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CRITIQUES DE CONCERTS 11 juillet 2020

3e et 4e symphonie de Mahler dans le cadre de l'int√©grale Mahler du Philharmonique de Radio France sous la direction de Myung-Whun Chung au Th√©√Ętre des Champs-Elys√©es, Paris.

Les béatitudes de Myung-Whun Chung
© Radio-France / Christophe Abramowitz

Myung-Whun Chung a voulu un cycle complet des symphonies de Mahler étalé sur une seule saison : défi titanesque pour l'Orchestre Philharmonique de Radio France et son directeur musical. Après des Titan et Résurrection vainement ballottées entre anémie et vacarme, les troisième et quatrième symphonie réservent quelques surprises.
 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 17/12/2004
Mehdi MAHDAVI
 



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  • A mi-parcours du vaste p√©riple de l'Orchestre Philharmonique de Radio France, une question s'impose : Myung-Whun Chung est-il mahl√©rien naturel ? Bien qu'il affirme √™tre devenu chef d'orchestre pour diriger les symphonies de l'auteur du Chant de la Terre, le chef cor√©en ne semble pas en ma√ģtriser tous les √©l√©ments, peinant le plus souvent √† tenir la distance. Il manque √† ses lectures le sentiment de l'unit√© organique : pr√©cautionneux face au folklore, aux √©l√©ments les plus simples de la nature, Chung ne parvient pas √† saisir cette √©tonnante assimilation des styles qui scandalisa les contemporains du compositeur. Dans un √©lan mystique emprunt de b√©atitude, il reste parfois comme p√©trifi√© d'admiration devant les alliages de timbre et les complexit√©s d'√©criture, d'une humilit√© qui bride l'implication physique ; mais l'Orchestre Philharmonique de Radio France n'est pas encore de ces formations promptes √† se diriger elles-m√™mes.

    Une 3e symphonie sans mordant

    Dans la 29e symphonie de Mozart, apr√®s une premi√®re attaque √† faire fr√©mir et malgr√© quelques raideurs dans l'articulation des traits du premier violon et des alti, l'orchestre se montre d'un mordant in√©dit et bienvenu. Car c'est bien par d√©faut de mordant que le premier mouvement de la 3e de Mahler s'√©tait trouv√© plomb√© une semaine plus t√īt. D√®s l'attaque, Chung semble lointain, presque effac√©, souvent √©mollient, et son cort√®ge ne s'anime qu'en de rares instants, le temps d'une illusion.

    Les heureuses d√©licatesses du deuxi√®me mouvement ne trouvent pas non plus de relais dans les textures anonymes et sans gr√Ęce du Philharmonique, sous la baguette gentiment somnolente du chef cor√©en qui ne peut imprimer le moindre ressort √† un Scherzando en rares clins d'¬úils de solistes assez √©teints, violon solo sans envergure et cor de postillon sans aura, relay√© par des cors en d√©saccord.

    L'assaut de la fanfare, intrusion de l'Homme, en l'occurrence Susan Graham, marque cependant un tournant salutaire. Si les cors veulent encore jouer les troubles-f√™te de leurs attaques peu soign√©es, la mezzo am√©ricaine livre un lied de performance vocale pure. Troquant sa clart√© habituelle contre une vraie couleur d'alto cuivr√©e et de projection superlative, elle pose chaque mot sur un souffle mall√©able, investissant les profondeurs du texte par un vibrato expressif captivant qui semble galvaniser Chung et ses troupes. Le cinqui√®me mouvement est de la m√™me force, de la m√™me fulgurance, malgr√© la relative indiscipline des premiers sopranos du Choeur de Radio France, simplement pr√©occup√©s de d√©cibels. La Ma√ģtrise se distingue en revanche par sa superbe homog√©n√©it√©.

    Continuant sur sa lanc√©e, le chef cor√©en b√Ętit un Finale de pure contemplation, enfin de cordes magiques, tout du moins jusqu'√† mi-course. Car de l'absence de coh√©sion du pupitre de premiers violons, le discours tend √† s'√©tioler, et l'apoth√©ose cl√īt tant bien que mal, sous un d√©luge d'applaudissements, ce monument de la cr√©ation.

