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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2020

Récital de Gérard Lesne et Anne-Lise Sollied, accompagnés par Il Seminario Musicale à la salle Gaveau, Paris.

Quelques parcelles d'un timbre fauve
© Na√Įve

Envo√Ľtante, d√©routante est la voix de contre-t√©nor, surtout lorsque la couleur en est rare ; fragile aussi. Et combien, attir√©s par les planches, y ont bris√© leur √©lan de m√Ęle s√©raphisme. Gloire d'une g√©n√©ration encore pionni√®re, G√©rard Lesne a su pr√©server quelques parcelles d'un timbre fauve, pour dialoguer de fulgurances haend√©liennes avec le clavecin de Blandine Rannou.
 

Salle Gaveau, Paris
Le 18/01/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Elle est √† l'arri√®re-plan, concentr√©e, presque poss√©d√©e par un d√©mon, celui de Haendel sans aucun doute, virtuose d'un clavecin-star inattendu : Blandine Rannou ose toutes les d√©mesures, jusqu'√† un jeu physiquement exub√©rant, hirsute, pour un th√©√Ętre flamboyant, d'une vari√©t√© essentielle. En formation quasi-monteverdienne mais de son profus, Il Seminario Musicale n'a plus qu'√† suivre, s'impr√©gner, s'inspirer de ces doigts rageurs qui pr√©cipitent, imp√©rieux, le r√©citatif dans les affres de la vengeance. Et le violon de Patrick Coh√ęn-Akenine relaie, pas toujours juste, mais galb√© et de graves √©treignants Se piet√†. Ils sont solistes remarquables, mais sans une once de solipsisme, car G√©rard Lesne f√©d√®re par l'impulsion commune, et toujours pr√©cise.

    Un orchestre, si concern√© soit-il, ne peut pourtant seul rendre justice aux ¬ę plus beaux airs d'op√©ra de Georg Friedrich Haendel ¬Ľ, intitul√© un peu racoleur, qui se r√©v√®le plus que r√©ducteur pour un programme riche en raret√©s, domin√© par la figure du castrat Senesino, cr√©ateur de Giulio Cesare, Bertarido (Rodelinda), Orlando, des moins c√©l√©br√©s Ottone, Tolomeo, Sosarme, et de la seconde version de Radamisto, retaill√©e √† ses mesures : contralto √† la voix puissante et homog√®ne, d'√©locution et de trille superlatifs, d'apr√®s le compositeur et fl√Ľtiste Johann Joachim Quantz.

    A ce stade de sa carrière, Gérard Lesne ne peut ressusciter de tels fastes. Si le timbre lui échappe, faiblement projeté en lignes souvent brisées, le musicien demeure infaillible. La science de la dynamique lui permet de détourner, par d'inaudibles maniérismes parfois, les fêlures, conservant au chant son panache, son élégance, son mordant, qui est qualité rare chez un contre-ténor. Chaque mot est porté par la même éloquence : Tolomeo et Ottone sont de fin diseur, plus que chantés. C'est dans la hargne véloce de Radamisto que Lesne donne toutefois sa pleine mesure, même si l'aigu ne répond plus. Et de Vivaldi, intrus de génie par son Olimpiade, le contre-ténor français fait le plus éblouissant allié, parvenant toujours à suspendre, par pur artifice, les lignes de Mentre dormi, et transcendant les consonnes fébriles de Gemo in un punto e fremo, de projection soudain évidente.

    Dans ses duos haend√©liens avec la soprano Anne-Lise Sollied, G√©rard Lesne tend malheureusement √† dispara√ģtre, faute d'harmoniques dominants, peinant √† imposer ses phras√©s d'instinct savant. Sa comparse ne peut offrir que les d√©licatesses de mani√®res instrumentales, timbre lumineux et moelleux, sans animer la moindre ligne : Se piet√†, cadeau empoisonn√©, n'est que d'√©l√©gante souplesse, de da capo sans ornement, d'expression placide.

    Les deux chanteurs peinent d√®s lors √† dialoguer, √† se compl√©ter m√™me, par leurs m√©rites antagonistes, jusque dans un improbable duo m√®re-fils de Giulio Cesare o√Ļ les ¬ę ah ! ¬Ľ d'une laideur suffocante de G√©rard Lesne/Cornelia ne trouvent gu√®re d'√©cho dans les effleurements virginaux d'Anne-Lise Sollied/Sesto. Et si le bonheur retrouv√© de Cleopatra se nimbe d'enjouement au contact de Cesare, le trille commun du Fac ut ardeat du Stabat Mater de Pergolesi donn√© en bis finit de les s√©parer.

    Heureusement, Blandine Rannou veille !




    Salle Gaveau, Paris
    Le 18/01/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Récital de Gérard Lesne et Anne-Lise Sollied, accompagnés par Il Seminario Musicale à la salle Gaveau, Paris.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Extraits de Tolomeo, Ottone, Radamisto, Sosarme, Giulio Cesare

    Antonio Vivaldi (1678-1741)
    Extraits de l'Olimpiade

    Anne-Lise Sollied, soprano
    Gérard Lesne, alto

    Il Seminario Musicale
    direction : Gérard Lesne

     


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