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CRITIQUES DE CONCERTS 25 septembre 2020

Nouvelle production de De la maison des morts de Janáček mise en scène par Pierre Strosser et dirigĂ©e par Jiři Bělohlávek au Grand Théâtre de Genève.

La quintessence de Janáček
© GTG / Mario del Curto

Parmi ses nouvelles productions de la saison 2004-2005, le Grand Théâtre de Genève prĂ©sentait le dernier opĂ©ra de Janáček, De la maison des morts. L'ultime chef-d'oeuvre du maĂ®tre de Brno, bĂ©nĂ©ficiant de l'excellence d'une Ă©quipe vocale essentiellement slave, est ici admirablement dĂ©fendu autant sur le plan scĂ©nique que musical. Ou comment parvenir Ă  la quintessence du style Janáček.
 

Grand Théâtre, Genève
Le 06/11/2004
Benjamin GRENARD
 



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  • Sans principal protagoniste ni apparente ligne directrice, De la maison des morts est assurĂ©ment conçu de manière peu orthodoxe. Le dernier opĂ©ra de Janáček fait la part belle Ă  une plĂ©thore de petits rĂ´les, lesquels donnent lieu Ă  de nombreux monologues exposant de vĂ©ritables mini-drames individuels. Si l'arrivĂ©e et le dĂ©part de Goriantchikov structurent l'ouvrage, son parcours somme toute peu dĂ©veloppĂ© ne constitue pas pour autant le coeur de l'opĂ©ra. DĂ©pourvu d'Ă©lĂ©ments narratifs conventionnels, De la maison des morts s'avère donc une oeuvre Ă©pineuse dont la rĂ©ussite requiert un solide travail d'Ă©quipe.

    Mais l'équipe de la nouvelle production genevoise, presque exclusivement slave, relève le défi avec brio. La plupart des chanteurs, et ils sont nombreux, sont de très grande qualité. Parmi eux, nous citerons Peter Mikuláš, qui campe un Goriantchikov plein d'humilité et de compassion pour ses pairs, avec une voix ronde et noble. Stefan Margita tire profit d'une technique solide en défendant un Louka Kouzmitch fort personnalisé et acéré. Cependant, la vedette revient sans conteste au Chichkov de Pavlo Hunka, dont le vibrato, un rien serré, confère quelque fragilité à son intervention émouvante et poignante. Son monologue apparaît comme le point culminant de l'ouvrage et donne du coup à cette série de mini-drames successifs une cohérence dramaturgique.

    Si quelques imperfections vocales – notamment chez Alexandre Vassiliev en Commandant et Gordon Gietz, aux aigus difficiles, en Skouratov – n'entament en rien la tenue de l'ensemble, la performance de l'orchestre mĂ©rite Ă©galement les plus grands Ă©loges. Après un premier acte lĂ©gèrement flottant et manquant de tension, Jiři Bělohlávek et l'OSR montrent une parfaite maĂ®trise d'une partition très exigeante au plan instrumental, dont l'orchestration iconoclaste est ici magnifiquement rendue. A ce titre, les oppositions de registres extrĂŞmes particulièrement dĂ©licates qui Ă©maillent la partition rendent compte Ă  la fois de la noirceur du propos comme de la nature solaire du compositeur. Et Ă  l'Ă©vidence, Bělohlávek, en bon tchèque, est entièrement habitĂ© par l'oeuvre.

    Quant à la mise en scène de Pierre Strosser, elle évite le poncif de faire de l'univers concentrationnaire un espace clos et étouffant ; bien au contraire, l'espace scénique est exploité à son maximum : dépossédée de tout décor d'arrière-plan, la scène donne directement sur les coulisses, d'un noir opaque, suggérant une sorte de hangar impersonnel. Car, en définitive, le camp sera le lieu où chacun se révèle à travers les différents monologues, comme si le théâtre de la vie se crevait. De ce point de vue, Strosser laisse habilement l'oeuvre parler d'elle-même. Le théâtre dans le théâtre est en revanche beaucoup plus dirigé : on mentionnera le passage de La Belle Meunière, qui constitue un divertissement fort bien mené avec une direction d'acteur précise, au titre de laquelle on saluera la performance théâtrale de Alexandre Krawetz qui domine ce moment scénique avec maestria.

    Très rĂ©ussie, cette nouvelle production genevoise du dernier opĂ©ra de Janáček dĂ©fend donc idĂ©alement une oeuvre injustement peu prĂ©sente sur la scène internationale. Pourtant, s'il n'est peut-ĂŞtre pas le plus poignant de son auteur, cet opĂ©ra, d'une humanitĂ© infaillible, est sans aucun doute sa quintessence.




    Grand Théâtre, Genève
    Le 06/11/2004
    Benjamin GRENARD

    Nouvelle production de De la maison des morts de Janáček mise en scène par Pierre Strosser et dirigĂ©e par Jiři Bělohlávek au Grand Théâtre de Genève.
    Leoš Janáček (1854-1928)
    De la maison des morts, opéra en trois actes (1930)
    Livret du compositeur d'après Souvenirs de la maison des morts de Fiodor Dostoïevski

    Choeur du Grand Théâtre
    Choeur Orpheus de Sofia
    Orchestre de la Suisse Romande
    direction : Jiři Bělohlávek
    mise en scène et décors : Pierre Strosser
    costumes : Patrice Cauchetier
    éclairages : Joël Hourbeigt
    préparation des choeurs : Ching-Lien Wu et Krum Maximov

    Avec :
    Peter Mikulᚠ(Alexandre Petrovitch Goriantchikov), Stephanie Novacek (Alieïa), Stefan Margita (Filka Morosov - Louka Kouzmitch), Ulfried Haselsteiner (Le Grand Prisonnier/Tchérévine), Philippe Duminy (Le Petit Prisonnier), Alexandre Vassiliev (Le Commandant), Bernard Van der Meersch (Le Vieux Prisonnier), Gordon Gietz (Skouratov), Dimitri Tikhonov (Tchekounov), Guy Bonfiglio (Le Prisonnier ivre), Phillip Casperd (Le Prisonnier cuisinier), Harry Draganov (Le Prisonnier forgeron), Aleksandar Chaveev (Le Pope), Bisser Terziyski (Le Jeune Prisonnier), Magali Duceau (Une prostituée), Ales Jenis (Le Prisonnier/Don Juan), Alexander Krawetz (Chapkine/Kedril), Pavlo Hunka (Chichkov), Slobodan Stankovic (Un gardien), Lyonel Grélaz (Une voix).

     



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