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CRITIQUES DE CONCERTS 12 novembre 2018

Intégrale des Concertos pour piano de Beethoven par Evgueni Kissin, accompagné par l'Orchestre national de France sous la direction de Kurt Masur au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Le piano de Beethoven dans la tourmente
© Bette Marshall

Evgueni Kissin est une star, et comme toute star qui se respecte, ses tournées sont mondiales. Après Londres, Montpellier, Lisbonne, avant Lucerne, Rome, Chicago, il faisait étape pour deux soirées au Théâtre des Champs-Élysées avec l'Orchestre national de France dirigé par Kurt Masur pour une intégrale des concertos de Beethoven pour le moins déroutante.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 30/10/2004
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Affluence record, groupies cherchant désespérément des places dans un périmètre de plus en plus large, jusqu'aux entractes. Au programme, l'intégrale des concertos pour piano de Beethoven, avec l'Orchestre National de France en guise de faire-valoir.

    Du combat de titans qui l'opposait au compositeur dans les trois premiers concertos, le pianiste russe est sorti vainqueur, par K.O. Avec l'assurance d'un marathonien au faîte de sa technique, stupéfiante évidemment, Kissin bondit sur un piano qu'il ne laissera pas souffler, vibrer, chanter une seule seconde. Ce pourrait être fougue juvénile, véhémence, combativité, une certaine forme d'héroïsme même, quelque chose comme la naissance d'un esprit révolutionnaire, une douleur qui petit à petit s'affranchit de modèles trop classiques, mais non : brutalité seule s'impose pour définir ce jeu comme matraqué.

    Il y a pourtant comme une souffrance sur ce visage encore poupin. Que ne transparaît-elle dans ce jeu haché, caquetant d'un pianiste sans doute trop doué ? Et l'humour, l'ironie, ces délicieuses facéties que Beethoven glisse un peu partout, ce Beethoven que Brendel sait si bien faire grimacer ? Rien, toujours rien. Déluge de notes. Et dans la lenteur, la pédale dilue plus qu'elle ne nimbe : mystère nocturne passé à la trappe. Cognons ! Toujours plus vite, toujours plus fort. Vacuité de l'ornement, seul exhibitionnisme des cadences. L'instrument n'en peut plus qui, sous ces doigts d'acier, ne révèle que son métal. A quoi bon faire le tri des opus : Kissin refuse tout dialogue.

    Vrai discours d'orchestre derrière un piano bulldozer

    Et pourtant, Kurt Masur aurait bien des choses à apprendre au jeune lion qui s'arroge la vedette. Il y a là une vraie couleur d'orchestre, un vrai discours, au loin derrière le piano bulldozer. L'humour, le mystère sont là : Masur les indique du coude, rieur. Qu'on ne lui demande pas les révolutions d'un Harnoncourt, d'un Rattle. Mais l'oreille, épuisée par tant d'agressivité pianistique, peut, un instant, se lover dans des phrasés qui ont certes fait leur temps. Il y a dans cette bonhomie de patriarche, qui tient son Beethoven de si belle tradition, comme le plus doux réconfort. Même pour cela, Kissin ne semble avoir aucun respect.

    Les deux derniers concertos rétablissent un certain équilibre, de par leur écriture même. Masur joue des coudes pour imposer son Beethoven grand homme, parfois un peu bougon et un brin précipité. Il étale, respire une couleur plus accueillante encore, y met parfois une amertume, répond par une ardente souplesse. Le Rondo de l'Empereur se veut apothéose populaire, emprunte de rustauderie gaillarde, réjouissante. Le jeune prodige se révèle moins systématique, partage un minimum. Il fait pourtant une entrée précipitée, anodine à l'Opus 58, dont l'Allegro moderato souffre d'un jeu toujours très vertical, d'une cadence nombriliste. Dans le fulgurant Andante con moto, il se limite à une certaine culture du son, qui n'est pas sans évidente beauté. Si le Rondo chante parfois, il ne sourit jamais.

    Et puis, à ceux qui en doutaient encore, Kissin le clame haut et fort : l'Empereur, c'est lui. Chaque phrase, qu'il prive d'élan tant il s'occupe de faire sonner chaque note, se conclut par un point de cinglante exclamation. Et le jeune homme, piètre danseur, l'épée au côté, vous marcherait sur les pieds sans ciller. En somme, une intégrale vraiment déroutante et difficile à défendre !




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 30/10/2004
    Mehdi MAHDAVI

    Intégrale des Concertos pour piano de Beethoven par Evgueni Kissin, accompagné par l'Orchestre national de France sous la direction de Kurt Masur au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Ludwig van Beethoven
    Intégrale des Concertos pour piano & orchestre

    Evgueni Kissin, piano
    Orchestre National de France
    direction : Kurt Masur

     


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