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CRITIQUES DE CONCERTS 19 avril 2014

Nouvelle production du Couronnement de Poppée de Monteverdi mise en scène par David Mc Vicar au Théâtre des Champs-Élysées.

Poppée sans télécommande

Après le succès de son haendelienne Agrippina, le tandem Jacobs-McVicar proposait au Théâtre des Champs-Elysées avec un nouveau Couronnement de Poppée l'un des événements lyriques de cet automne, d'autant que la distribution vocale promettait son lot de délices. Résultat pour le moins mitigé, côté mise en scène notamment.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 15/10/2004
Yutha TEP
 



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  • Avouons notre embarras. Qu'a vu un mélomane découvrant l'univers de David McVicar avec ce Couronnement ? Une sorte de revue de music-hall ? Néron en Michael Jackson, Arnalte en drag-queen, Sénèque se suicidant au revolver ? menée tambour battant, un jeu d'acteur très habilement dirigé et une insolence non dénuée de drôlerie dans la mise au goût du jour d'une lutte cynique pour le pouvoir. Les clins d'?il lorgnent volontiers du côté de la télévision : Sénèque est une espèce de prédicateur un peu ringard familier des débats télévisés, l'annonce de la tentative de meurtre sur Poppée se fait via CNN. On brocarde volontiers, on critique les travers de la société occidentale en général, américaine en particulier.

    Mais voilà, pour qui a vu Agrippina, pour qui a assisté ensuite au Semele dirigé par Minkowski, l'inspiration de David McVicar semble à bout de souffle, car elle recourt à des ficelles fleurant bon leur déjà-vu et qui se succèdent sans direction apparente : ligne de coke, cigarettes omniprésentes, caméras CNN, scènes de beuverie ou d'orgie, un Valetto rappeur qui s'habille façon « baggy » et déploie une gestique alla Eminem ; tous ces gags sont finalement assez attendus, et seul leur ordre d'apparition peut encore surprendre. D'aucuns diront que McVicar a son « style », mais l'impression générale est plutôt celle d'une redite cédant quelque peu aux sirènes de la facilité, toujours avec ce refus quasi-systématique de la moindre concession au pathétique ? pas même dans les deux grandes lamentations d'Ottavia. Si l'extraordinaire réalisme du livret de Busenello supporte sans difficulté un traitement de ce type, encore faut-il que le dramaturge puisse donner une certaine unité à ce foisonnement incroyable.

    Trio magique

    Le plateau vocal suit sans broncher les intentions du metteur en scène, et tous les chanteurs sont aussi d'excellents comédiens ? notamment le duo des vieilles cyniques, un Dominique Visse inénarrable en Nutrice et un Tom Allen fort bien chantant en Arnalte. On attendait beaucoup du trio magique formée par Patrizia Ciofi, Anna Caterina Antonacci et Anne Sofie von Otter. Si Ciofi ne semble pas tout à fait à l'aise dans la tessiture de Poppée ? elle ne se libère vraiment qu'à partir du haut-médium ?, Antonacci offre un Néron d'une sulfureuse sensualité, se montrant autrement convaincante qu'en Poppée, rôle dont elle est pourtant l'une des grandes titulaires et qu'elle chantera en janvier 2005 à l'Opéra de Paris. Néron inoubliable avec Marc Minkowski, Anne Sofie von Otter retrouve le rôle d'Ottavia qu'elle a affronté avec Gardiner : composition grandiose dans sa souffrance et sa démesure.

    Pour le reste, pas de souvenir impérissable, mais pas de faiblesse notable non plus. Antonio Abete en Sénèque rachète un certain manque de présence par le grain de sa voix, Lawrence Zazzo ne déploie pas une séduction vocale inoubliable mais il reste l'un des rares altos masculins capables d'assumer la tessiture très grave d'Ottone de manière aussi convaincante que musicale, alors qu'en Drusilla, Carla di Censo possède une voix assez pincée.

    Luxuriance instrumentale

    Côté fosse, avec force flûtes, cornets et trombones, René Jacobs joue la carte de la luxuriance instrumentale, s'éloignant en cela des pratiques en cours dans les théâtres vénitiens de l'époque, et assumant une tradition maintenant bien établie. Fort de cette opulence, le chef belge colorie savamment son discours, et le récitatif monteverdien le trouve plus souple que dans l'opera seria du XVIIIe siècle. On lui sait gré d'avoir su tenir ses chanteurs du point de vue stylistique, mais on aurait parfois souhaité un continuo plus cinglant, par exemple dans la confrontation finale entre Néron et Sénèque. Mais il est vrai que l'agitation un peu vaine sur scène n'a pas facilité la tâche aux musiciens.

    On était venu voir un opéra sulfureux, on a assisté à une gentille sitcom, sans télécommande pour changer de chaîne !




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 15/10/2004
    Yutha TEP

    Nouvelle production du Couronnement de Poppée de Monteverdi mise en scène par David Mc Vicar au Théâtre des Champs-Élysées.
    Claudio Monteverdi (1567-1643)
    L'Incoronazione di Poppea, opéra en un prologue et trois actes (1642)
    Livret de Gian Francesco Busenello

    Concerto Vocale
    direction : René Jacobs
    mise en scène : David McVicar
    décors : Robert Jones
    costumes : Jenny Tiramani
    éclairages : Paule Constable

    Avec :
    Patrizia Ciofi (La Fortuna, Poppea), Anne Sofie von Otter (La Virtù, Ottavia), Anna Caterina Antonacci (Nerone), Carla di Censo (Drusilla), Lawrence Zazzo (Ottone), Amel Brahim-Djelloul (Valetto, Amore), Tom Allen (Arnalta, Mercurio), Dominique Visse (Nutrice, Famigliaro I), Antonio Abete (Seneca), Mariana Ortiz-Frances (Damigella), Enrico Facini (Liberto, Soldato II, Tribuno I), Finnur Bjarnason (Lucano, Soldato I, Console, Famigliaro II), René Linnenbank (Littore, Famigliaro III, Tribuno II).

     



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