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CRITIQUES DE CONCERTS 25 octobre 2021

Nouvelle production du Couronnement de Poppée de Monteverdi mise en scène par David Alden et dirigée par Ivor Bolton au Palais Garnier, Paris.

Laideur et caricature
© Eric Mahoudeau

Venue du Welsh National Opera de Cardiff via l'Opéra de Munich, cette production du Couronnement de Poppée selon David Alden au Palais Garnier choque par sa laideur et une approche exagérément caricaturale de tous ses personnages. Et au beau milieu de tout cela, l'interprétation musicale peine à faire oublier tant de contresens.
 

Palais Garnier, Paris
Le 26/01/2005
Gérard MANNONI
 



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    Comment √©couter en paix du Monteverdi devant ces structures sans √Ęme, tranchantes, qui oscillent entre le mur g√©ant d'une salle de bain et la vitrine d'une grande surface d'ameublement de banlieue provinciale am√©ricaine, avec des verts fluo, des jaune citron, des mandarine agressifs ? Comment croire un instant √† ces personnages aux tenues disparates, moches, illisibles, triviales, emprunt√©es √† la bande dessin√©e ¬Ė une fois de plus ! ¬Ė ou d'une sensualit√© de bas √©tage ?

    © Eric Mahoudeau

    On en a vite assez de ces comportement fabriqu√©s, sans vraie signification dramatique, qui sont un cache mis√®re, un faux alibi √† r√©el travail d'acteurs fond√© sur la musique et le drame. On balance des images que l'on croit choc, sans rien construire. Et tout cela para√ģt terriblement dat√©, avec des relents de ¬ę¬†nouveau th√©√Ętre √† la saxonne fin ann√©es 1980¬†¬Ľ. Seul le personnage de N√©ron, sorte d'hallucin√© fragile, hyst√©rique, amoureux perdu dans un r√™ve de despote absolu, parvient √† prendre corps, gr√Ęce notamment √† la voix √©trange mais tr√®s th√©√Ętrale, surtout √† la fin de la repr√©sentation, du contre-t√©nor Jacek Laszczkowski.

    En Poppée, la sculpturale Anna Caterina Antonacci est dramatiquement sous-employée, ne jouant que les vamps qui montre ses jambes ou les courbes avantageuses de son corps. Tous les autres, y compris l'excellent Christophe Dumaux en Ottone sont trop caricaturaux pour ne pas lasser très vite, voire exaspérer. Reste le cas de Dominique Visse, lancé dans un fabuleux numéro de travesti, que l'on peut juger tout aussi bien génial qu'excessif et hors de propos.

    Distribution sans unité stylistique

    Vocalement, les joies sont trop moyennes pour racheter ce désastre visuel. Monica Bacelli (Ottavia), Miah Persson (Drusilla) chantent bien, mais personne, pas même la Antonacci aux si beaux moyens, ne marquera les mémoires. Difficile sans doute d'échapper, même inconsciemment, à la laideur visuelle ambiante ! D'autant que chacun chante selon son style propre. Somptueux, Robert Lloyd est un Sénèque de grand opéra, en contraste total avec les contre-ténors, dont style et voix ne s'accordent pas avec ceux de leurs partenaires plus lyriques.

    Ivor Bolton, rigoureux avec ses musiciens, semble laisser le plateau faire √† sa guise. Un moment d'√©motion quand m√™me, qu'il aura fallu m√©riter : l'Adieu √† Rome d'Ottavia et le duo final de Popp√©e et N√©ron, malgr√© ces grotesques lustres montgolfi√®re de pacotille ¬Ė pour faire luxueux ¬Ė sur fond de sc√®ne √† damiers noir et blanc ¬Ė pour faire moderne.







    Les songes de Néron

    Créé en 1997 à l'Opéra de Munich mais présenté pour la première fois à Paris, ce Couronnement de Poppée laisse une permanente impression de déjà-vu. Sans doute parce que David McVicar, ordonnateur de la récente production du TCE, ne s'est pas gêné pour y puiser une inspiration tarie. Rendons à David Alden les lauriers de son épatant cynisme.

    Le metteur en scène américain s'est vraisemblablement souvenu que le livret et la partition de l'Incoronazione portait le titre d'Il Nerone : si l'Amour tire bien les ficelles de cette sombre histoire de pouvoir, Nerone et ses délires, ses visions de tyran imbibé de poésie, sa féminité sauvage, ses caprices masturbatoires, sont l'enjeu majeur d'un univers sordide, aux éclairages crus, aux décors miteux, aux costumes criards.

    Mais de l'h√©t√©roclite, des exc√®s de mauvais go√Ľt, David Alden saisit l'esprit d'un op√©ra v√©nitien en son laboratoire le plus abouti. Par son cynisme le plus douteux, le plus outrancier, il tend la main √† Giovanni Francesco Busenello, et, dans un couronnement fantoche, lui jette des regards complices.

    Le comique même devient ressort tragique, qui ne néglige en rien la solitude des derniers instants de Seneca, et, plus fulgurants encore, les adieux d'Ottavia, réduite au néant d'une robe noire sur un damier hypnotique. Une lecture cruelle jusqu'à la violence : ainsi d'une Poppea réduite à ses formes les plus sculpturales, comme énième caprice poétique de l'empereur.

    Face √† une Antonacci √† qui ses limites vocales interdisent d'√™tre une Poppea sublime, Jacek Laszczkowski saisit de son timbre √©trange, sopranisant jusqu'au plus diaphane, en aigus dard√©s et graves atones, les plus troublantes ambigu√Įt√©s de ce Nerone fantomatique, quasi-vampire, en f√©minit√© trouble et virilit√© bouillante, portrait majeur d'une production majeure.


    Mehdi Mahdavi (17/02/05)






    Palais Garnier, Paris
    Le 26/01/2005
    Gérard MANNONI

    Nouvelle production du Couronnement de Poppée de Monteverdi mise en scène par David Alden et dirigée par Ivor Bolton au Palais Garnier, Paris.
    Claudio Monteverdi (1567-1643)
    L'Incoronazione di Poppea, opéra en un prologue et trois actes (1642)
    Livret de Giovanni Francesco Busenello

    Solistes du Freiburger Barockorchester
    Monteverdi-Continuo-Ensemble
    direction : Ivor Bolton
    mise en scène : David Alden
    décors : Paul Steinberg
    costumes : Buki Shiff
    éclairages : Pat Collins

    Avec : Anna Caterina Antonacci (Poppea), Diana Axentii (Coro d'amori), Ja√ęl Azzaretti (Pallade / Damigella / Coro d'amori), Monica Bacelli (Ottavia), Lucia Cirillo (La Virtu / Venere / Coro d'amori), Val√©rie Gabail (Amore), Miah Persson (La Fortuna / Drusilla / Coro d'amori), Antonio Abete (Mercutio / Littore / Famigliare di Seneca / Console), Barry Banks (Valetto), David Bizic (Console), Christophe Dumaux (Ottone), Kacek Laszczkowski (Nerone), Topi Lehtipuu (Liberto / Secundo soldato pretoriano / Tribuno), Robert Lloyd (Seneca), Xavier Mas (Tribuno), Guy de Mey (Lucano / Prima soldato pretoriano / Famigliare di Seneca), Dominique Visse (Arnalta / Nutrice / Famigliare di Seneca).
     



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