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CRITIQUES DE CONCERTS 25 mai 2018

Récital Mozart de Thomas Quasthoff accompagné par le Freiburger Barockorchester à la Cité de la Musique, Paris.

Bouleversante leçon d'humanité
© Káss Kara

Il est des concerts désarmants, pour lesquels tout commentaire semble superflu, sinon un profond témoignage de gratitude. Faisant siens avec une autorité confondante des airs de concert de Mozart désertés, Thomas Quasthoff a offert, en parfaite communion avec les musiciens du Freiburger Barockorchester, un de ces trop rares moments de grâce.
 

Cité de la Musique, Paris
Le 17/03/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Le chant comme miroir de l'âme : banalité sans doute, mais jamais ces mots n'ont eu tant de sens qu'à travers la voix de Thomas Quasthoff, tout entier dédié à son art, comme s'il n'était pas d'autre vie possible, là où l'évidence du chant devient évidence de l'humain, et leçon de vie.

    Dans ce répertoire qui n'est pas naturellement le sien, dans une langue qu'il compose, le baryton-basse allemand touche à la transcendance. Rien n'est moins évident pourtant que l'Air du catalogue, où il déploie chaque mot comme s'il le découvrait, avec un appétit souriant, et donne à la moindre nuance du texte une existence musicale propre, variant la couleur jusqu'à devenir le plus convaincant des acteurs, par la voix et le regard.

    Un grand écart de style mène à l'air Aspri rimorsi K. 432 précédé d'un récitatif de la plus pure veine seria, destiné à être inséré au Temistocle de Metastasio mis en musique par Andrea Bernasconi, et composé à l'intention de Ludwig Fischer, créateur d'Osmin : c'est dire la démesure de l'ambitus. Quasthoff maîtrise tout avec un art qui se fait oublier encore, du velours au métal, et d'intelligence, d'intelligibilité du mot. La ligne même, qui ne peut être plus bel cantiste, est d'un modelé dont on ne rêve plus.

    De la fureur à la déclaration d'amour enflammée, le baryton déploie une palette expressive impensable, et dialogue, combat osera-t-on même dire, avec la contrebasse qui doit se dépêtrer d'une partie impossible. L'anecdote de la composition de Per questa bella mano n'est que plus savoureuse par cette voix de stentor qui décrit la punition virtuose offerte par Mozart à Friedrich Pischlberger, première contrebasse de l'orchestre de Schikaneder, qui avait davantage d'yeux pour Constance que pour ses partitions : sous l'?il bienveillant du chanteur, Love Persson la domine fébrilement.

    Après de telles démonstrations de style et d'expression, Quasthoff donne aux accents de Mentre ti lascio, o figlia un frémissement tourmenté et des couleurs toujours plus emportées, parant terror et tormento d'une déchirante révolte.

    Toujours inspiré, le dialogue avec le Freiburger Barockorchester atteint alors des sommets. Si l'absence de chef fait parfois perdre la précision d'ensemble, les instrumentistes virtuoses de la formation fribourgeoise bâtissent une théâtre de mille couleurs et d'accents contrastés par l'écoute mutuelle, une conduite chambriste dans laquelle chacun trouve sa juste place.

    Un instant, le concert aura paru trop court, mais Thomas Quasthoff donne en bis la plus bouleversante leçon d'humanité : In diesen heil'gen Hallen, chanté comme jamais, d'une ligne inouïe, d'une voix de la plus profonde noblesse, comme s'il n'y avait aujourd'hui, hier même, qu'un seul Sarastro possible. Ovation debout, les yeux emplis de larmes.




    Cité de la Musique, Paris
    Le 17/03/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Récital Mozart de Thomas Quasthoff accompagné par le Freiburger Barockorchester à la Cité de la Musique, Paris.
    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
    Don Giovanni, K. 527: Ouverture, air de Leporello
    Idomeneo, Re di Creta, K. 366 : Marche des prêtres
    Cosi dunque
    Aspri rimorsi
    , K. 432
    Thamos König in Ägypten, K. 345 : entracte du quatrième acte
    Symphonie n° 31, K. 297
    Per questa bella mano, K. 612
    Sérénade n° 7 « Haffner », K. 250 : Andante
    Mentre ti lascio, o figlia, K. 513

    Thomas Quasthoff, baryton-basse
    Love Persson, contrebasse

    Freiburger Barockorchester
    direction artistique : Gottfried von der Goltz

     


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