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CRITIQUES DE CONCERTS 20 octobre 2019

Début du Festival Brahms de l'Orchestre de Paris, avec le Concerto pour violon par Julia Fischer et la 4e symphonie sous la direction de Christoph Eschenbach.

Le tragique monumental de Brahms

Julia Fischer

Le festival Brahms de l'Orchestre de Paris et Christoph Eschenbach commence très fort, avec la découverte de Julia Fischer, violoniste prodige de vingt ans, mais aussi avec une 4e symphonie presque insoutenable de tension et de désespoir, dans une lecture fermée à double tour, au tragique monumental que n'aurait pas renié un Furtwängler.
 

Th√©√Ętre Mogador, Paris
Le 16/02/2005
Yannick MILLON
 



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  • Moment cl√© de la saison 2004-2005 de l'Orchestre de Paris, le Festival Brahms qui se d√©roule sur un mois √©tait tr√®s attendu, comme le prouve un Th√©√Ętre Mogador rempli √† ras bord. Christoph Eschenbach avait d√©cid√©, √† travers le Concerto pour violon du ma√ģtre de Hambourg, de pr√©senter au public une jeune prodige du violon qui n'a sans doute pas fini de faire parler d'elle. Justesse remarquable, belle intuition de la phrase musicale, des progressions dramatiques, fort temp√©rament musical, Julia Fischer est promise √† la plus belle des carri√®res.

    L'Allemande frappe d√©j√† par sa ma√ģtrise de la grande arche du premier mouvement, dans lequel elle semble faire corps avec l'orchestre. Son vibrato fi√©vreux, id√©al pour ce r√©pertoire, ses attaques franches, coupantes m√™me, avec une vitesse et un mordant d'archet sur la corde grave du plus bel effet, assurent un premier mouvement de tr√®s haut niveau. Le mouvement lent, parfois trop √©tir√© par le chef malgr√© une conclusion absolument superbe, en apesanteur et murmur√©e, reste assez flou et en un sens le moment le moins marquant de cette premi√®re partie. Le Finale, en revanche, nous vaut une belle empoignade entre soliste et orchestre. Avec ses attaques rugueuses, typiquement tziganes, Julia Fischer fait des merveilles, que r√©it√®rent l'orchestre avec ses trilles diaboliques et le chef avec ses deuxi√®mes temps g√©nialement prolong√©s. Et c'est sous l'accueil triomphal du public que la jeune virtuose, g√©n√©reuse, offre pas moins de trois bis, dont un Hindemith de haute voltige.

    Une 4e symphonie d'un désespoir sans appel

    Mais les √©motions fortes n'allaient pas s'arr√™ter l√†, comme en t√©moigne une 4e symphonique n√©vrotique, d'un d√©sespoir sans appel, un Brahms surexpressif, d√©barrass√© de toute empreinte beethov√©nienne pour affirmer une monumentalit√© intimidante et typiquement postromantique. Le premier mouvement, lentissime, semble porter la mis√®re du monde sur ses √©paules, dans un legato √©treignant, presque √©touffant mais parfaitement assum√© et conduit, et des lev√©es √©tir√©es √† l'infini, confessions aussi afflig√©es que douloureuses. On songe alors souvent √† Furtw√§ngler, √† cette m√™me p√Ęte sonore infiniment dense, √† ces violons porteurs du d√©sespoir le plus insoluble. L'Andante moderato permet d'abord de rel√Ęcher un peu la tension et r√©serve de magnifiques plages lyriques, chant√©es avec intensit√© ¬Ė l'acuit√© des violons dans le second th√®me ¬Ė mais le drame reprend tr√®s vite le dessus.

    Seul le Scherzo, par sa pugnacité, son énergie, fait entrevoir une autre issue que celle d'un destin scellé, car le Finale, dans sa chaconne en hommage à Bach, finit d'enfoncer le clou du tragique, dans la lenteur accablante d'un rouleau compresseur et des accents appuyés et déchirants. Ainsi des accords des cuivres et timbales en rapides crescendi entrecoupés de silence, ainsi du dernier tiers du mouvement, très retenu et d'une noirceur indélébile.

    Plong√© dans de tels d√©chirements, on ressort de Mogador √©puis√© par le raz-de-mar√©e √©motionnel soulev√© par Christoph Eschenbach : force est de reconna√ģtre que l'on n'a plus l'habitude, au concert, √† notre √©poque aseptis√©e, de ces lectures o√Ļ le chef semble jouer sa vie √† chaque note. Une exp√©rience hautement d√©rangeante, mais cette veine de l'oeuvre, certes contestable et dont nul ne semblait plus se soucier, ne laissera personne indemne.




    Th√©√Ętre Mogador, Paris
    Le 16/02/2005
    Yannick MILLON

    Début du Festival Brahms de l'Orchestre de Paris, avec le Concerto pour violon par Julia Fischer et la 4e symphonie sous la direction de Christoph Eschenbach.
    Johannes Brahms (1833-1897)
    Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 77 (1879)
    Julia Fischer, violon

    Symphonie n¬į 4 en mi mineur, op. 98 (1885)

    Orchestre de Paris
    direction : Christoph Eschenbach

     


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