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CRITIQUES DE CONCERTS 26 octobre 2020

Passion selon Saint-Matthieu de Bach par le Choeur Arsys-Bourgogne et Concerto Köln sous la direction de Pierre Cao à l'Auditorium Maurice Ravel, Lyon.

Vendredi sans esprit saint

L'Auditorium de Lyon avait convi√© pour Vendredi saint le Choeur Arsys Bourgogne pour une Saint-Matthieu sous la direction de Pierre Cao. Une ex√©cution aux magnifiques solistes, mais o√Ļ orchestre comme choeur peinent √† donner sa v√©ritable dimension religieuse au chef-d'oeuvre de Bach. Deux jours auparavant, sans le poids symbolique du jour fatidique, les m√™mes interpr√®tes avaient laiss√© une tout autre impression dans la capitale.
 

Auditorium Maurice Ravel, Lyon
Le 25/03/2005
Benjamin GRENARD
 



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  • Donner √† la Saint-Matthieu une v√©ritable ampleur n'est pas t√Ęche ais√©e. S'il est aujourd'hui commun de vilipender les contresens stylistiques de chefs du pass√© comme Klemperer ou Mengelberg, il n'en demeure pas moins que derri√®re le respect de la lettre qui est d√©sormais le pain quotidien des salles de concerts ne s'incarne pas n√©cessairement ipso facto l'esprit qui pr√©dispose √† une interpr√©tation m√©morable. Tel est en substance le principal √©cueil de l'ex√©cution de ce soir. Car, derri√®re l'interpr√©tation fine et soign√©e d'un Concerto K√∂ln de texture brillante et lisse, on ne per√ßoit gu√®re de dimension religieuse, pas plus √† la mani√®re emphatique de certaines √©coles r√©volues qu'√† la mani√®re divinement sobre d'un Leonhardt.

    Sans pour autant prendre pour comparaison des mod√®les inaccessibles, le choeur et l'orchestre ne demeurent pas assez creus√©s. Pierre Cao s'attache au lissage de l'expression par des tempi assez allants et une tendance √† escamoter les notes expressives ; si la couleur convient bien au Concerto K√∂ln et produit un bel effet dans les chorals, le chef n'imprime jamais la dimension contemplative qui aurait convenu √† ce parti pris. C√īt√© choeur, la diction reste floue et prive du m√™me coup l'ouvrage de la dimension expressive et essentielle du texte. L'entr√©e de la passion, Kommt, ihr T√∂chter, se voit d√©poss√©d√©e de sa colonne vert√©brale, en raison d'un choeur d'enfants noy√© dans la mati√®re sonore, et l'on reste dubitatifs devant des choeurs de turba pauvres en relief dramatique. La pr√©cision de l'orchestre est parfois bienvenue, mais le tout compose une interpr√©tation proprette, dont ne ressort rien de v√©ritablement saillant.

    Restent pourtant des chanteurs exceptionnels. Au premier chef, l'incontournable Christoph Prégardien, qui apporte à l'ouvrage la vérité dramatique nécessaire au moyen d'une diction parfaite, d'une musicalité précise et d'un sens aigu du texte. L'Evangéliste de référence est l'initiateur des climats les plus réussis. Le Christ de Klaus Häger lui donne une réplique idéale, d'une vraie voix de baryton au médium noble. Jadis ténor de Leonhardt, Markus Schäfer reste fidèle à son excellence, tandis que Thomas Bauer achève de faire honneur à un magnifique quatuor masculin.

    Si Britta Schwarz se perd par trop en mani√©rismes dans Bu√ü und Reu, elle trouve √† partir du duo avec le soprano le ton parfait que son √©mission chaleureuse met parfaitement en valeur. Quant √† Olga Pasichnyk, son timbre ¬Ė proche de celui d'une Lucia Popp, avec toutefois moins d'ampleur sensuelle ¬Ė fait merveille, dans une lecture sensible.

