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CRITIQUES DE CONCERTS 25 septembre 2020

Concert de l'Orchestre Symphonique de la Radio de SarrebrĂĽck sous la direction de Stanislaw Skrowaczewski Ă  l'Auditorium de Dijon.

Survivance du legato

Stanislaw Skrowaczewski

Grand concert symphonique dominical sous les voûtes célestes de l'Auditorium de Dijon. Après une 34e symphonie de Mozart assez superflue, Stanislaw Skrowaczewski et son Orchestre de la Radio de Sarrebrück se sont illustrés dans une 8e de Bruckner lente et faisant la part belle à un magnifique legato comme on n'en faisait plus depuis la mort de Karajan.
 

Auditorium, Dijon
Le 10/10/2004
Yannick MILLON
 



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  • L'Auditorium de Dijon, rĂ©alisĂ© par les mĂŞmes acousticiens que le très rĂ©putĂ© KKL de Lucerne, devrait faire accourir les mĂ©lomanes parisiens, qui se complaisent visiblement dans leurs salles toutes plus mĂ©diocres les unes que les autres, au point d'ignorer ce qui est sans doute la meilleure acoustique de France pour les concerts symphoniques. Dans la citĂ© bourguignonne situĂ©e Ă  seulement une grosse heure et demie de train de Paris, le dĂ©placement vaut assurĂ©ment la peine, et il est bien triste de constater pour pareil concert un taux de remplissage très moyen.

    La seule 8e symphonie de Bruckner aurait rempli sans peine la totalité du programme, mais les musiciens allemands avaient prévu en première partie une 34e symphonie de Mozart – version en trois mouvements – assez déroutante. Pourtant preste dans ses tempi, leste dans son rebond, l'exécution ne convainc pas vraiment. L'orchestre, à force d'alléger, lisse par trop les attaques et sonne un peu éteint dans l'ampleur de la salle – cordes sans relief, arrière de l'orchestre confidentiel.

    Après l'entracte, les doutes se dissipent et les musiciens osent enfin rentrer dans le son. Le trémolo imperceptible qui ouvre la 8e de Bruckner semble durer une éternité, et dans un tempo très lent émerge des basses un premier motif qui suggère la gravité du climat, crépusculaire au point que le premier tutti en sonne presque trop feutré. Mais Skrowaczewski, avec son allure de kappelmeister d'antan, exalte en permanence la sinistre beauté de cuivres travaillés au burin, et diffuse un legato jamais décoratif, mais participant pleinement au climat funèbre.

    Un premier mouvement comme couvert d'un linceul

    Le premier mouvement ainsi conduit semble couvert d'un linceul, dans une austérité qui donne le vertige – solos de cor et hautbois sur fond de trémolo, soudains réduits aux confins d'un silence cosmique – et une finition instrumentale impressionnante. Le chef ponolais n'hésite pas à repenser en profondeur les équilibres, la dynamique, et fait émerger des voix et des motifs inouïs. Et quelle maestria dans la manière de faire s'affronter puis s'interpénétrer les blocs cordes-cuivres. Un legato assez risqué entoure un Scherzo qui peine parfois à décoller, mais laisse la place à un Trio magnifique d'apaisement – les fins de phrases impalpables des cordes, les harpes délicates jusqu'à l'infinitésimal.

    Mais dans cette lecture, le point convergent est bien l'Adagio, bouleversant d'intériorité, d'interrogations, sans lenteur excessive, bénéficiant de la plénitude d'un tapis de cordes ductile et de tubas wagnériens en état de grâce. Contrairement à ce qui est annoncé dans le programme, l'orchestre n'utilise pas l'édition Haas mais celle de Nowak – à l'exception d'une transition du Finale. Et c'est justement le Finale que Skrowaczewski marque le plus de son empreinte, avec des ruptures de tempo, des contrastes de nuances presque dérangeants, à l'image de la restructuration dynamique de la coda, qui au lieu du mur sonore dressé par tant de chefs repousse le fortissimo autant que possible par des fanfares de trompettes démarrant pianissimo – ce qui d'ailleurs provient de la version initiale de la partition de 1887.

    Au final, une relecture intelligente qui ne ressemble à aucune autre, soutenue par un orchestre sonnant admirablement – à l'exception d'une première flûte souvent laide – et réussissant là où tant d'autres échouent, soit à donner en permanence de l'impulsion aux phrases dans le legato, et éviter ainsi magistralement une pâte sonore trop étouffante.




    Auditorium, Dijon
    Le 10/10/2004
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre Symphonique de la Radio de SarrebrĂĽck sous la direction de Stanislaw Skrowaczewski Ă  l'Auditorium de Dijon.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Symphonie n°34 en ut majeur, K. 338 (1780)
    Version originale sans le Menuet de 1782

    Anton Bruckner (1824-1896)
    Symphonie n°8 en ut mineur (1890)
    Version 1890, Ă©dition Nowak

    Orchestre Symphonique de la Radio de SarrebrĂĽck
    direction : Stanislaw Skrowaczewski

     


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