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CRITIQUES DE CONCERTS 16 janvier 2021

Agrippina de Haendel dans la mise en scène de Frédéric Fisbach et sous la direction de Jean-Claude Malgoire à l'Atelier lyrique de Tourcoing.

Agrippina dans le texte
© Dani√®le Pierre

Alors que les travaux de la musicologue allemande Ursula Kirkendale ont r√©cemment sem√© le doute sur la date de cr√©ation et l'attribution de son livret, Agrippina s'est d√©finitivement impos√©e au r√©pertoire. Apr√®s l'√©clatant succ√®s de Ren√© Jacobs et David McVicar, Jean-Claude Malgoire a voulu cette production r√īd√©e et enregistr√©e en 2003, reprise √† Tourcoing avec une nouvelle imp√©ratrice.
 

Atelier lyrique, Tourcoing
Le 13/03/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Premi√®re r√©v√©rence ou ultime adieu √† l'Italie ? Agrippina est d√©sormais ballott√©e entre ces deux possibilit√©s. D'apr√®s les r√©centes publications de la musicologue allemande Ursula Kirkendale, l'unique op√©ra v√©nitien de Haendel aurait √©t√© cr√©√© non pas durant la saison du carnaval de 1709, mais en novembre 1706, avant m√™me Rodrigo. L'oeuvre n'aurait donc plus valeur de g√©nial pasticcio reprenant des th√®mes de cantates romaines du m√™me coup post√©rieures, mais du premier essai italien du compositeur, fruit des exp√©riences hambourgeoises, empruntant bien des tournures √† Reinhard Keiser.

    Quel que soit sa date de composition, Agrippina n'en reste pas moins le passionnant laboratoire de la dramaturgie londonienne du Caro Sassone, détournant les conventions d'un opera seria alors naissant avec une ironie que Haendel ne reniera jamais, même dans ces oeuvres en apparence les plus tragiques. Les mérites en reviennent sans doute beaucoup au librettiste, qu'il s'agisse ou non du Cardinal Grimani, qui dresse un tableau au cynisme fort réjouissant de la Rome Antique, plus proche en cela de Busenello, auteur de l'Incoronazione di Poppea, que des réformateurs issus de l'Académie de l'Arcadie.

    Cette intrigue aux mille rebondissements et quiproquos, o√Ļ la ruse des femmes est le principal moteur, se jouant de la stupidit√© d'une dynastie d√©cadente, le metteur en sc√®ne Fr√©d√©ric Fisbach a voulu la rendre aussi lisible que possible. Mouvante, la sc√©nographie vise √† l'√©pure, parfois gris√Ętre, et joue des conventions de l'opera seria par l'interm√©diaire du surtitrage, non sans dext√©rit√©, m√™me si le proc√©d√© vire √† l'explication de texte, maladroite projection de diapositives agr√©mentant la traduction de quelques sympathiques gribouillages. Color√©s, d√©lirants, baroques osera-t-on dire, les costumes et perruques y introduisent malicieusement le sel de la com√©die, mus par une direction d'acteurs parfois paresseuse, mais toujours limpide. Sans √™tre passionnante, la production a le m√©rite de la coh√©rence, vertu assez rare dans l'op√©ra baroque pour √™tre appr√©ci√©e.

    La direction de Jean-Claude Malgoire suit ce mouvement délibérément sage, en tempi généralement alertes et véritable sens de la progression musicale, sinon dramatique. Mais la Grande Ecurie et la Chambre du Roy se montre souvent faillible, de mise en place comme de justesse, et surtout avare des couleurs d'une dramaturgie kaléidoscope, à l'image de chanteurs fidèles parmi les fidèles, plus convaincants par la volonté que par des prouesses vocales.

    Lynne Dawson, haend√©lienne au g√©nie maintes fois r√©affirm√©, peine dans le grave et soigne peu les mots, estompant les contours d'une Agrippina qui n'a plus que la lumi√®re de l'aigu. De r√©citatifs enjou√©s, Ingrid Perruche sacrifie dans les arie la pr√©cision et la souplesse au profit d'une ampleur qui souvent lorgne sur le r√īle-titre. Timbre √©mouvant, mais technique pr√©caire, Thierry Gr√©goire est un Ottone rythmiquement et physiquement placide. Le Claudio de Nigel Smith fanfaronne en revanche avec panache, osant plus encore qu'une √©tendue d√©j√† d√©mesur√©e, d'un aigu fi√®rement projet√©, alors que Dominique Visse cr√©e un personnage dans la seconde, ici Narciso virevoltant, en voix √† la laideur irr√©sistible.

    Plus assur√© l√† o√Ļ la tessiture lui est moins ais√©e, mais adolescent encore dans les jupons de sa m√®re, Philippe Jaroussky est un Nerone √† l'aigu moins renversant, peut-√™tre, mais au timbre plus charnu, √† la couleur plus riche, et de chant virtuose, vari√©, √©minemment italien, le√ßon unique, exalt√©e, de bel canto.




    Atelier lyrique, Tourcoing
    Le 13/03/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Agrippina de Haendel dans la mise en scène de Frédéric Fisbach et sous la direction de Jean-Claude Malgoire à l'Atelier lyrique de Tourcoing.
    Georg Friedrich Haendel (1685-1759)
    Agrippina, opera seria en deux actes

    La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
    direction : Jean-Claude Malgoire
    mise en scène : Frédéric Fisbach
    scénographie : Emmanuel Clolus
    costumes : Olga Karpinsky
    éclairages : Daniel Levy

    Avec :
    Lynne Dawson (Agrippina), Ingrid Perruche (Poppea), Thierry Grégoire (Ottone), Nigel Smith (Claudio), Philippe Jaroussky (Nerone), Bernard Deletré (Pallante), Dominique Visse (Narciso), Alain Buet (Lesbo).

     



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