    L'apathie du Philharmonique dans la 4e symphonie

    De dimensions plus r√©duites, tout simplement plus classique, la 4e symphonie doit de nouveau affronter l'apathie de l'orchestre. Mais plut√īt que de faire surgir les th√®mes des premier et deuxi√®me mouvement, de les surprendre, de les suspendre, Chung les encha√ģne, sans brusquer un orchestre qui semble manquer de confiance, pr√©cautionneux, ne prenant jamais le risque de tr√©bucher pour animer la phrase, d'oser la verve, l√† o√Ļ les cordes graves se montrent d'une coupable absence de rebond.

    L'Adagio met enfin tout le monde d'accord. Si quelques attaques hasardeuses ¬Ė d√©cid√©ment une constante ¬Ė viennent troubler la qui√©tude, l'apaisement de ce troisi√®me mouvement, Chung porte incontestablement en lui le s√©rieux sourire de sainte Ursule, qui sans cesse regarde vers le ciel. La lumineuse coda permet l'entr√©e candide de la soprano Miah Persson, id√©ale ¬ę d'expression joyeuse et enfantine, tout √† fait d√©pourvue de parodie ¬Ľ comme le souhaitait Mahler.

    Jouant des ambigu√Įt√©s d'un timbre ni tout √† fait femme, ni tout √† fait enfant, ang√©lique en somme, elle donne √† chaque mot son innocente saveur. Et le Philharmonique sourit enfin. Le silence qu'obtient Chung d'un public de quinteux fervents vient d√©montrer quelles sont les v√©ritables affinit√©s de ce mystique avec Mahler : l'inspiration fulgurante de l'Amour c√©leste.







    Un début d'intégrale bien laborieux


    27 et 29 octobre 2004. Dans un TCE plein √† craquer, Chung et le Philhar entament leur int√©grale mahl√©rienne par un Adagio de 10e symphonie qui donne d'embl√©e la couleur : extr√™me lenteur tout sauf habit√©e, vision b√©atement contemplative, manque constant de tension, plastique et technique orchestrales absolument chaotiques ¬Ė les altos, d√©j√† peu attrayants de timbre, incapables de changer de note en m√™me temps dans la longue phrase monodique introductive. Pendant l'√®re Janowski, le Philharmonique avait r√©ussi √† trouver une couleur int√©ressante √† force de jouer le grand r√©pertoire germanique. Aujourd'hui, le constat est alarmant : le m√™me orchestre est presque m√©connaissable, et montre des limites techniques √† chaque instant. On ne compte plus les accrocs, √©carts de justesse et autre manque d'idiomatisme sonore.

    La 2e symphonie se voit constell√©e de d√©rapages en tous genres, de d√©parts hasardeux ¬Ė la premi√®re entr√©e des violoncelles et contrebasses, honteuse, o√Ļ chacun court apr√®s son voisin de pupitre ; les attaques baveuses des cuivres, particuli√®rement des cors. Et comment croire un seul instant √† l'immobilisme puis √† l'√©veil de la nature qui ouvre la 1e symphonie avec une texture orchestrale aussi sale ?

    L'orchestre ne trouve jamais la couleur, le fondu orchestral qui pourraient faire illusion. Les cuivres sonnent trop clair ¬Ė et trop faux ¬Ė, les cordes trop mate, les percussions trop toc ¬Ė des timbales gadget, rien moins que souterraines. Dans ces conditions, m√™me avec un grand mahl√©rien √† la baguette, difficile d'assumer une int√©grale qui tienne debout.

    Quand de surcro√ģt, Chung ne fait que s'√©parpiller entre effets tapageurs et lenteurs suffocantes et d√©nerv√©es, le constat est bien celui de l'√©chec, et quelques rares passages un tant soit peu r√©ussis ne sauraient racheter tant de lacunes.


    Yannick Millon





    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 17/12/2004
    Mehdi MAHDAVI

    3e et 4e symphonie de Mahler dans le cadre de l'int√©grale Mahler du Philharmonique de Radio France sous la direction de Myung-Whun Chung au Th√©√Ętre des Champs-Elys√©es, Paris.
    Cycle Mahler de l'Orchestre Philharmonique de Radio France

    10/12/2004

    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n¬į 3 en r√© mineur

    Susan Graham, mezzo-soprano
    Ma√ģtrise de Radio France
    Choeur de Radio France

    17/12/2004

    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Symphonie n¬į 29 en la majeur K. 201

    Gustav Mahler (1860-1911)
    Symphonie n¬į 4 en sol majeur
    Miah Persson, soprano

    Orchestre Philharmonique de Radio France
    direction : Myung-Whun Chung

     


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