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CRITIQUES DE CONCERTS 20 mars 2019

René Jacobs dirige la Passion selon Saint Matthieu au Théâtre des Champs Elysées, Paris.

Quand la Passion vire au drame

René Jacobs

Et si Bach avait exercé son génie à Dresde et non à Leipzig à la place de son jeune ami Hasse ? Et s'il avait composé des opéras au lieu d'oratorios, qu'est-ce que cela aurait donné ? Le 31 mars dernier au Théâtre des Champs Elysées, René Jacobs a donné sa réponse avec l'Akademie fur Alte Music de Berlin et le RIAS-Kammerchor.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 31/03/2000
Eric SEBBAG
 



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  • À la question formulée plus haut, la réponse de René Jacobs tiendrait en peu de mots s'il l'avait exprimée autrement qu'avec des notes de musique : rien de plus que ce que l'on connaît déjà. On a coutume en effet de considérer les cantates profanes intitulées "Drama per musica" comme des petits "opera seria". Mais où est l'intrigue lorsque le sujet est religieux ? Dans la St Matthieu, l'argument n'est finalement pas moins serré qu'un livret d'opéra : un royaume est en jeu, il y a des haines, des trahisons, des pleurs, du désespoir, du sang, des explosions lacrymales et évidemment de l'amour, dont la dimension charnelle n'est pas oubliée si l'on pense à Maria Magdalena. Mais Bach n'aurait-il pas composé différemment pour un thème profane ? Le Cantor a prouvé que non en réutilisant à l'identique des musiques sur des thèmes profanes et religieux, par exemple avec la première cantate de l'Oratorio de Noël transformé en "Battez timbales, sonnez trompettes" de la cantate profane BWV 214. Fidèle à la doxa, le compositeur considère en effet que Dieu est partout, et donc quelque soit le sujet, il relève forcément d'un principe divin.
    C'est sans doute fort d'un raisonnement de ce type de René Jacobs a choisi d'illustrer sa St Matthieu avec la même force dramatique qu'un opéra tragique. Sa lecture de l'oeuvre souligne constamment les tensions et conduit une progression dramatique implacable jusqu'au Golgotha. Les airs s'enchaînent vivement et Jacobs retient toujours les options mettant en valeur les contrastes les plus intenses : ici les accords s'entrechoquent et sont périodiquement lacérés par les traits des solistes. Les récitatifs sont incandescents et l'évangéliste que campe Werner Güra est véhément et semble véritablement habité par un drame qui le dépasse. Pour souligner l'effroi de certains passages, Jacobs n'hésite pas à soutenir et appuyer des notes très graves avec la contrebasse. L'effet est original et très efficace.
    En dépit d'un effectif nombreux (jusqu'à 7 chanteurs par pupitres), le RIAS-Kammerchor est d'une cohésion irréprochable. Son ubiquité pour incarner la compassion de la communauté des croyants et le mépris des juifs envers Jésus est sidérante. Quant à Bernarda Fink que Jacobs a préféré à son élève Andreas Scholl, ses inflexions émues arrivent constamment à faire croire que la cruxifixion se déroule sous ses yeux. Et si la soprano Maria Cristina Kiehr ou le Christ de Johannes Manov sont moins convaincants (aigus pincés et justesse parfois défaillante pour l'une, timbre creux pour l'autre), le drame dans lequel les immerge Jacobs suffit à faire oublier leurs défauts. Alors que le chef n'en était pas à son coup d'essai avec Bach, c'est la première fois qu'il accomplit une lecture absolument personnelle et originale. Elle fait de lui un nouveau prophète du dieu et père de la musique occidentale.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 31/03/2000
    Eric SEBBAG

    René Jacobs dirige la Passion selon Saint Matthieu au Théâtre des Champs Elysées, Paris.
    Passion selon Saint Matthieu de Johann Sebastian Bach
    Akademie fur Alte Musik Berlin
    RIAS-Kammerchor
    Direction : René Jacobs
    Avec Werner Güra (évangéliste), Johannes Mannov (Christ), Maria Cristina Kiehr (soprano), Bernada Fink (alto), Steve Davislim (ténor), Jochen Kupfer (basse).

     


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