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CRITIQUES DE CONCERTS 17 octobre 2019

Reprise de l'Ariane à Naxos de Richard Strauss mise en scène par Laurent Pelly, sous la direction de Philippe Jordan à l'Opéra Bastille, Paris.

Ariane abandonnée
© Eric Mahoudeau

Après Pelléas, c'est Ariane que le nouveau directeur de l'Opéra de Paris Gérard Mortier avait décidé de déplacer du Palais Garnier au beaucoup plus vaste Opéra Bastille. Si l'opération a été à cent pour cent bénéfique pour le chef-d'oeuvre de Debussy, l'opéra de Strauss aura moins bien vécu le transfert.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 26/10/2004
Yannick MILLON
 



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  • Nous ne nous attarderons guère sur la mise en scène de Laurent Pelly, dĂ©jĂ  abondamment commentĂ©e dans ces colonnes l'an passĂ© Ă  l'occasion de la première. Le spectacle pâtit toujours des mĂŞmes lacunes : laideur de la scĂ©nographie, direction d'acteurs scolaire, vacuitĂ© d'idĂ©es. Une Ariane tramp-lady squatte un dĂ©cor en bĂ©ton armĂ© rien moins que poĂ©tique, elle y meurt finalement abandonnĂ©e et non mĂ©tamorphosĂ©e, et comme rien d'autre dans la mise en scène ne donne de clefs, on peine Ă  voir oĂą Pelly veut en venir. Du reste, mĂŞme le jeu de scène des soupirants de Zerbinette fait soupirer tant il a dĂ©jĂ  vieilli, pour ne rien dire d'un duo Ariane-Bacchus en version de concert.

    L'an passé, la production souffrait de la battue fruste de Pinchas Steinberg, qui privait la partie orchestrale de toute subtilité et le plateau de toute respiration. Excès inverse pourrait-on dire cette année, avec la direction micro-nuancée, le raffinement presque maniériste du jeune Philippe Jordan. Si l'harmonium, zélé, émerge par trop de la fosse, les cordes sont presque inaudibles à mi-salle. La lecture du chef suisse, peut-être intéressante dans une salle à taille humaine, est ici difficile à défendre. Toute la soirée durant, un hiatus règne entre son geste, généreux et suggérant une pâte sonore ample, et le son qui sort de la fosse, terne et étriqué.

    Mais la salle ne fait pas tout. Le prologue, sans théâtre, manque de réactivité à l'orchestre, et ne décolle jamais. Si, au début de l'opéra, les subtilités minimalistes du chef peuvent se justifier, on reste sceptique devant une Bacchanale vidée de tout excès et une scène finale complètement dénervée, dégrisée, frustrante à force de précaution.

    Le compositeur idéal de Sophie Koch

    Du reste, l'impact du plateau en est considĂ©rablement amoindri. Le prologue voit toujours le triomphe du Compositeur idĂ©al de Sophie Koch, encore plus engagĂ©, rayonnant et en plĂ©nitude vocale que la saison passĂ©e – des aigus solaires et resplendissants, dardĂ©s sans effort. La mezzo française est assurĂ©ment l'Ă©toile de la soirĂ©e. On retiendra aussi le bon maĂ®tre Ă  danser du jeune Xavier Mas, plus lyrique-lĂ©ger que vĂ©ritablement de caractère, mais on oubliera bien vite le MaĂ®tre de musique sans relief d'Olaf Bär, ou le Majordome « Carabosse Â» de Graham Valentine, caricatural et nasillard.

    Dans l'Opéra, Solveig Kringelborn, trop bridée par le chef, se perd en pianissimi détimbrés qui privent son Ariane de toute aura, et laisse une impression de blancheur malgré un matériau de très belle qualité. La Zerbinette de Lubov Petrova, mutine en scène, déçoit vocalement. L'émission est souvent serrée, et les contre-ré au jus de citron et intonés trop haut. L'entrée du Bacchus tonitruant de Jon Villars secoue la léthargie du spectateur, frappé par sa projection phénoménale, même si les si aigus craquent tout autant que l'année dernière. Que Philippe Jordan arrive à lui arracher quelques piano n'est pas le moindre de ses mérites. Les bouffons, très convaincants, et les trois nymphes, honorables, n'empêcheront pas la malheureuse Ariane de rester seule sur son rocher, abandonnée par un orchestre absent.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 26/10/2004
    Yannick MILLON

    Reprise de l'Ariane à Naxos de Richard Strauss mise en scène par Laurent Pelly, sous la direction de Philippe Jordan à l'Opéra Bastille, Paris.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Ariadne auf Naxos, opéra en un acte et un prologue
    Livret de Hugo von Hofmannsthal

    Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Philippe Jordan
    mise en scène et costumes : Laurent Pelly
    décors : Chantal Thomas
    éclairages : Joël Adam
    dramaturgie : Agathe MĂ©linand

    Avec :
    Solveig Kringelborn (Primadonna / Ariane), Jon Villars (Le Ténor / Bacchus), Lubov Petrova (Zerbinetta), Sophie Koch (Le Compositeur), Stéphane Degout (Harlekin), Ales Briscein (Brighella), Daniel Norman (Scaramuccio), Alexander Vinogradov (Truffaldino), Ekaterina Siurina (Naïade), Svetlana Lifar (Dryade), Sine Bundgaard (Echo), Olaf Bär (le Maître de musique), Xavier Mas (le Maître à danser), Graham F. Valentine (le Majordome), Yuri Kissin (un laquais), Walter Zeh (un perruquier), Mihajlo Arsenski (un officier).

     



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