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CRITIQUES DE CONCERTS 13 août 2020

Concert de l'Orchestre national de Lyon sous la direction de Heinz Holliger à l'Auditorium de Lyon.

La Suisse alémanique au service du répertoire français
© ECM

Pour son deuxième passage de la saison à la tête de l'ONL, Heinz Holliger a choisi de participer au week-end que l'Auditorium consacre à Charles Koechlin. Le musicien suisse, familier du répertoire romantique allemand, démontre ses affinités avec le répertoire français du XXe siècle dans ce qu'il a de plus pur.
 

Auditorium Maurice Ravel, Lyon
Le 12/03/2005
Benjamin GRENARD
 



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  • Pour son deuxième concert avec l'ONL, Heinz Holliger était invité à diriger le répertoire français dans ce qu'il a de plus authentique, avec une sensibilité particulière accordée à l'orchestration et au raffinement sonore : Debussy, Caplet, Koechlin. Un concert d'autant plus intéressant qu'Holliger est un familier du répertoire germanique, de Schumann notamment, et que le romantisme et l'esthétique allemands marquent manifestement son oeuvre de compositeur en profondeur.

    Aussi, on admirera d'autant plus la maîtrise du Suisse dans le programme de ce soir. A commencer par une pièce de Debussy peu jouée, Khamma, orchestrée avec le concours de Koechlin, auquel l'Auditorium rend hommage cette semaine. L'oeuvre compose un jeu d'ombres dont le raffinement est très bien mis en valeur par le chef ; dès l'entrée des contrebasses sul ponticello, le timbre apparaît dans sa crudité. L'atmosphère de la pièce est proche de celle de la scène des souterrains de Pelléas. Holliger reste fidèle à l'esthétique debussyste en privilégiant plus volontiers une poésie narrative qu'une narration poétique.

    Entrée en matière rigoureusement opposée pour Epiphanie de Caplet : après les ombres de Khamma, la pièce débute par un jeu de lumière très sophistiqué, dans la ligne impressionniste de l'époque. Malgré cette opposition franche, Holliger fait clairement ressentir le lien qui unit dans la tradition française Debussy à son compatriote oublié ; à l'évidence, il s'agit du même creuset esthétique avec un attachement marqué pour la sonorité, la prépondérance du timbre et la poétique sonore. Une esthétique qui se démarque clairement de la tradition germanique, généralement attachée en premier lieu à la substance du propos.

    Dans cette optique, le jeune violoncelliste Bruno Weinmeister joue bien la carte française, se laissant envelopper par la sonorité de l'orchestre dans la Pastorale et Cortège, intervenant ainsi comme le violoncelle principal que Caplet a prescrit, et non comme soliste. De surcroît, la pièce est fort intéressante, en particulier l'atmosphère de Cadence, dans laquelle le violoncelle apparaît cette fois comme un véritable soliste, soutenu par une pédale imperceptible de contrebasses et une percussion légère magnifiquement rendues pas l'ONL.

    Pour lier les ombres de Debussy et la lumière de Caplet, Vers la voûte étoilée de Koechlin constitue en seconde partie de soirée une pièce de choix. Le nocturne débute en effet par des nappes aiguës de violons, à l'image d'une lumière lointaine qui poindrait dans la nuit. Parfaitement orchestré et très exigeant, son interprétation en est épineuse ; la prestation de l'ONL est ici plus inégale : une justesse pas tout à fait irréprochable empêche les textures de sonner idéalement, tandis qu'individuellement, on remarquera un très beau solo de cor montant aisément jusqu'au contre-fa.

    Holliger ne pouvait enfin éviter les fameux Bandar-log, partition originale et brillamment orchestrée. Le musicien suisse y accorde une attention particulière au timbre individuel, allant de la verdeur à l'outrance bien pensée. La lecture orchestrale sert très bien l'aspect ironique, grotesque qu'illustre parfaitement l'emprunt à l'air populaire J'ai du bon tabac.

    Dans ces conditions, on ne peut que déplorer une salle peu remplie. Il faut dire que, hormis Ravel et Debussy, ce répertoire ne bénéficie pas d'une aura suffisante auprès du grand public. Quoi qu'il en soit, certains auront manqué l'occasion de redécouvrir la valeur de leur patrimoine, parfaitement défendu par un chef
    suisse allemand !




    Auditorium Maurice Ravel, Lyon
    Le 12/03/2005
    Benjamin GRENARD

    Concert de l'Orchestre national de Lyon sous la direction de Heinz Holliger à l'Auditorium de Lyon.
    Claude Debussy (1860-1918)
    Khamma, Légende dansée en un prélude et trois scènes (1910-12)
    Orchestration de Debussy et Charles Koechlin (1912-13)

    André Caplet (1878-1925)
    Épiphanie, fresque musicale pour violoncelle principal et orchestre d'après une légende éthiopienne (1923)
    Bruno Weinmeister, violoncelle

    Charles Koechlin (1867-1950)
    Vers la voûte étoilée, nocturne pour orchestre op. 129 (1939)
    Les Bandar-log, poème symphonique op. 176, d'après Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling (1939-40)

    Orchestre national de Lyon
    direction : Heinz Holliger

     


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