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CRITIQUES DE CONCERTS 19 septembre 2018

Reprise des Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc dans la mise en scène de Francesca Zambello à l'Opéra Bastille, Paris.

Y a-t-il une Blanche dans la salle ?
© Eric Mahoudeau

Felicity Palmer (Madame de Croissy) et Dawn Upshaw (Blanche).

Très riche en ouvrages du XXe siècle, le début de saison de l'Opéra de Paris proposait une reprise des Dialogues des Carmélites de Poulenc dans la belle mise en scène de Francesca Zambello. Malgré deux flagrantes erreurs de distribution, la production est sauvée par le reste du plateau et par la direction poignante de Kent Nagano.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 03/11/2004
Yannick MILLON
 



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  • La mise en scène de Zambello, historique, sobre et réaliste, reste efficace, et offre de beaux tableaux intimes aux superbes éclairages. Le dispositif de plateaux tournants sur lesquels reposent les panneaux semi-circulaires du décor permet des changements de scènes fluides et d'un bel effet. On regrettera juste une direction d'acteurs un peu élémentaire, mais l'ensemble reste très fidèle à l'esprit de l'oeuvre comme à sa lettre.

    Pour cette reprise, la production souffre uniquement d'une distribution inégale où le pire côtoie le meilleur. Le pire d'abord, avec deux pailles dans la distribution féminine, à commencer par la Blanche impossible de Dawn Upshaw, empêtrée dans une diction caricaturale à force d'artifice et un total manque d'homogénéité. Si quelques jolis moments affleurent, les horreurs l'emportent, comme ces voyelles affreusement ouvertes, ces graves poitrinés et nasalisés, donnant au personnage les intonations d'une gamine de douze ans un peu niaise. Du moins est-elle criante de vérité lors de l'interlude parlé où elle affirme de son plus bel accent yankee qu'elle n'est « à Paris que depuis huit jours ». On imagine mal comment Felicity Lott, présente dans l'assistance, a pu résister à l'envie de monter sur scène pour sauver un rôle qu'elle a si magnifiquement chanté par le passé.

    Comble d'aberrance ensuite avec la Mère Marie complètement hors-sujet d'Anja Silja, sifflée aux saluts. Le français est désastreux, entre consonnes exagérées et voyelles méconnaissables, la voix complètement ruinée, avec un trou béant d'une octave dans le médium et un aigu strident au vibrato monstrueux. Dans un opéra aussi littéraire que les Dialogues, ces contre-emplois restent tout à fait incompréhensibles à l'Opéra de Paris ; on ne nous fera pas croire qu'il n'est pas de chanteuses françaises capables d'assurer ces rôles à l'heure actuelle ? sans parler des tout petits rôles défigurés par des accents incongrus. De même, on reste sceptique devant le numéro de Michel Sénéchal en aumônier, dont l'incarnation tenant du sketch à la Bourvil tombe comme un cheveu sur la soupe.

    © Eric Mahoudeau

    Heureusement, le reste du plateau est beaucoup plus adéquat. Patricia Petibon, qui en rajoute parfois dans la jeune fofolle, est une Constance idéale, à l'aigu radieux et aux magnifiques nuances, notamment dans les prières qu'elle domine de sa luminosité de timbre. Eva-Maria Westbroek campe une Madame Lidoine à l'infinie bonté, presque trop rayonnante et trop jeune pour le rôle, qu'elle marque d'un timbre ombragé magnifiquement sollicité, aux très beaux aigus.

    En Madame de Croissy agonisante, Felicity Palmer glace les sangs par sa prestation atypique à la limite de l'expressionnisme, avec un timbre acéré à la Regina Resnik, et un français intelligent et étonnamment intelligible. Un grand moment de théâtre ! Enfin, Alain Vernhes est toujours un Marquis de la Force évident, et Yann Beuron un Chevalier au style impeccable, bouleversant d'humanité et de nuances expressives dans la confrontation avec sa soeur.

    Reste la prestation admirable de Kent Nagano dans la fosse. Sans rien perdre en transparence ? des bois en état de grâce, les flûtes particulièrement ? sa direction a gagné en dix ans un vrai relief dramatique et des accents poignants. Aujourd'hui, le chef américain défend une narration orchestrale à l'affût de la tension dramatique ? scène de la mort de la prieure ; dernier interlude, presque insoutenable d'intensité, au climat inexorable et aux accents tragiques ? sans oublier de magnifiques raffinements dynamiques dans la scène du parloir.

    Au final, malgré d'inqualifiables réserves sur deux des rôles principaux, l'ensemble du spectacle reste attachant et vaut largement le détour.



    Prochaines représentations les 6, 9, 13, 17, 21, 24 et 27 novembre.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 03/11/2004
    Yannick MILLON

    Reprise des Dialogues des Carmélites de Francis Poulenc dans la mise en scène de Francesca Zambello à l'Opéra Bastille, Paris.
    Francis Poulenc (1899-1963)
    Dialogues des Carmélites, opéra en trois actes (1957)
    Livret de Georges Bernanos

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Kent Nagano
    mise en scène : Francesca Zambello
    décors : Hildegard Bechtler
    costumes : Claudie Gastine
    éclairages : Jean Kalman
    préparation des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    Dawn Upshaw (Blanche de la Force), Felicity Palmer (la Prieure Madame de Croissy), Eva Maria Westbroek (la nouvelle Prieure Madame Lidoine), Anja Silja (Mère Marie), Patricia Petibon (Soeur Constance), Bernadette Antoine (Mère Jeanne), Cornelia Oncioiu (Soeur Mathilde)Alain Vernhes (le Marquis de la Force), Yann Beuron (le Chevalier de la Force), Michel Sénéchal (l'Aumônier du Carmel), Christophe Fel (le geôlier), Sergei Stilmachenko (le premier comissaire), Jean-Luc Ballestra (l'Officier / le deuxième comissaire), Guillaume Antoine (Monsieur Javelinot), Yuri Kissin (Thierry).

     



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