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CRITIQUES DE CONCERTS 15 aoŻt 2020

Premi√®re √† Paris de la K√°tia Kabanov√° de Jan√°ček dans la mise en sc√®ne de Christoph Marthaler, sous la direction de Sylvain Cambreling au Palais Garnier.

Le triomphe de l'intelligence
© Marthe Lemelle

Angela Denoke (K√°tia)

Cr√©√©e √† Salzbourg en 1998, d√©j√† vue au Capitole de Toulouse, coproducteur, en 2000, ainsi que dans divers th√©√Ętres et √† la t√©l√©vision, la K√°tia Kabanov√° sign√©e Christoph Marthaler et Sylvain Cambreling reste une soir√©e d'op√©ra enthousiasmante √† tous √©gards. Une merveille d'intelligence.
 

Palais Garnier, Paris
Le 28/10/2004
Gérard MANNONI
 



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  • Nous l'avions dit lorsque cette vision moderne mais totalement coh√©rente et convaincante de K√°tia Kabanov√° √©tait arriv√©e √† l'affiche du Capitole de Toulouse. Il est rare de voir un spectacle d'op√©ra jouant la carte de l'audace et r√©ussissant √† ce point un parcours sans faute, que ce soit au niveau th√©√Ętral ou musical.

    Une fois encore, Sylvain Cambreling m√®ne le jeu avec une aisance, une imagination, une inspiration, bref, un talent exceptionnels, comme il l'a d'ailleurs fait √† chacune de ses apparitions au pupitre de l'Op√©ra depuis la rentr√©e. Sous sa baguette, la partition de Jan√°ček vibre de passion, plonge dans l'angoisse, prend quand il le faut des couleurs folkloriques, se d√©cha√ģne en accents de d√©sespoir, se jette dans l'action comme un personnage √† part enti√®re, ou encore s'envole dans les impond√©rables r√™veries de K√°tia. C'est magique, divertissant, bouleversant, agressif, charmeur, ironique, une palette incroyable d'impressions, le tout servi de fa√ßon magistrale par les musiciens de l'orchestre.

    Fatalement, sous une pareille direction, le plateau vibre, s'engage sans restriction, men√© par Angela Denoke, K√°tia √† la voix superbe, capable de toutes les nuances, fragile et forte, actrice d'une v√©rit√© et d'une simplicit√© √† faire pleurer. Et tous la suivent, chantant bien et jouant on ne peut mieux. Sans les nommer tous, rappelons la composition irr√©sistible de Jane Henschel en Kabanicha vilaine comme un troll, agressive, mauvaise, jouisseuse, infecte et perverse jusque dans ses rondeurs qui aguichent Saviol Dikoy. Excellent David Kuebler, en Boris aussi nul en amour que dans la vie, s√©ducteur de pacotille aux allures de ¬ę vitellone ¬Ľ attard√©. Tous passent la rampe avec un impact irr√©sistible, que ce soit musical ou dramatique.

    Car, dans le décor à la fois réaliste et poétique d'Anna Viebrock, créant un monde minable, dangereux, toujours sous le regard et donc sous le jugement des autres, avec ce petit coin de faux confort qu'est la chambre douillette de la Kabanicha, véritable petit réduit infernal malgré ses crucifix, Christoph Marthaler a su donner vie à un groupe d'êtres humains au comportement totalement adéquat. Avec une intelligence de chaque minute, il manipule tradition et audace, trouve les gestes et les attitudes qui , tous, racontent comment chaque personnage vit ce drame.

    Un travail exemplaire, car l'√©motion est omnipr√©sente et l'on sort du spectacle l'estomac nou√©, comme il est si rare de le ressentir apr√®s avoir vu un op√©ra dont on conna√ģt aussi bien la musique et le livret. Au soir de la premi√®re, quelques spectateurs ont cru bon de siffler. C'est leur droit. Dommage pour eux s'ils sont pass√©s √† c√īt√© du spectacle, car ils n'en verront pas souvent de cette qualit√©. Cela prouve seulement qu'une partie du public parisien a encore du chemin √† faire pour √™tre √† la hauteur de celui d'autres villes. De Toulouse, par exemple !


    Prochaines représentations les 3, 6, 9, 12, 16 et 19 novembre.




    Palais Garnier, Paris
    Le 28/10/2004
    Gérard MANNONI

    Premi√®re √† Paris de la K√°tia Kabanov√° de Jan√°ček dans la mise en sc√®ne de Christoph Marthaler, sous la direction de Sylvain Cambreling au Palais Garnier.
    Leo¬ö Jan√°ček (1854-1928)
    Kátia Kabanová, opéra en trois actes (1921)
    Livret de Vincence Cervinka, d'apr√®s l'Orage d'Alexandre Nikola√Įevitch Ostrovski.
    Chanté en tchèque

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Sylvain Cambreling
    mise en scène : Christoph Marthaler
    décors et costumes : Anna Viebrock
    éclairages : Olaf Winter
    préparation des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    Angela Denoke (Kátia), Roland Bracht (Saviol Dikoy), Jane Henschel (Kabanicha), Christoph Homberger (Tichon Kabanov), David Kuebler (Boris Grigorievitch), Toby Spence (Kudriach), Dagmar Peckova (Varvara), Frédéric Caton (Kouliguine), Ulrica Precht (Glacha), Tracy Smith-Bessette (Fekloucha), Ulrich Voss (un homme), Carolien Bibas (une femme).

     



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