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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2020

Roméo et Juliette de Gounod à l'Opéra de Bordeaux.

Roméo et Juliette à un train d'enfer.
© FrĂ©dĂ©ric Desmesure

Roméo et Juliette de Charles Gounod est un chef d'oeuvre malheureux de la production lyrique française. Il a pourtant été choisi à Bordeaux comme l'un des temps forts de la saison; non sans perspicacité si l'on en juge par la qualité du travail accompli.
 

Grand-Théâtre, Bordeaux
Le 26/03/2000
Antoine Livio (1931-2001)
 



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  • Je n'ai jamais eu une grande passion pour cette version de RomĂ©o, dans laquelle pourtant Gounod a versĂ© tant d'exquises mĂ©lodies, mais contrairement Ă  Berlioz et mĂŞme Ă  Prokofiev, il y a une grande dichotomie entre la sauvagerie de certaines scènes et la joliesse de l'Ă©criture musicale.
    Pourtant je ne puis bouder mon plaisir devant le travail réalisé à Bordeaux par la jeune équipe de production. D'abord parce que Jonathan Darlington a su gommer un peu de cette délicatesse mélodique pour la transformer, grâce à sa fougue gestuelle, en une espèce de musique de film de cape et d'épée. Ensuite parce que Sandrine Anglade, qui aborde là sa première grande mise en scène lyrique importante, a tenté de mettre en pratique tout ce que ses maîtres, Andrei Serban et Jean-Pierre Miquel lui ont appris. Et sa grande réussite du final de l'acte III avec les morts successives de Mercutio et de Tybalt, puis le bannissement de Roméo prouve qu'on est en droit d'attendre beaucoup de cette jeune femme. Mais il y a surtout le décor tubulaire de Giulio Achilli qui est d'une invention folle et d'un impact réel sur l'action.
    Enfin la prestation ahurissante, et vocale et physique, de Matthew Polenzani (Roméo) entraîne toute la distribution dans une action à un train d'enfer, d'autant plus qu'il a en face de lui un Tybalt exceptionnel (Alain Gabriel). Je n'en dirai pas autant de Norah Amsellem, dont la voix est presque celle de Juliette, si l'on excepte quelques aigus forcés, mais dont le physique la rapproche plus de la nourrice que de la frêle adolescente.
    Les rôles secondaires, si essentiels pour l'action et importants en nombre, sont admirablement distribués et tenus par une troupe réelle que l'on trouve soudée derrière ce fabuleux Roméo. Il faut retenir son nom qui brille déjà d'un éclat certain au fronton du Met !




    Grand-Théâtre, Bordeaux
    Le 26/03/2000
    Antoine Livio (1931-2001)

    Roméo et Juliette de Gounod à l'Opéra de Bordeaux.
    Roméo et Juliette de Charles Gounod
    Opéra en cinq actes, livret de Jules Barbier et Michel Carré, d'après la tragédie de Shakespeare
    Direction musicale : Jonathan Darlington
    Mise en scène : Sandrine Anglade
    DĂ©cors : Giulio Achilli
    Costumes : Philippe Binot
    Maître d'armes : François Rostain
    Avec Juliette (Norah Amsellem), Stéphano (Claire Larcher), Gertrude (Marie-Thérèse Keller), Roméo (Matthew Polenzani), Tybalt (Alain Gabriel), Benvolio (Pierre Guillou), Mercutio (David Grousset), Pâris (Bernard Auzimour), Grégorio (David Ortega), Capulet (Jean-Philippe Marlière), Frère Laurent (Fernand Bernadi), Le Duc (Constantin Ghircau), Frère Jean (Bernard Mansencal).
    Choeur (chef des choeurs, Jacques Blanc) et Orchestre National Bordeaux Aquitaine

     


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