui manquait au Palais Garnier, celui du Grosses Festspielhaus de Salzbourg. Complètement abstraite, tout sauf figuraliste, à l'opposé du travail de Peter Stein au Châtelet dans les années 1990, la mise en scène joue le jeu de la variété des ambiances par le biais presque unique d'une superbe scénographie ? beauté des éclairages nocturnes, esthétisme des changements de décors et structuration intelligente de l'espace scénique ? et s'épanouit dans une gestuelle d'acteurs minimale, à la manière du théâtre extrême-oriental, évitant tout contact physique.

    Les immobilités, la distance par rapport au mot, la stylisation du geste nient tout jeu opératique, toute action, tout théâtre. Et quelle oeuvre s'y prête mieux que l'opéra énigmatique, symbolique, poétique et intuitif porté par le livret dépourvu d'enjeux psychologiques de Maeterlinck ? Cela nous vaut un cinquième acte de toute beauté. Mélisande se relève de sa couche mortuaire pour se replacer comme au tout début de l'opéra, et la boucle est bouclée. Splendide !

    La mise en scène n'a d'ailleurs pas l'apanage de la beauté, car cette reprise est servie par une magnifique distribution. Simon Keenlyside est un Pelléas proche de l'idéal, au français parfaitement idiomatique. Ni exceptionnellement beau ni très jeune, le timbre ne pêche que par un grave un peu engorgé, car la ligne est superbe, le style remarquable et l'aigu désarmant de facilité. Mireille Delunsch, qui a tendance à se fourvoyer dans des rôles beaucoup trop larges ces derniers temps, emporte l'adhésion avec sa Mélisande fragile et émouvante. Les quelques inquiétudes soulevées par un format trop juste dans l'immensité de Bastille s'évanouissent très vite devant l'accroche permanente et la luminosité du timbre. Et la soprano française délivre un Mes longs cheveux descendent parmi les plus beaux qu'on ait entendus.

    © Eric Mahoudeau

    José Van Dam reste LE Golaud de notre époque, et rarement chanteur aura marqué ce rôle de plus prestigieuse emprunte. Tout y est : la diction, admirable ; la transmission du sens profond de chaque mot ; les intentions musicales ; l'incarnation, souveraine et tourmentée. Ferruccio Furlanetto campe un Arkel autoritaire et inflexible, à l'opposé du vieillard inoffensif si souvent dépeint, et malgré un français parfois exotique et un débit peu idiomatique, son grave sépulcral donne au patriarche toute sa maturité ; pas de doute, c'est bien lui l'aîné des trois personnages masculins. Enfin, Dagmar Pecková fait étal d'un organe somptueux pour le court rôle de Geneviève, même si l'incarnation manque de francité.

    Pour la première de ses apparitions à l'Opéra de Paris cette saison, Sylvain Cambreling aura frappé un grand coup. Véritable joyau de la couronne de cette magnifique production, sa direction lente et analytique, toujours souple et attentive à la différenciation des timbres instrumentaux, privilégie l'ombre sur la lumière et distille de sublimes couleurs nocturnes et automnales, sombres et idéalement nostalgiques. Opulente mais à l'opposé de la bouillie sonore d'un Karajan, parfaitement dramatique dans les passages de tension, la lecture du chef français, très mesurée et finalement assez peu récitative, donne bien l'ampleur symphonique que désirait Gérard Mortier pour le chef-d'oeuvre de Debussy en l'introduisant à Bastille.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 16/09/2004
    Yannick MILLON

    Reprise de Pelléas et Mélisande de Debussy mis en scène par Robert Wilson à l'Opéra Bastille, Paris.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Pelléas et Mélisande, drame lyrique en cinq actes et douze tableaux (1902)
    Poème de Maurice Maeterlinck

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Sylvain Cambreling
    mise en scène et décors : Robert Wilson
    costumes : Frida Parmeggiani
    éclairages : Heinrich Brunke et Robert Wilson
    préparation des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    Simon Keenlyside (Pelléas), Jose Van Dam (Golaud), Ferruccio Furlanetto (Arkel), Mireille Delunsch (Mélisande), Dagmar Pecková (Geneviève), Sébastien Ponsford (le petit Yniold), Frédéric Caton (un médecin), David Bizic (un berger).

     



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