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CRITIQUES DE CONCERTS 12 juillet 2020

Nouvelle production du Couronnement de Poppée de Monteverdi mise en scène par Bernard Sobel et dirigée par William Christie à l'Opéra de Lyon.

Poppée en modestie
© G√©rard Amsellem

Poppea est ambitieuse ! Voyez-la conqu√©rir la France : deux fois cette saison √† Paris, demain √† Strasbourg, et aujourd'hui √† l'Op√©ra de Lyon, o√Ļ la modestie √† laquelle la condamne la r√©alisation insipide de Bernard Sobel et un plateau d√©s√©quilibr√© par sa jeunesse ne lui sied gu√®re. M√™me William Christie, hier ma√ģtre d'oeuvre d'un glorieux Retour d'Ulysse, peine √† imposer sa superbe monteverdienne.
 

Opéra national, Lyon
Le 30/01/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Alors que d'autres s'√©vertuent √† transposer le dernier op√©ra de Monteverdi √† notre √©poque corrompue, Bernard Sobel a situ√© la Rome antique revue et corrig√©e par le seicento v√©nitien au centre de l'univers, jusqu'√† l'apoth√©ose d'une V√©nus terrestre, Popp√©e couronn√©e devant une plan√®te de braise. Reste que les d√©coupages cosmiques de Lucio Fanti sentent la colle et le contreplaqu√© et qu'ils ne flattent gu√®re l'¬úil : dans cette sc√©nographie miteuse, le metteur en sc√®ne joue l'√©pure jusqu'√† l'effacement.

    Conventionnelle, la direction d'acteurs ¬Ė qu'ont tous ces personnages √† vouloir sans cesse s'adosser au cadre de sc√®ne ? ¬Ė amoindrit l'efficacit√© du jeu de contrastes entre personnages comiques et tragiques, oppos√©s pour mieux se m√™ler, aggrav√©e par l'interruption absurde du deuxi√®me acte entre la mort de S√©n√®que et le badinage de Valletto et Damigella, centre de gravit√© de l'oeuvre et manifeste cynique de l'esth√©tique de l'op√©ra v√©nitien. Les silhouettes sont ici trop sch√©matiques, de traits nets et somme toute classiques, que ne viennent pas contredire des costumes aux couleurs antagonistes, respectueux d'une certaine id√©e de l'Antique, en divinit√©s casqu√©es. Bernard Sobel m√®ne Popp√©e sur des rivages trop sages, d√©j√† poussi√©reux, pour la plus fastidieuse r√©ponse aux r√©cents exc√®s parodiques des sc√®nes parisiennes.

    Face √† cette lecture √©dulcor√©e, William Christie ne parvient pas √† insuffler de continuit√© dramatique √† son approche philologique, d'esprit florentin. Fid√®le au manuscrit v√©nitien, le chef et claveciniste s'applique √† concertare modestement, face √† ses musiciens dispos√©s en cercle. Mais les Arts Florissants manquent curieusement de souplesse et de justesse, notamment dans les quelques accompagnati ajout√©s, et malgr√© un instrumentarium enrichi de vents et du r√©gale, irr√©sistiblement associ√© aux interventions de Nutrice, le continuo est trop monochrome. L'attention quasi-exclusive port√©e aux mots, ma√ģtres absolus du temps dramatique, brise l'√©lan musical, et la domination du recitar cantando sur le cantar recitando aboutit √† une progression laborieuse, nivelant les contrastes.

    Sans doute William Christie serait-il parvenu √† un r√©sultat plus stimulant avec une distribution capable de varier la couleur de chaque inflexion, comme il l'y invite. Mais la bonne volont√© ne fait pas l'exp√©rience, et Poppea demande des personnalit√©s plus marqu√©es. Tim Mead est un Ottone scrupuleux, mais son timbre cotonneux affadit le personnage. Mariana Rewerski peine davantage encore √† imposer son Ottavia, √©prouv√©e par la tessiture et les sautes d'humeur d'une imp√©ratrice sans envergure. Judith Van Wanroij convainc en Virt√Ļ, mais reste trop matrone en Drusilla. Les deux nourrices tirent en revanche leur √©pingle du jeu, attachante Arnalta de Marc Molomot, phrasant admirablement sa berceuse, et impayable Nutrice de Xavier Sabata, √† l'alto large et sonnant.

    Les amants terribles sont physiquement saisissants, Nerone d'une sensualit√© crasse et Poppea d'un charme ensorceleur, de peau dor√©e. Mais si elle s'approprie les mille profils de l'amante machiav√©lique dans sa voix d√©licieuse, Danielle de Niese se compla√ģt dans une sprezzatura trop floue, d'intonation peu soign√©e, tandis que Mirko Guadagnini, anguleux de voix et d'accent fi√©vreux, a pour seul tort de chanter l'empereur dans une cl√© que l'on croyait enfin tomb√©e en d√©su√©tude.

    João Fernandes domine seul : Seneca complet dans sa jeunesse, timbre moelleux, vocalise signifiante empêtrée dans ses sentences interminables, en dérision assumée, mais mort poignante, trop bref sommet de ce Couronnement de Poppée qui, faute d'ambition, sombre dans l'anecdote.




    Opéra national, Lyon
    Le 30/01/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production du Couronnement de Poppée de Monteverdi mise en scène par Bernard Sobel et dirigée par William Christie à l'Opéra de Lyon.
    Claudio Monteverdi (1567-1643)
    L'Incoronazione di Poppea, opéra en un prologue et trois actes (1642)
    Livret de Giovanni Francesco Busenello

    Les Arts Florissants
    direction : William Christie
    mise en scène : Bernard Sobel
    décors : Lucio Fanti
    costumes : Anna Maria Heinrich
    éclairages : AJ Weissbard

    Avec :
    Danielle de Niese (Poppée), Mirko Guadagnini (Néron), Tim Mead (Othon), Mariana Rewerski (Octavie), João Fernandes (Sénèque / Un tribun), Judith Van Wanroij (Drusilla / La Vertu), Marc Molomot (Arnalta), Xavier Sabata (La Nourrice d'Octavie / Premier domestique), Soledad Cardoso (La Fortune / Une demoiselle / Pallas / Vénus), Ana Quintas (L'Amour), Isabelle Obadia (Le Valet), Anders J. Dahlin (Lucain / Premier soldat), Vittorio Prato (Liberto / Un consul), Andrew Tortise (Deuxième soldat / Deuxième domestique / Pétrone), Konstantin Wolff (Mercure / Un licteur / Troisième domestique).

     



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