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CRITIQUES DE CONCERTS 20 juillet 2019

Concert de l'Orchestre national de Lyon sous la direction de Daniel Harding, avec la participation du violoncelliste Heinrich Schiff, à l'Auditorium Maurice Ravel, Lyon.

Sibelius sans matière ni esprit
© Virgin Classics

Un temps pressenti pour prendre la direction de l'Orchestre national de Lyon, Harding revient diriger la phalange française pour un concert consacré à Elgar et Sibelius. Malgré la présence du violoncelliste Heinrich Schiff, le jeune chef, marquant le concert de sa griffe implacable, monopolise la soirée sans concession alors que sa lecture avoue des insuffisances de construction.
 

Auditorium Maurice Ravel, Lyon
Le 21/10/2004
Benjamin GRENARD
 



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  • Les g√©n√©rations d'interpr√®tes entretiennent quelquefois entre elles des rapports bien curieux. √Ä chaque g√©n√©ration ses partis pris, les plus jeunes choisissant de perp√©tuer un h√©ritage repens√© et revigor√© ou bien se situant en totale r√©action contre leurs a√ģn√©s. Mais lors de leur collaboration, il est tout de m√™me rare que les plus jeunes, d√©f√©rence oblige, √©clipsent l'aura de ces derniers. N√©anmoins, le jeune et talentueux Daniel Harding n'est pas le genre de chef √† s'en laisser conter par un soliste, f√Ľt-il son a√ģn√©.

    Alors que dans le Concerto d'Elgar, le violoncelliste Heinrich Schiff fait son possible pour cultiver un jeu expressif dans une optique postromantique, il est pourtant effac√© par un Daniel Harding qui canalise l'ensemble au moyen d'une gestique inflexible et autoritaire. Le chef, tout en dirigeant de main de ma√ģtre un orchestre tr√®s travaill√©, ne laisse gu√®re d'espace √† l'expression soliste. Du coup, le Concerto d'Elgar, chef-d'oeuvre embl√©matique d'un homme solitaire bris√© par la trag√©die de la guerre, perd un √©l√©ment essentiel de sa po√©tique. Invariablement, le violoncelle n'appara√ģt plus ce soir que comme une voix suppl√©mentaire dans le reste de la masse orchestrale.

    La conception d'Harding, quoique intéressante et vivante, fait l'impasse sur la nécessaire lame de fond qui devrait habiter l'ensemble de la pièce et qui donnerait au tout une cohérence. Les lignes sont toujours conduites avec souplesse et intelligence mais l'absence d'une vision commune et d'un indispensable équilibre entre le soliste et le chef empêchent l'interprétation de faire véritablement saillie.

    Tout ceci incombe probablement au chef qui n'a manifestement pas su mettre de c√īt√© sa forte personnalit√©. D'ailleurs, son geste bref et discret lors des saluts, tapotant nonchalamment sur ses cuisses pour applaudir son soliste, n'est probablement pas innocent. Tellement peu innocent que Harding s'empressera tout de m√™me dans un √©lan de d√©cence de rectifier son attitude en honorant le soliste de mani√®re plus conventionnelle.

    5e de Sieblius manquant d'espace

    La 5e symphonie de Sibelius r√©ussit mieux au jeune Britannique. Il faut dire qu'il s'agit d'une v√©ritable oeuvre de chef, et l'ouvrage s'accommode mieux de sa forte personnalit√©. Au plan orchestral, tout est m√©ticuleusement soign√©, les partis pris agogiques sont toujours int√©ressants et bien ma√ģtris√©s, particuli√®rement dans le deuxi√®me mouvement. Cependant, il manque deux √©l√©ments essentiels de l'esprit sib√©lien : une conception vaste de l'espace servie par une certaine √©paisseur sonore.

    Dans cette m√™me pi√®ce, Robertson, pourtant moins original, obtenait de l'ONL une densit√© orchestrale plus mate mais aussi plus ad√©quate. Du coup, l'ensemble √©tait de meilleure tenue. Harding, lui, manque ind√©niablement du sens de l'espace propre √† Sibelius. L'ouverture de la symphonie par les cors ¬Ė instruments par excellence des grands espaces ouverts ¬Ė ne suffit pas √† donner au propos sa v√©ritable ampleur.

    Faute d'une matière sonore suffisamment dense, l'esprit sibélien n'arrive donc pas à s'incarner. Et si le discours acquiert plus de consistance sur la fin du concert, Harding gérant mieux la densité orchestrale, on sent que la grande arche n'a pas été tendue et l'on reste définitivement sur sa faim.




    Auditorium Maurice Ravel, Lyon
    Le 21/10/2004
    Benjamin GRENARD

    Concert de l'Orchestre national de Lyon sous la direction de Daniel Harding, avec la participation du violoncelliste Heinrich Schiff, à l'Auditorium Maurice Ravel, Lyon.
    Edward Elgar (1857-1934)
    Concerto pour violoncelle et orchestre en mi mineur, op. 85 (1919)
    Heinrich Schiff, violoncelle

    Jean Sibelius (1865-1957)
    Symphonie n¬į 5 en mi b√©mol majeur, op. 82 (1915)

    Orchestre national de Lyon
    direction : Daniel Harding

     


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