altamusica
 
       aide
















 

 

Pour recevoir notre bulletin régulier,
saisissez votre e-mail :

 
désinscription




CRITIQUES DE CONCERTS 16 octobre 2018

Concert de l'Orchestre National de France sous la direction de Kurt Masur, avec la participation du pianiste Jean-Yves Thibaudet au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

L'ONF au naturel
© D. R.

Kurt Masur dirigeant Debussy, Ravel et Franck : affiche prometteuse, mais presque déroutante pour un Orchestre National de France ne pratiquant guère son répertoire de prédestination avec son directeur musical. Malgré la présence de Jean-Yves Thibaudet dans le Concerto en sol de Maurice Ravel, le chef allemand s'est arrogé la vedette dans ce programme 100% français.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 10/02/2005
Mehdi MAHDAVI
 



Les 3 dernières critiques de concert

  • Patchwork vocal

  • Au-delà du miroir

  • Colossal combo

    [ Tous les concerts ]
     
      (ex: Harnoncourt, Opéra)




  • Public dissipé que celui du Théâtre des Champs-Élysées : Kurt Masur tarde à donner le départ, fixé par Philippe Pierlot, flûtiste-faune d'un soir. Une fois que la machine est lancée, aucun répit. Ce Debussy-là ne s'attarde guère dans les chaleurs de l'après-midi. Carré, compact, le Prélude peine à épanouir ses couleurs. Le directeur musical du National n'est pas vraiment l'homme de la situation : c'est impeccable, implacable, mais jamais sensuel, étrange, libre en somme.

    Un style de direction que le chef allemand réitère dans la Fantaisie pour piano et orchestre en sol majeur, oeuvre désavouée par Debussy, qui ne trouve que rarement le chemin de la scène. Jean-Yves Thibaudet suit consciencieusement la partition. Est-ce pour cette raison qu'il semble toujours en retrait, en retard même, sur le discours cursif de Kurt Masur, qui déploie un Orchestre National de France aux couleurs retrouvées, affirmées, enivrantes ? La lutte est inégale, et souvent ce piano délicat, ductile, disparaît sous les assauts virevoltants du chef allemand. Explication de l'auteur : « J'ai changé d'avis sur la façon d'employer le piano avec l'orchestre. Il faut aussi écrire l'orchestre différemment, sans quoi on assiste à une lutte un peu ridicule entre les deux personnages ».

    Mais le Concerto en sol de Ravel n'infléchit pas cette tendance à la retenue. Si Jean-Yves Thibaudet fait une entrée passionnante, de souple ironie et folklore, il se retrouve rapidement en-deçà des exigences de la partition, qu'il semble souvent effleurer, subtil jusqu'à l'effacement, ne s'autorisant jamais à dépasser le mezzo-forte. Le dialogue avec les bois, solistes éblouissants, donne vie à un Adagio assai jusqu'alors compassé, entouré de deux mouvements piaffants, auxquels Kurt Masur insuffle un sarcasme irrésistible, une vie intense, une jeunesse ébouriffante.

    Une Symphonie de Franck d'un bloc

    La Symphonie en ré mineur de César Franck amplifie encore cette démonstration de force et de persuasion. En garant des meilleures traditions, le chef allemand se place à la croisée des influences et dresse un monument d'un bloc. Il impose un arc tendu, accusant çà et là quelques baisses de régime, mais sans jamais rompre le fil, brassant la matière sonore grisante des cordes graves avec un appétit de titan. Les thèmes se succèdent, s'enchevêtrent avec un stupéfiant sens du tragique.

    La vision sans cesse relancée, jamais épanchée, de Kurt Masur n'en finit pas d'impressionner par son unité, jusqu'à une certaine uniformisation des mouvements. Et l'Orchestre National de France exhibe une forme superlative, d'un pupitre de violoncelles engagés dans une fulgurante course à l'abîme, et de premiers violons acérés aux frontières de la violence, noyaux implacables d'un authentique son Masur, qui s'identifie, orgue somptueux, à la densité franckienne.

    Jusqu'alors attaché à défendre son héritage de Kapellmeister en imposant à l'Orchestre National d'indispensables bases germaniques, Kurt Masur a apporté la plus magistrale réponse à ceux qui lui reprochent de renier le passé glorieux d'une phalange qui, dans son répertoire naturel, se révèle à nouveau éblouissante.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 10/02/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Concert de l'Orchestre National de France sous la direction de Kurt Masur, avec la participation du pianiste Jean-Yves Thibaudet au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Claude Debussy (1862-1918)
    Prélude à l'après-midi d'un faune
    Fantaisie pour piano et orchestre en sol majeur
    Jean-Yves Thibaudet, piano

    Maurice Ravel (1875-1937)
    Concerto pour piano et orchestre en sol majeur
    Jean-Yves Thibaudet, piano

    César Franck (1822-1890)
    Symphonie en ré mineur

    Orchestre National de France
    direction : Kurt Masur

     


      A la une  |  Nous contacter   |  Haut de page  ]
     
    ©   Altamusica.com