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CRITIQUES DE CONCERTS 19 aoűt 2019

Concert de l'Orchestre de Paris sous la direction de Michel Plasson au Théâtre Mogador, Paris.

La forĂŞt qui cache l'arbre
© Capitole de Toulouse

Michel Plasson est appelé cette saison à diriger deux fois l'Orchestre de Paris. Et comme toujours, il met un point d'honneur à défendre le répertoire français. Avant une très attendue Symphonie de Chausson en avril, il avait décidé de s'attaquer à la célèbre Symphonie de Franck. Démonstration d'une école de direction privilégiant la vision d'ensemble sur le détail.
 

Théâtre Mogador, Paris
Le 19/01/2005
Yannick MILLON
 



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  • La soirĂ©e dĂ©bute sous les cieux enfantins d'une suite de Ma mère l'Oye au climat plus debussyste que vĂ©ritablement ravĂ©lien, ignorant la clartĂ© solaire des interventions de la percussion dans Laideronnette, et surtout l'Ă©clat de la pĂ©roraison du Jardin fĂ©erique, ici beaucoup plus rĂŞvĂ© que d'ordinaire. Dans un geste parfaitement souple, Plasson privilĂ©gie le premier degrĂ© – les arrière-plans parfois cruels de la Belle et la BĂŞte et surtout de Petit Poucet sont presque absents – et la plastique sonore, notamment dans des solos de bois admirablement fondus, poĂ©tiques et murmurĂ©s comme un conte pour enfant. Une mise en place souvent nĂ©gligente gâche un peu la belle impression d'une lecture inhabituelle mais parfaitement assumĂ©e.

    Le chef d'orchestre était aussi présent ce soir pour commémorer le centenaire de la naissance d'André Jolivet, avec l'exécution de son Concerto pour violon par la jeune Isabelle Faust. Tardive, centrée sur la transe et l'incantatoire, l'oeuvre souffre d'un contenu musical qui ne justifie que trop rarement sa demi-heure interminable. C'est dans son deuxième mouvement que perce le mieux le génie de Jolivet, celui des climats raréfiés, des longues tenues decrescendo. On applaudira le mérite d'Isabelle Faust à tenir la distance, en plus de qualités techniques proprement stupéfiantes, dans ce qui reste le concerto le plus long et le plus bavard du compositeur.

    Une Symphonie de Franck sans temps mort

    Cheval de bataille des formations symphoniques, la Symphonie en ré mineur de César Franck trouve en Michel Plasson un fervent défenseur, de ceux qui s'investissent geste et âme dans cette vaste fresque cyclique. Et force est de constater que là où tant de ses collègues ont du mal à maintenir l'unité de l'oeuvre, à lui insuffler une continuité sans temps mort, le chef français négocie habilement les virages ardus des développements grâce à une belle énergie et à une implication de tous les instants. Plasson profite de la belle assise grave de l'Orchestre de Paris pour façonner une pâte sonore presque germanique mais sans noirceur excessive, et privilégier, dans des tempi assez modérés, une lecture énergique et éminemment lyrique.

    On regrettera dans pareilles conditions qu'il ne parvienne pas à maintenir une vraie régularité de tempo à l'intérieur des différents épisodes et qu'il sacrifie un peu trop l'agogique à l'inspiration du moment, engendrant trop souvent une mise en place peu propre, particulièrement dans la transition entre le Lento introductif et l'Allegro non troppo, et le même passage à la réexposition, qui vire presque au naufrage en raison d'un gestique brouillonne et imprévisible.

    Dans l'Allegretto, Ă  la fois mouvement « lent Â» et scherzo de la symphonie, le tempo très juste du chef français – pas un Andante alangui – donne une parfaite unitĂ© au mouvement par la fluiditĂ© de ses enchaĂ®nements. Dans le Finale, n'Ă©taient un tapis de cordes envahissant – par ailleurs souvent trop legato – et des cuivres noyĂ©s, pas assez nets, dĂ©laissĂ©s par un chef qui donne une plĂ©thore d'indications aux cordes, l'Ă©lan et l'Ă©nergie l'emportent, mĂŞme si l'on frĂ´le encore le dĂ©rapage rythmique dans la coda.

    A l'instar de chefs comme l'immense Charles Munch, Michel Plasson fait bien partie des interprètes qui privilégient la vision d'ensemble sur le détail, la forêt sur l'arbre.




    Théâtre Mogador, Paris
    Le 19/01/2005
    Yannick MILLON

    Concert de l'Orchestre de Paris sous la direction de Michel Plasson au Théâtre Mogador, Paris.
    Maurice Ravel (1875-1937)
    Ma mère l'Oye, suite d'orchestre (1911)

    André Jolivet (1905-1974)
    Concerto pour violon et orchestre (1972)
    Isabelle Faust, violon

    CĂ©sar Franck (1822-1890)
    Symphonie en ré mineur (1889)

    Orchestre de Paris
    direction : Michel Plasson

     


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