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CRITIQUES DE CONCERTS 24 mai 2018

Belshazzar de Haendel par le Gabrieli Consort & Players sous la direction de Paul McCressh à la Cité de la Musique, Paris.

En attendant les studios

Dans les studios d'enregistrement, Paul McCreesh et ses troupes atteignent le plus souvent une plénitude sonore et une précieuse vitalité qui sont la clé de leurs réussites haendéliennes. En concert, le chef britannique n'est que platitude et fadeur, face à un orchestre sans ressort. Ce Belshazzar parisien ne manque pas d'alimenter le paradoxe.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 09/12/2004
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Après l'échec de son diptyque ovidien, le drame musical à l'antique d'Hercules n'ayant pas plus rencontré les faveurs du public londonien que l'opéra « paillard » Semele, Haendel revint à l'oratorio biblique, genre qui, avec Samson, lui avait assuré l'un de ses plus grands succès. Mais l'admirable livret de Charles Jennens invita une nouvelle fois le compositeur à brouiller les pistes, composant une oeuvre d'un dramatisme pictural, dans laquelle l'action est plus soutenue que dans n'importe lequel de ses opéras. Malgré la présence dans la distribution de fidèles tels que John Beard, la « Francesina » et Mrs Robinson, créatrice du rôle de Dejanira, le public ne suivit pas, et Belshazzar ne fut repris que deux fois du vivant de Haendel avant de sombrer dans l'oubli.

    Nikolaus Harnoncourt, Trevor Pinnock, ou plus récemment René Jacobs se sont attelés, avec plus ou moins de succès, à la réhabilitation de ce chef-d'oeuvre du théâtre musical haendélien. Après Le Messie, Solomon, Theodora, et Saul, Paul Mc Creesh prend le relais, distillant trois heures d'ennui. La soirée aura en effet pris un faux air d'honnête lecture au coin du feu.

    Le geste du chef britannique est d'une belle vivacité, mais si quelques moments se parent de souffle dramatique ? jusqu'à la caricature dans Destructive war ?, l'ensemble se maintient dans une agitation assez vaine : le passage où la main écrit sur le mur passerait presque inaperçu. C'est que jamais McCreesh ne donne le sentiment de conduire une phrase, par la dynamique inexistante, l'absence de variété, de couleurs. De sonorité brillante, parfois agressive, l'orchestre répond par de fréquents défauts de mise en place, d'une articulation souvent paresseuse : dans Can the black Aethiop change his skin, Daniel Taylor et le violoncelliste n'en finiront pas de s'éviter. Mécanique parfaitement huilée, le clavecin de Timothy Roberts ponctue sans élan ce discours figé.

    Le Choeur se démarque sans peine de cette relative atonie par la richesse de la pâte vocale. Virtuose, malgré des eaux détournées quelque peu savonneuses, il ne parvient pas à différencier, engagé mais monochrome, Babyloniens, Perses et Juifs. Même en petite forme, Paul Agnew maintient fermement la barre haendélienne. Si Belshazzar, trop virtuose, trop anguleux, privés de récitatifs accompagnés, n'est pas son meilleur rôle, il l'investit d'une hargne terrifiée dans la scène de l'écriture.

    En voix admirable, perlée, frémissante, qui la prédispose aux emplois de la « Francesina », Rosemary Joshua semble d'abord peu concernée. Les circonvolutions captivantes de The leafy honours of the field accusent même quelques hésitantes raideurs. Alternate hopes and fears se hisse en revanche à un bouleversant degré d'égarement, de visions palpables. Voix blanche, faiblement projetée, Daniel Taylor n'a rien de prophétique, sinon dans la lecture des écritures : MENE, MENE, TEKEL, UPHARSIN épanouit mystérieusement le timbre.

    Susan Bickley, il est vrai remplaçante, tient pour sa part de l'erreur de casting, ombre de Cyrus : timbre étroit, aigre, aigu strident, vocalise sans conduite, à deux doigts du naufrage musical. Et Christopher Purves n'est pas en mesure, par une voix de belle qualité mais adepte du détimbrage, de compenser le manque de relief de sa composition.

    Mis au propre sur trois galettes argentées, Ce Belshazzar fera peut-être parler de lui en propos plus élogieux.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 09/12/2004
    Mehdi MAHDAVI

    Belshazzar de Haendel par le Gabrieli Consort & Players sous la direction de Paul McCressh à la Cité de la Musique, Paris.
    George Friedrich Haendel (1685-1759)
    Belshazzar, oratorio (1745)
    Livret de Charles Jennens

    Gabrieli Consort & Players
    direction : Paul McCreesh

    Avec :
    Paul Agnew (Belshazzar), Rosemary Joshua (Nitocris), Susan Bickley (Cyrus), Daniel Taylor (Daniel), Gobrias (Christopher Purves).

     


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