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CRITIQUES DE CONCERTS 13 aoŻt 2020

Reprise d'A√Įda de Verdi dans la mise en sc√®ne de Robert Wilson au Th√©√Ętre Royal de la Monnaie, Bruxelles.

A√Įda soumise au sacr√©
© Johan Jacobs

De retour √† la Monnaie apr√®s une escale houleuse au tr√®s conservateur Covent Garden de Londres, cette A√Įda, fruit de l'union in√©dite entre Verdi et Robert Wilson, pouvait susciter autant d'esp√©rance que de crainte. Quoi de commun, en effet, entre le m√©lodrame arch√©ologique et le hi√©ratisme bleut√© ? Pourquoi pas tout ?
 

Th√©√Ętre royal de la Monnaie, Bruxelles
Le 26/10/2004
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Si ce n'est √™tre noire, Wilson ne refuse rien √† A√Įda, pas m√™me le faste, jusque dans un triomphe √† la chor√©graphie indigne d'une telle esth√©tique et des costumes √©l√©gamment √©vocateurs. Simplement, il √©pure, ritualise, subordonne tout au sacr√© : figure sombre et imposante de Ramfis qui, plus encore que le Grand Inquisiteur contre lequel Philippe II ose un instant s'√©lever, domine tout, √† commencer par ce Roi qui n'est que malheureuse silhouette. Son Egypte se d√©cline du cr√©puscule √† l'aube, du bleu profond au mauve naissant, en silhouettes de Gizeh, en ombres de temples. Ses personnages, emmur√©s dans leurs contradictions, leur √©gocentrisme, trouvent dans la pose soudain bris√©e leur expression la plus juste, la plus fid√®le : l'intensit√© de l'introspection que m√©nage la convention de l'aria se trouve d√©cupl√©e lorsque Wilson n'√©claire qu'un visage dans le noir profond. Et par l√†-m√™me, le metteur en sc√®ne am√©ricain instaure une qualit√© d'√©coute trop souvent sacrifi√©e √† l'exotisme distrayant.

    En laissant s'√©panouir des soli extatiques, malgr√© une certaine absence des contrebasses √† l'heure du Jugement, Kazushi Ono illumine cette Egypte sublim√©e, mais mieux encore, par l'italianit√† recr√©√©e du son et du geste, il la prolonge. Ce ne sont que jeux de tensions : bouleversantes dans le duo entre A√Įda et Amonasro, asphyxiantes dans la sc√®ne du Jugement, √©clatantes dans la pompe du Triomphe. Les cordes sont ac√©r√©es, chauff√©es √† blanc, les cuivres cinglants : l'Orchestre symphonique de la Monnaie vrombit, exulte. N'√©tait la curieuse pr√©cipitation du duo final ¬Ė mais l√† encore, quel tapis de cordes ¬Ė, une r√©f√©rence moderne.

    Ce qu'offre le chant n'est ni pire ni meilleur que le quotidien verdien des sc√®nes internationales, puisque ce sont ceux-l√† m√™me qui y chantent ces m√™me r√īles : ces dames luttent avec plus ou moins d'efficacit√© contre leur vibrato autoroutier tandis que ces messieurs se pr√©occupent plus de d√©cibels que de musique et de personnages. Mais comme cela ne va pas sans son lot de frissons, il serait ingrat de ne pas nuancer.

    L'A√Įda passionn√©e et √©mouvante de Mich√®le Crider

    Mich√®le Crider poss√®de les facilit√©s d'un vrai format spinto, m√™me si elle ne les exploite pas toujours, comme contrainte durant les deux premiers actes. Une annonce faite √† l'issue de l'entracte lui permet d'aborder la suite en toute qui√©tude et de donner toute sa mesure dans un air du Nil remarquablement conduit et expressif. Quelques √©carts de justesse n'y pourront rien, cette A√Įda au grave sombre et √† l'aigu br√Ľlant se distingue enfin, passionn√©e et √©mouvante.

    Sans doute la seule √† poss√©der une r√©elle conscience de l'esth√©tique wilsonienne, l'Amneris d'Ildiko Komlosi ne sort de sa r√©serve que sur le tard, et par trop compos√©e, forc√©e. Malgr√© un timbre enveloppant, la banalit√© guette souvent. S'il n'osait, et r√©ussissait parfois, quelques pianissimi, voire diminuendi, Badri Maisuradze ne serait que le √©ni√®me fort t√©nor d√©barqu√© du Bolcho√Į √† gorge d√©ploy√©e. Du seul acier tremp√©, Andrezj Dobber fait un Amonasro d'une d√©concertante aisance, tandis qu'Orlin Anastassov, musicien plus scrupuleux au timbre de bronze plus raffin√©, n'a pas tout √† fait l'envergure d'un Ramfis. Michela Romer serait quant √† elle id√©ale de transe sacerdotale si elle n'√©tait en voix de m√©g√®re.

    Il e√Ľt sans doute fallu d'autres voix, d'autres corps, pour que ce r√™ve d'Egypte f√Ľt absolument abouti. L'emprunte qu'il laisse sur la m√©moire verdienne n'en est pas moins profonde.




    Th√©√Ętre royal de la Monnaie, Bruxelles
    Le 26/10/2004
    Mehdi MAHDAVI

    Reprise d'A√Įda de Verdi dans la mise en sc√®ne de Robert Wilson au Th√©√Ętre Royal de la Monnaie, Bruxelles.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Aida, opéra en quatre actes et sept tableaux (1871)
    Livret d'Antonio Ghislanzoni

    Choeurs et Orchestre symphonique de La Monnaie
    direction Kazushi Ono
    mise en scène, décors et éclairages : Robert Wilson
    costumes : Jacques Reynaud
    préparation des choeurs : Piers Maxim

    Avec :
    Mich√®le Crider (A√Įda), Badri Maisuradze (Radam√®s), Ildiko Komlosi (Amneris), Andrzej Dobber (Amonasro), Orlin Anastassov (Ramfis), Guido Jentjens (le Roi), Michela Remor (une pr√™tresse), Andr√© Gr√©goire (un messager).

     



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