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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2018

Récital d'Andreas Scholl accompagné par Markus Märkl au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Le mélange des registres
© Harmonia Mundi

Malgré de récentes et haendéliennes incursions à l'opéra, Andreas Scholl incarne, plus que tout autre contre-ténor, la voix du sacré et de l'intime. Pour son récital annuel au Théâtre des Champs-Élysées, il reprenait des lieder baroques allemands et s'attaquait à des cantates romaines du « caro sassone ». A programme contrasté, prestation inégale.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 02/11/2004
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Accompagné du seul clavecin, Andreas Scholl se trouvait a priori dans d'excellentes conditions acoustiques : nul besoin de forcer la projection du timbre, des mots. Les irrégularités d'émission qui entachent ses prestations depuis deux ou trois ans n'en sont que plus flagrantes. La voix, jadis si pure, a pris du corps certes, de l'épaisseur même, au détriment de la souplesse. L'extrême clarté des voyelles italiennes tend à déformer le timbre, jusqu'à l'aigreur dans l'aigu. Et le contre-ténor allemand n'en finit plus de s'éclaircir la gorge, multiplie les coups de glotte, peut-être les séquelles de ces changements de registres abrupts dont il se plaisait à orner les cantates arcadiennes de ses précédents récitals. Plus inquiétant encore, ce souffle, souvent infini, qui tourne soudain court dans les récitatifs, pour la plupart hachés menu. Dès lors, la voix semble ne plus tenir que soumise à l'artifice.

    A ce curieux manque d'assurance technique, Scholl répond par la surcharge interprétative. La touchante simplicité, la délicate raillerie qu'il mettait à ses Krieger, Hammerschmidt et Albert enregistrés il y a dix ans, basculent dans le premier degré. L'exactitude rythmique n'est pas non plus au rendez-vous, jusqu'à la négligence, malgré le cadre imposé du clavecin par Markus Märkl. Cela tourne même à la coquetterie dans Pensier crudele (cantate Lungi da me, pensier tiranno). Mais ce sont tous les Haendel qui souffrent d'une italianità factice, peu convaincante : le plus grand de tous les David de Saul ne maîtrise pas l'idiome de sa chère Arcadie. La langue s'y fait obstacle, brise les lignes. Le continuo réduit à sa plus simple expression n'aide pas, il est vrai, à l'épanouissement d'un legato aux abonnés absents.

    Et pourtant, Scholl fascine. C'est qu'une phrase, une note même, suffisent à ranimer, à perpétuer l'ineffable de ses intouchables Bach. Dans An die Einsamkeit de Johann Philipp Krieger, c'est de la seule vocalité que naît l'émotion ; comme l'élasticité proprement sidérante de certains mélismes ? cette marche harmonique trillée proche de l'extase dans le dernier air de la cantate Lungi da me, pensier tiranno ? peut révéler, intacte, la pureté diaphane du timbre. Enfin, et c'est ce qui le fait unique, Andreas Scholl crée, par de subtils dosages des registres, un kaléidoscope d'une éloquence infinie lorsqu'il s'agit d'habiter le mot allemand.

    Ce n'est en fait que dans les bis que le contre-ténor star retrouve son éloquence haendélienne, même s'il confond, comme pour rire, Serse et Alcina en les annonçant : Verdi prati suspendu, tendu comme l'arc dont la flèche transperce l'affect, et deux extraits de la cantate Vedendo Amor (HWV 175), Rise Eurilla, rise amore, enjoué, virtuose, et Camminando lei pian piano auquel ne manque qu'un cor pour fraterniser avec Va tacito e nascosto de Giulio Cesare.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 02/11/2004
    Mehdi MAHDAVI

    Récital d'Andreas Scholl accompagné par Markus Märkl au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Johann Nauwach
    Heinrich Albert
    Adam Krieger
    Johann Caspar Ferdinand Fischer
    Johann Philipp Krieger
    Andreas Hammerschmidt
    Johann Valentin Görner
    Georg Friedrich Haendel

    Andreas Scholl, contre-ténor
    Markus Märkl, clavecin et pianoforte

     


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