altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 06 juillet 2020

Nouvelle production de Jenufa de Janacek dans la mise en scène de Nicolas Joel au Théâtre du Capitole, Toulouse.

Magnifique ouverture de saison toulousaine

Ouverture de saison exceptionnelle dans un Théâtre du Capitole flambant neuf, avec une nouvelle Jenufa de très haute volée. Mise en scène extrêmement efficace, distribution remarquable, orchestre irréprochable, cette production n'a pas dérogé à la tradition d'excellence de la maison toulousaine.
 

Théâtre du Capitole, Toulouse
Le 10/10/2004
Yutha TEP
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • RĂ©ouverture

  • Des tĂ©nèbres Ă  la lumière

  • RĂ©chauffement climatique

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Saluons d'emblĂ©e la formidable qualitĂ© de l'Orchestre du Capitole, cordes soyeuses, harmonie d'une justesse et d'une beautĂ© sonore constantes. Rendons grâce Ă  Jiri Kout – dĂ©positaire d'une certaine lĂ©gitimitĂ© – de n'avoir pas vainement cherchĂ© Ă  tirer de la phalange une verdeur certes souvent associĂ© Ă  l'Ă©criture orchestrale de Janacek, mais allant Ă  l'encontre des textures lumineuses et transparentes ayant cours Ă  Toulouse. S'appuyant sur cet outil de première force, le chef tchèque s'est surtout attachĂ© Ă  soutenir efficacement la progression dramatique, en une seule coulĂ©e musicale qu'il ne ralentit guère, pas mĂŞme pour la poignante prière mariale de Jenufa au II.

    Nicolas Joel a lui aussi imposé une manière bien identifiable, sans fard ni gadget, remarquablement dense, faisant la part belle à une direction d'acteur qui ne laisse rien au hasard. Dès le lever de rideau, les décors d'Ezio Frigerio et les éclairages lunaires de Vincio Cheli font tomber sur la scène une chape de glace. Cour aux pavées que l'on devine d'une dureté de granit, ruisseau d'un bleu d'acier dominé par la roue d'un moulin, roue surgissant d'on ne sait quel plafond – nous sommes dans une sorte de grotte –, Nicolas Joel ne quittera à aucun moment la thématique de l'enfermement, enfermement social mais aussi enfermement mental – à l'annonce de la découverte du cadavre de son enfant, la malheureuse Jenufa est prise de tremblements convulsifs dont il est presque pénible de soutenir la vue.

    En matière de névrose, la Kostelnicka d'Hildegard Behrens en remonterait à plus d'une. Les moyens ne sont évidemment plus ce qu'ils étaient, mais elle fait front en grande artiste. Cas étrange que cette sacristine dont certains aigus se parent subitement de couleurs quasi-adolescentes (ces sonorités virginales qui font tout le prix de sa Salomé), qui sonnent comme autant d'échos impalpables d'une libido inassouvie et surgis d'un passé lointain. Ovations du public, mais embarras devant les failles maintenant criantes de l'instrument.

    Face à elle, autre légende, Helga Dernesch en grand-mère Buryja doit gérer le souvenir de sa grandeur passée, et force est de reconnaître que dans ce court rôle, l'instinct théâtral est impérial. On applaudit le Laca de Jorma Silvasti, voix sûre et magnifiquement projetée, personnage dont on sent la souffrance cachée même dans les veuleries du premier acte. Face à lui, le Steva de Kevin Anderson s'appuie sur un physique de séducteur, mais la voix manque trop de sérénité. Mention spéciale pour Cécile de Boever, dont la courte intervention en Karolka a suffi pour donner un aperçu convaincant : il faudra surveiller ce soprano lyrique charnu.

    Mais la grande satisfaction sera venu de Barbara Haveman, que le public français avait pu auparavant découvrir dans Un Tramway nommé désir de Prévin à Strasbourg. Forgée au feu du bel canto italien, la voix est d'une homogénéité extrême, saine et solide ; la musicienne est accomplie et la comédienne très convaincante. Haveman ne tire pas Jenufa vers la pureté immaculée d'une Benackova, mais plutôt vers la féminité d'une Mattila. Le chant parvient pourtant à transmettre une innocence poignante : rarement le II aura été aussi émouvant. Même si toute la distribution est à rassembler dans les mêmes louanges, la grande révélation, c'est elle.

    Une magnifique réalisation donc pour l'ouverture d'une saison toulousaine qui s'annonce passionnante.




    Théâtre du Capitole, Toulouse
    Le 10/10/2004
    Yutha TEP

    Nouvelle production de Jenufa de Janacek dans la mise en scène de Nicolas Joel au Théâtre du Capitole, Toulouse.
    LĂ©os Janacek (1854-1928)
    Jenufa, opéra en trois actes
    Livret du compositeur d'après Gabriela Preissova

    Choeur et Orchestre du Capitole
    direction : Jiri Kout
    mise en scène : Nicolas Joel
    décors : Ezio Frigerio
    costumes : Franca Squarciapino
    Ă©clairages : Vinicio Cheli

    Avec :
    Barbara Haveman (Jenufa), Hildegard Behrens (Kostelnicka), Helga Dernesch (Burya), Jorma Silvasti (Laca), Kevin Anderson (Steva), Hector Guedes (Starek), Scott Wilde (Rychtar), Jolanta Nicolai (Rychtarka), Cécile de Boever (Karolka), Martine Mahé (Pastuchyna), Cécile Galois (Barena), Elena Poesina (Jano), Valérie Marestin (Tetka).

     



      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com