    Au final, une exécution mitigée qui rappelle que l'une des oeuvres techniquement les plus exigeantes du répertoire est aussi l'une des plus difficiles à appréhender musicalement. Car en ce vendredi saint, l'esprit n'était pas tout à fait au rendez-vous.






    Chemin de Croix aux sommets

    La mani√®re de Pierre Cao dans ce r√©pertoire est maintenant bien connue, l'assimilation des couleurs √† l'ancienne apportant un surcro√ģt de tranchant √† un souci constant de la ferveur expressive et du mot. Dans la r√©verb√©ration tr√®s forte de l'√©glise Saint-Roch, l'impact verbal se dilue √©videmment quelque peu, mais ce type d'acoustique impose en soi une √©coute sp√©cifique. Pierre Cao s'√©carte des baroqueux purs et durs comme Ton Koopman pour se rapprocher plus manifestement d'un Philippe Herreweghe, dans une mise en oeuvre savante mais sans exc√®s de la rh√©torique baroque. Des tempi en g√©n√©ral retenus visent √† extirper les affects du moindre texte, et si les rythmes de danse restent des rythmes de danse, Pierre Cao soumet les figures musicales au message v√©hicul√©.

    Il n'est pas non plus anodin que le chef luxembourgeois ait pris le parti de rassembler des solistes n'entrant pas exactement dans les canons esthétiques baroques, à l'exception d'un Christoph Prégardien, l'Evangéliste de sa génération, même si ses incursions dans des répertoires plus tardifs ont évidemment un peu modifié le profil vocal premier, et même si la fin de la Passion le trouve un peu fatigué vocalement.

    Le Christ de Klaus Häger impose une présence vocale incontestable et une projection du texte efficace. Le quatuor des autres solistes est pour sa part inégal : souffrante, Olga Pasichnyk a pourtant offert une prestation remarquable, très fagile dans Ich will dich mein Herze senken mais proprement irréelle dans Aus Liebe. Markus Schäfer claironne un peu, mais son chant est d'une probité évidente, tandis que Thomas Bauer cherche en vain des graves hors de sa portée.

    Au final, c'est Arsys Bourgogne qui brille de mille feux, avec des couleurs chatoyantes et une pl√©nitude sonore √† mi-chemin entre la transparence du Collegium Vocale et l'opulence vibrante du Monteverdi Choir. La phalange bourguignonne est proprement foudroyante dans les interventions de la turba, v√©ritable fouet mani√© avec habilet√© par Pierre Cao : on saluera l'extr√™me habilet√© dans la conduite des choeurs, notamment un O Mensch, bewein dein S√ľnde gro√ü d'une exceptionnelle lisibilit√©. Les couleurs drues et tranchantes sont aussi le fait des musiciens du Concerto K√∂ln, pas toujours parfaits dans la mise en place ¬Ė hautbois et violons solistes en proie √† des probl√®mes de justesse ¬Ė, mais d'un √©lan incomparable.

    Fort de ces instruments de luxe, le chef parvient à une concentration fervente qui éclatera cependant dans le monumental choeur final.


    Thomas Coubronne

    Eglise Saint-Roch, Paris, 23/03/05





    Auditorium Maurice Ravel, Lyon
    Le 25/03/2005
    Benjamin GRENARD

    Passion selon Saint-Matthieu de Bach par le Choeur Arsys-Bourgogne et Concerto Köln sous la direction de Pierre Cao à l'Auditorium Maurice Ravel, Lyon.
    Johann Sebastian Bach (1685-1750)
    Matthäuspassion BWV 244 (1729)

    Christoph Pr√©gardien, √Čvang√©liste
    Klaus Häger, Jésus
    Olga Pasichnyk, soprano
    Britta Schwarz, alto
    Markus Schäfer, ténor
    Thomas Bauer, basse

    √Čcole ma√ģtrisienne r√©gionale de Bourgogne
    Ma√ģtrise de Dijon
    direction de la Ma√ģtrise : Alain Chobert
    Choeur Arsys Bourgogne
    Concerto Köln
    direction : Pierre Cao

     


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