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CRITIQUES DE CONCERTS 03 juin 2020

Concert de l'Orchestre national de Lyon sous la direction de Leonard Slatkin Ă  l'Auditorium de Lyon.

Chostakovitch en péril
© J. Marcus

Alors que la saison approche pas à pas de son terme, l'Auditorium livre l'un de ses concerts les plus déséquilibrés. Après un Rautavaara excellent, une lecture grossière, aux effets téléphonés de Leonard Slatkin dans Chostakovitch, met en péril la réputation de l'un des plus grands symphonistes du siècle.
 

Auditorium Maurice Ravel, Lyon
Le 02/04/2005
Benjamin GRENARD
 



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  • Est-ce la peur de ne pas convaincre dans le rĂ©pertoire contemporain qui conduit certains chefs Ă  travailler manifestement plus les contemporains que les grands classiques ? Pourtant, rien de pire qu'un classique insipide et rabâchĂ©. Mais tout musicien digne de ce nom sait que la difficultĂ© n'est jamais question de chronologie.

    On passera donc vite sur une Leonore III inégale, précautionneuse en son introduction, creuse en son climax, pour retenir l'exécution du Concerto pour clarinette de Rautavaara, plus soignée. Le jeu de Richard Stoltzman est du reste exceptionnel, d'une virtuosité inouïe, d'autant plus méritoire que la partition est truffée de suraigus injouables, et que le clarinettiste s'illustre aussi bien dans la simplicité déconcertante de la Fille aux cheveux de lin de Debussy transcrite pour clarinette et harpe qu'il livre en guise de rappel.

    C'est malheureusement tout ce qu'il y a à sauver de ce concert, car on tombe en deuxième partie dans l'inanité musicale la plus complète, dans les effets les plus téléphonés. La 11e symphonie n'est certes pas le chef-d'oeuvre symphonique de Chostakovitch : l'ouvrage n'est pas sous-tendu par une architectonique puissante, à l'opposé des 8e et 10e, et le maître russe traverse en cette année 1957 une légère crise d'inspiration qui durera encore deux bonnes années. Mais dans cette 11e, le génie transparaît en plus d'une occasion et donne très largement matière pour un chef.

    Or, sous la conduite de Slatkin, l'ouvrage devient un véritable pensum. Le chef américain ne s'appuie nullement sur le statisme de La place du palais pour imprimer le calme avant l'urgence de la révolution et des massacres, pas plus qu'il ne met en relief les effets d'orchestration qui composent ce premier mouvement ; ce dernier n'étant pas conduit par un développement traditionnel, on finit inévitablement par s'ennuyer.

    Un véritable saccage

    Mais c'était sans compter que Slatkin se livre à un véritable saccage, forçant systématiquement le trait dans les passages violents pour n'en faire ressortir qu'une matière sonore grossière. Des cuivres mastoc et une grosse caisse vulgaire grèvent inutilement le passage central du 9 janvier : ce qui aurait dû apparaître comme une scène de massacre transfigurée ne sonne plus que comme une débauche de décibels. On ne voit d'ailleurs guère pourquoi Slatkin donne dans le Finale un geste d'entrée si impérieux au tocsin alors qu'il ne lui ménage à aucun moment l'espace pour se faire entendre.

    Bref, le chef américain fonce tête baissée dans la partition sans jamais prêter oreille au capharnaüm tapageur qu'il engendre. On restera donc circonspect devant l'engouement d'une certaine partie du public, sacrifiant probablement au rite sociologique et aveugle – peut-être devrait-on dire sourd ? – qui veut que l'on manifeste son contentement dans les concerts où l'on abuse du tromblon à qui mieux mieux.

    Cette attitude et cette exécution – au sens propre – de la 11e ne seraient en définitive pas si importantes, si elles ne risquaient de mettre en péril la réputation de l'un des plus grands symphonistes du siècle, en reléguant la musique de Chostakovitch au rang des barbaries les plus brutales, alors que c'est précisément ce qu'elle entend dénoncer




    Auditorium Maurice Ravel, Lyon
    Le 02/04/2005
    Benjamin GRENARD

    Concert de l'Orchestre national de Lyon sous la direction de Leonard Slatkin Ă  l'Auditorium de Lyon.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827)
    Ouverture Leonore III, op. 72c (1806)

    Einojuhani Rautavaara (né en 1928)
    Concerto pour clarinette et orchestre (2002)
    Richard Stoltzman, clarinette

    Dimitri Chostakovitch (1906-1975)
    Symphonie n°11 en sol mineur, op. 103, « l'AnnĂ©e 1905 Â» (1957)

    Orchestre national de Lyon
    direction : Leonard Slatkin

     


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