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CRITIQUES DE CONCERTS 25 aoŻt 2019

Récital de Nelson Freire dans la série des Grands Interprètes à l'Auditorium de Lyon.

Nelson Freire soigne la couleur

Après un concert du Quatuor Berg exceptionnel, la série des Grands Interprètes se poursuit à l'Auditorium de Lyon avec une prestation aussi attendue de Nelson Freire. Le pianiste brésilien brille dans tous les styles et toutes les époques en accordant une attention et un soin particuliers à la couleur.
 

Auditorium Maurice Ravel, Lyon
Le 07/03/2005
Benjamin GRENARD
 



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  • Gageure que de consacrer un concert couvrant largement la chronologie du r√©pertoire pour piano. Nelson Freire se pr√™te ais√©ment √† l'exercice, faisant cohabiter avec un √©gal bonheur aussi bien Bach, Mozart, que Chopin, Schumann ou Villa-lobos. Il faut dire que le pianiste br√©silien revisite ces piliers du r√©pertoire pianistique √† sa mani√®re, donnant √† l'ensemble du r√©cital une profonde unit√© en apposant une touche qui lui tout √† fait personnelle.

    Cette dernière est toutefois bien loin d'un tape-à-l'œil facile et accrocheur. Au contraire, tout l'art de Nelson Freire consiste à faire exactement ce qu'il faut, avec peu : sa palette de nuances est en définitive bien restreinte et ses interprétations, loin de cultiver l'expression à outrance, se distinguent par un équilibre savamment mesuré.

    Celle qu'il livre du Prélude pour orgue en sol mineur de Bach donne d'emblée une idée précise du fondement de ses lectures. Une attention particulière et un soin apportés à l'unité de la couleur instrumentale confèrent à l'ensemble une beauté sculpturale. Le parti pris est habile pour Bach ; la beauté du timbre ne laisserait ainsi jamais soupçonner que la pièce n'a pas été écrite pour le piano.

    S'agissant de Mozart, le parti est tout aussi pertinent. Le soin de la sonorité, la prédominance de la clarté constituent davantage ses priorités que l'expression de la ligne ou l'appui des notes expressives, de telle manière que la sobriété du propos sert idéalement la simplicité mozartienne.

    Mais en premi√®re partie, c'est surtout dans Chopin que sa ligne frappe. Tout comme dans Schumann apr√®s l'entracte, Freire se situe √† l'oppos√© d'un romantisme tumultueux pour redonner la priorit√© √† l'aspect onirique ; on appr√©ciera un magnifique sfumato dans le finale de la Sonate en si b√©mol mineur. Dans un Carnaval de Schumann coh√©rent et bien charpent√©, le ma√ģtre est √©galement plus √† son aise pour traduire la po√©sie r√™veuse du personnage d'Eusebius que la passion de Florestan. Le raffinement du toucher est id√©al dans l'un, tandis que, pour l'autre, la passion schumannienne manque quelque peu d'√©lan dans cette magnifique vision sculpturale.

    Un r√©cital de grande classe, o√Ļ la quintessence de Nelson Freire se r√©v√©lera encore mieux dans les pi√®ces de son compatriote Villa-Lobos, chez lequel le timbre tient une place primordiale. Le pianiste soigne si bien la couleur que celle-ci lui permet de hi√©rarchiser savamment les plans sonores, tout en redistribuant l'√©paisseur des diff√©rents registres : la consistance des graves est all√©g√©e, tandis que les aigus sont plus condens√©s.

    Pour couronner le tout, Freire revient tout sourire sur sc√®ne apr√®s de prompts applaudissements pour encha√ģner pas moins de quatre bis, dont √† nouveau deux pi√®ces de Villa-Lobos, la cinqui√®me pi√®ce des Sc√®nes d'enfants de Mompou et la Danses des esprits bienheureux de Gluck. De surcro√ģt, la qualit√© de ces rappels n'a rien √† envier au coeur du concert : le pianiste br√©silien, se faisant manifestement plaisir, rajoute m√™me √† l'occasion une esp√®ce de r√©v√©rence subtilement d√©sinvolte. La pierre de touche d'un r√©cital magistral.




    Auditorium Maurice Ravel, Lyon
    Le 07/03/2005
    Benjamin GRENARD

    Récital de Nelson Freire dans la série des Grands Interprètes à l'Auditorium de Lyon.
    Jean-Sébastien Bach (1685-1750)
    Prélude pour orgue en sol mineur BWV 535

    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Sonate pour piano en la majeur K. 331

    Frédéric Chopin (1810-1849)
    Sonate pour piano en si bémol mineur op. 35

    Heitor Villa-Lobos (1887-1959)
    Pr√©lude de la Bachiana Brasileira n¬į4 pour piano seul
    A Prole do Bebê, extraits de la 1e suite pour piano

    Robert Schumann (1810-1856)
    Carnaval pour piano op. 9

    Nelson Freire, piano

     


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