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CRITIQUES DE CONCERTS 18 février 2018

2e et 5e symphonies de Beethoven par l'Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach au Théâtre Mogador, Paris.

Un Beethoven de titan

Après une 8e symphonie curieusement dénervée par Rozhdestvensky, Eschenbach remonte au pupitre pour l'intégrale Beethoven de l'Orchestre de Paris, pour de mémorables lectures des 2e et 5e symphonies, toutes de poigne, d'énergie et de véhémence rythmiques. Un Beethoven frondeur et titanesque, tout simplement grisant !
 

Théâtre Mogador, Paris
Le 02/02/2005
Yannick MILLON
 



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  • A mi-chemin de l'intégrale des symphonies de Beethoven de l'Orchestre de Paris, Eschenbach n'avait dirigé que la seule 9e en ouverture de saison. Le revoici à l'honneur pour une 2e symphonie solidement charpentée, avec un effectif de cordes fourni mais toujours bien dosé, et une petite harmonie fastueuse. Le chef allemand retient légèrement l'Allegro con brio du premier mouvement, pour mieux contraster avec l'Allegro molto du Finale. Le Larghetto est l'occasion d'un lyrisme presque schubertien, avec quelques moments suspendus du plus bel effet, comme l'air frais délivré par la flûte diaphane de Vincens Prats. Eschenbach saisit le Scherzo par le jabot et lui donne tout le punch nécessaire, et trouve un terrain d'accomplissement dans un Finale motorique et roboratif, très rapide et virtuose, aux cordes virevoltantes, qui propulsent chaque accent et font bondir chaque sforzando.

    Avant la 5e, petite escapade contemporaine avec la création du Concerto pour alto d'Edith Canat de Chizy. Intitulée Les Rayons du jour, en hommage à la toile éponyme de Nicolas de Staël dont est inspirée cette commande de l'Orchestre de Paris, l'oeuvre frappe avant tout par sa densité expressive, et son parcours évoluant de la violence à l'apaisement. L'orchestration, magnifique et d'une spatialité qui est souvent l'apanage des compositeurs nordiques, évite tout effet au profit de mixtures de timbre subtiles, et rivalise d'inventivité dans l'écriture des cordes ? Déchirure. Quant à l'écriture pour l'alto, basée sur une exploration assez rare des possibilités coloristes de l'aigu, elle est dénuée de toute virtuosité creuse, et propose un travail sur le son absolument admirable ? Transparence. Et l'Orchestre de Paris peut être fier de compter dans ses rangs une soliste du niveau d'Ana Bela Chaves.

    Retour à Beethoven après la pause pour une 5e symphonie projetée d'un trait des ténèbres vers la lumière. Et si Eschenbach adopte un tempo quelque peu retenu dans le premier mouvement, il n'en traduit pas moins les angoisses, l'inéluctabilité, l'ardent conflit intérieur, et donne une urgence impressionnante au fameux thème introductif, avec des points d'orgue très courts. Les cors, très cuivrés, sonnent avec tout le tragique nécessaire, les cordes avec belle une assise grave. Suit un Andante con moto loin de tout relâchement, très allant et fortement dramatisé, entrecoupé de solos de bois superbes d'apaisement, et de tenues de cordes pianissimo et senza vibrato qui renforcent l'attente des tutti.

    Eschenbach avale le Scherzo d'une traite et fait fuser les entrées fuguées du Trio. La géniale transition entre le Scherzo et le Finale est tenue d'une main d'acier dans un pianissimo comme peu d'orchestres français savent en faire, dans l'angoisse répétitive d'une formule de timbales toujours plus urgente, puis dans un crescendo magistral ouvrant sur une glorieuse affirmation des cuivres, soudaine catharsis sans emphase, concentrée avant tout sur l'impact rythmico-dramatique du discours beethovénien.

    Puis la machine orchestrale s'emballe dans un tourbillon virtuose où les cordes se donnent corps et archet, tantôt lyriques, tantôt rageuses. Loin de toute chute de tension, Eschenbach utilise la citation fugace du Scherzo comme tremplin pour aborder sur les ailes de la jubilation une coda époustouflante, avec un Orchestre de Paris galvanisé, grondant de cordes graves et de timbales. Une 5e fulgurante qui prend clairement le parti de placer le centre névralgique de l'oeuvre en son Finale.

    Un tour de force pour un Christoph Eschenbach salué par les tonnerres d'acclamations d'une salle déchaînée par son Beethoven de titan.




    Théâtre Mogador, Paris
    Le 02/02/2005
    Yannick MILLON

    2e et 5e symphonies de Beethoven par l'Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach au Théâtre Mogador, Paris.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Symphonie n° 2 en ré majeur, op. 36 (1803)

    Edith Canat de Chizy (*1950)
    Les Rayons du jour, concerto pour alto et orchestre (2004)
    Création mondiale, commande de l'Orchestre de Paris
    Ana Bela Chavez, alto

    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Symphonie n° 5 en ut mineur, op. 67 (1808)

     


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