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CRITIQUES DE CONCERTS 27 mai 2018

Requiem allemand de Brahms par le Choeur et l'Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach au Théâtre Mogador, Paris.

Un Requiem plafonnant

Composé de chanteurs amateurs, le Choeur de l'Orchestre de Paris a acquis une réputation plus qu'enviable sous la direction de son créateur Arthur Oldham, décédé en 2003. Ce n'est pas faire honneur à sa mémoire que de massacrer ainsi Un Requiem allemand qui, sans ce handicap majeur, aurait pu être un des grands moments du Festival Brahms de Christoph Eschenbach.
 

Théâtre Mogador, Paris
Le 23/02/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Le directeur musical de l'Orchestre de Paris impose dans Lidice de Bohuslav Martinů, ode en mémoire de l'extermination de la population de ce village tchèque par les nazis en 1942, une concentration intense, sculptant les couleurs ferventes d'une progression tragique, jusqu'à ces quatre notes imitant le début de la 5e symphonie de Beethoven, thème alors utilisé par la BBC pour symboliser la victoire. La phalange française est tout simplement somptueuse, infaillible, miraculeuse.

    Mais Christoph Eschenbach a choisi d'enchaîner le Mémorial pour Lidice et Un Requiem allemand, invitant le public à ne pas applaudir entre les deux oeuvres. Celui-ci s'accommode mal de ce genre de consignes, et une nuée de toux a accueilli la pièce commémorative du compositeur tchèque, noyant par la même occasion les premières mesures du Requiem de Brahms : instant funeste, annonçant dès Selig sind une débâcle certaine.

    Quelle punition, en effet, que ce Deutsches Requiem littéralement massacré par un Choeur aussi indigne de sa réputation que de la phalange dont il porte le nom. Les difficultés d'écriture n'excusent pas tout, pas plus que la meilleure volonté du monde. Avant même la simple conscience de la portée d'un tel chef d'oeuvre, il faut un minimum de justesse, de diction, de couleurs pour oser s'y attaquer. Pas un pupitre ne vient absoudre l'autre : basses sans creux ni envergure, ténors durs et décolorés, altos scrupuleuses mais anémiques, sopranos braillardes, courtes, exécrables. Nulle consolation ne vient troubler cette plafonnante course à l'abîme, sinon dans l'intensité libératrice du jugement dernier que la fugue ne manque pas de défigurer.

    Si la cohésion est réelle, les choristes sont dans l'incapacité permanente de se caler sur la battue de Christoph Eschenbach qui ce soir pourtant dirige limpide, jusqu'à battre large, à deux mains. Trahi par son choeur, le chef allemand, soucieux d'architecture, de progression, de drame, et fervent dans son geste, peine à imposer une véritable vision.

    Ce n'est qu'au prix de hideuses contorsions que Matthias Goerne offre quelques riches instants de musique, de timbre et legato nourris, un peu limité d'aigu et de projection dès qu'il s'agit de passer un orchestre qui s'étoffe, mais assumant avec un phrasé supérieur l'héritage de Fischer-Dieskau et de Schwarzkopf, ses professeurs, qui ont tant marqué l'oeuvre. Mais Michaela Kaune, dont le timbre ne finit pas de s'effilocher pour mieux durcir l'aigu, ne peut compenser une ligne scolaire par sa belle tenue de souffle.

    Reste à écouter l'Orchestre de Paris, dont l'état de grâce n'est pas entamé un seul instant par ces déconvenues vocales. Répondant comme un seul homme au moindre geste de son directeur musical, la phalange n'est que somptuosité, soyeux enivrant des cordes, avec cette manière bouleversante d'habiter la moindre parcelle du moindre son.

    Osant briser le lourd silence imposé par Christoph Eschenbach au terme de cette épreuve mystique, les sifflets d'un spectateur audacieux ont justement sanctionné un impardonnable gâchis.




    Théâtre Mogador, Paris
    Le 23/02/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Requiem allemand de Brahms par le Choeur et l'Orchestre de Paris sous la direction de Christoph Eschenbach au Théâtre Mogador, Paris.
    Bohuslav Martinů (1890-1959)
    Lidice (Mémorial pour Lidice)

    Johannes Brahms (1833-1897)
    Un Requiem allemand
    Michaela Kaune, soprano
    Matthias Goerne, baryton

    Choeur de l'Orchestre de Paris
    direction : Didier Bouture et Geoffroy Jourdain
    Orchestre de Paris
    direction : Christoph Eschenbach

     


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