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CRITIQUES DE CONCERTS 08 juillet 2020

Reprise du Trouvère de Francesca Zambello à l'Opéra Bastille, Paris.

Sauvé des eaux
© Eric Mahoudeau

D√Ľment reprise en main par G√©rard Mortier en personne, la catastrophique production du Trouv√®re de Verdi par Francesca Zambello conna√ģt une deuxi√®me et bien plus convaincante jeunesse. Avec une belle distribution masculine et la d√©couverte d'un mezzo au plus bel avenir.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 03/12/2004
Gérard MANNONI
 



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  • A la question : pourquoi et comment un directeur d'op√©ra laisse-t-il aller √† la catastrophe une production naufrag√©e ? G√©rard Mortier a choisi d'apporter une r√©ponse en se r√©f√©rant √† celui qui le pr√©c√©da √† la t√™te du Festival de Salzbourg, Herbert von Karajan. Ce n'est pas fr√©quent. Il a en effet remani√© en partie lui-m√™me pour les lumi√®res, et avec Isabelle Cardin pour la mise en sc√®ne proprement dite, ce que Francesca Zambello et ses collaborateurs avaient si compl√®tement rat√© la saison pass√©e.

    Il est d'ailleurs plus intelligent d'agir ainsi que de ranger la production dans un placard ou la redonner en l'√©tat. Un vigoureux nettoyage a √©t√© effectu√© en tous domaines. Moins de figurants inutiles sur sc√®ne, moins d'accessoires encombrants, quelques costumes moins ridicule ¬Ė celui d'Ines notamment ¬Ė certaines id√©es stupides abandonn√©es, comme cette malheureuse Azucena accroch√©e √† une roue de canon et roul√©e hors de sc√®ne. Revus par Mortier lui-m√™me, les √©clairages donnent un autre relief et une autre vie √† l'ensemble, m√™me si ce qui reste des d√©cors demeure aussi laid et souvent absurde. Mais en bref, de vraiment caricatural, le spectacle devient regardable et parfois m√™me cr√©dible.

    D'autant que la distribution masculine est de haute tenue. Neil Schicoff, d'abord, étonne, à ce stade de sa carrière, par la perfection d'une voix et d'une émission qui rendent justice tant à la partition qu'au personnage de Manrico, avec, semble-t-il, les adaptations devenues aujourd'hui quasi générales. Belle musicalité, vaillance et expression : un Manrico exceptionnel.

    Dmitri Hvorostovsky n'est pas un vrai baryton Verdi, mais la beaut√© du timbre, le contr√īle de l'√©mission et l'intelligence de l'interpr√©tation tout comme sa prestance physique en font aussi un Comte de Luna de haute lign√©e. Quant √† Kristinn Sigmundsson, on retrouve son Ferrando caverneux et agile avec grand plaisir.

    C√īt√© distribution f√©minine, Marina Mescheriakova reste une Leonora plausible et in√©gale, avec de beaux moments et des passages √† vide, pouvant aller jusqu'√† l'erreur totale. En revanche, la jeune Elena Manistina est une vraie d√©couverte. Peut-√™tre autant grand soprano dramatique que mezzo, voil√† une grande voix, claire, bien en place, au timbre brillant, aux graves aussi faciles que les aigus. Laur√©ate du Concours Operalia Placido Domingo en 2002, elle est √† l'or√©e d'une superbe carri√®re.

    Ajoutons encore des choeurs somptueux et un Gustav Kuhn qui mène le tout depuis la fosse avec énergie, enthousiasme, achevant de redorer le blason d'une production véritablement sauvée du naufrage.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 03/12/2004
    Gérard MANNONI

    Reprise du Trouvère de Francesca Zambello à l'Opéra Bastille, Paris.
    Giuseppe Verdi (1813-1901)
    Il Trovatore, opéra en quatre actes (1853)
    Livret de Salvatore Cammarano d'après le drame espagnol d'Antonio García Gutiérrez

    Choeurs et Orchestre l'Opéra national de Paris
    direction : Gustav Kuhn
    mise en scène : Isabelle Cardin d'après une idée de Francesca Zambello
    décors : Maria Björnson et Adeian Linford
    costumes : Sue Willmington
    éclairages : Gérard Mortier et Rui Matos Machado d'après Peter Mumford

    Avec :
    Neil Schicoff (Manrico), Marina Mescheriakova (Leonora), Elena Manistina (Azucena), Dmitri Hvorostovsky (Il Conte di Luna), Kristinn Sigmundsson (Ferrando), Natacha Constantin (Ines), David Bizic (Un vecchio zingaro), Xavier Mas (Ruiz), Fernando Velasquez (Un messo).

     



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