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CRITIQUES DE CONCERTS 26 février 2018

Récital de Violeta Urmana accompagnée au piano par Jan Philip Schulze au Théâtre du Châtelet, Paris.

Bombe à retardement

Violeta Urmana

Récital très attendu que celui de Violeta Urmana, mezzo devenue soprano promise au plus grand avenir. Après une première partie retenue et monochrome, en voix tendue et d'insolence contenue, la chanteuse révèle les sortilèges d'un timbre flamboyant, et affirme un tempérament qui demande, dans l'art délicat du récital, à s'épanouir plus sereinement.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 18/02/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Pour toute grande voix, le récital peut s'avérer une épreuve. Pour la dompter, Violeta Urmana se refuse d'abord à l'ampleur, retient les rênes d'une voix à l'immensité aujourd'hui peu commune. Plus que par l'épaisseur qui la rendrait banale, c'est par la longueur et la richesse que se distingue cette voix d'airain. Emission verticale parfaitement ciblée lui permettant de darder les aigus les plus insolents, la soprano lituanienne dispose incontestablement d'un instrument rare.

    La première partie de son récital parisien est pourtant des plus décevantes. Une réputation de wagnérienne sensationnelle, Kundry et Sieglinde à ébranler Bayreuth, promettait des Wesendonk-Lieder palpitants. Mais Urmana semble mal à l'aise dès la première attaque, et la voix, tendue, peine malgré une émission haute et précise à trouver sa véritable assise. Les cinq mélodies se suivent et se ressemblent, d'une retenue expressive qui les mène aux frontières du plus profond ennui. Subrepticement, la voix saisit une couleur, le souffle s'allonge, les graves se parent d'ombre, mais l'application reste maître-mot, l'élan brisé par une respiration trop haute. Le piano de Jan Philip Schulze paraît de surcroît bien vain, perdu en tempi incohérents et toucher poseur et anecdotique.

    Par légères touches, Strauss atténue les raideurs d'un chant qui refuse le lyrisme par peur de la vulgarité. Des Lieder que d'autres, moins bien dotées, ont nourri de couleurs si savamment sensuelles restent ici impeccablement mais timidement chantés, jamais exprimés. Si cette voix admirablement timbrée ne s'autorise par probité musicale aucune complaisance dans le déroulement de la phrase, elle finit par provoquer une indifférence polie. Dans Schlechtes Wetter, un soupçon de grave poitriné fait croire que les lions sont lâchés. Que nenni ! Cäcelie se retire sur la pointe d'une grande voix décidément frustrante dans sa crainte des passions dévorantes.

    Mais, inattendus, redoutés même, ce sont les Poulenc, La Fraîcheur et le Feu sur les poèmes d'Eluard, qui révèlent tout le velours de la voix. Sollicitant le registre grave, ces mélodies supérieurement dites ? la couleur soignée des voyelles ouvertes et fermées ? sinon toujours compréhensibles, se parent de couleurs inédites, et engagent un dialogue serré avec un pianiste plus concerné. Si les pensées s'évadent un instant, c'est pour rêver une Mère Marie, voire une Madame Lidoine, nourrie d'un style si naturellement châtié.

    Enfin, dans Rachmaninov, Violeta Urmana déploie l'ambitus arrogant, dardant des aigus qui, s'affirmant de plus en plus, prennent un corps chatoyant. Toujours scrupuleuse, la soprano ne s'adonne ni au point d'orgue ni au poitrinage que les mezzos russes emploieraient ici en poncif, mais trouve la voie d'une expression libérée. Elle escalade, et file, et trille, et enfle une Vocalise au souffle parfois court, mais de couleurs ondoyantes. Et va suspendre Zdes Khorosho, traduisons C'est beau ici : le poète n'aurait mieux su exprimer cette authentique jouissance vocale.

    Les bis, généreux, variés, sont l'expression des mille talents d'une voix totalement épanouie. Violon fait à nouveau honneur à Poulenc, tandis que le Suicidio de Gioconda exhibe un legato supérieur, des graves abyssaux, un aigu trop haut mais d'ardente flamme, plus épatant encore dans Oubrados. Mais l'exploit le plus évident est une Iphigénie en Aulide allégée jusqu'à l'absence de mots, sinon un éloquent adieu, et drapée dans un classicisme vaporeux d'une tenue admirable.

    Un récital mitigé, le négatif de celui, triomphal et pourtant de programme quasi identique, de Salzbourg en août dernier, pour une voix dont on attendait l'effet d'une bombe. Mais à Paris, la bombe Urmana aura explosé à retardement !




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 18/02/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Récital de Violeta Urmana accompagnée au piano par Jan Philip Schulze au Théâtre du Châtelet, Paris.
    Richard Wagner (1813-1883)
    Wesendonk-Lieder

    Richard Strauss (1864-1949)
    Frühlingsgedränge, op. 26 n° 1
    Wasserrose, op. 22 n° 4
    Wir beide wollen springen, AV 90
    Befreit, op. 39 n° 4
    Zueignung, op. 10 n° 1
    Schlechtes Wetter, op. 69 n° 5
    Cäcelie, op. 27 n°2

    Francis Poulenc (1899-1963)
    La fraîcheur et le feu, six mélodies sur des textes de Paul Eluard

    Sergei Rachmaninov (1873-1943)
    Kak mne bol'no, op. 21 n° 12
    V molchan'i nochi taynoy, op. 4 n° 3
    Dissonans, op. 34 n° 13
    Zdes' khorosho, op. 21 n° 7
    Vocalise, op. 34 n°14
    Vesenniye vodi, op. 14 n° 11

    Violeta Urmana, soprano
    Jan Philip Schulze, piano

     


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