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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Riccardo Muti au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.

Surprises !

C'est une foule compacte et un brin voyeuse qui a envahi le Théâtre des Champs-Élysées pour le concert que dirige le beau Riccardo Muti à la tête de la Philharmonie de Vienne, quelques jours après avoir été congédié de la Scala de Milan. Muti l'éconduit allait-il céder à la déprime ? Pas le moins du monde, comme en témoigne une soirée pleine de surprises.
 

Théâtre des Champs-Élysées, Paris
Le 04/05/2005
Nicole DUAULT
 



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  • Riccardo Muti est salué dès son entrée par une ovation, devinant qu'il sera désormais plus que jamais chéri des parisiens. Attentif, Gerard Mortier est dans la salle, René Koering également, ainsi que des représentants de Radio France et du National. A la fin du concert, hommage exceptionnel, la frénésie d'applaudissements sera accompagnée d'une pluie de roses. Rien moins !

    Visage fermé, mèche baladeuse sur un front crispé, allure mécanique, l'Italien monte au pupitre cachant des lunettes qu'il chausse furtivement avant de lever sa baguette : au premier abord, il s'annonce comme un concentré d'anxiété. On attend de pied ferme le célèbre roulement de timbales qui ouvre la Symphonie n° 103 de Haydn. Pas d'explosion sonore avant la grave solennité d'un dies irae. C'est un pimpant solo de hautbois qui s'élève. Perplexité. On regarde le programme. C'est bien la 103e symphonie qui est indiquée. Mais c'est pourtant une autre des symphonies londoniennes du compositeur, écrite à soixante ans passés, quelques mois après la mort de son ami Mozart, la 94e, qui est jouée. Une symphonie baptisée la Surprise ; la bien nommée !

    Après l'entracte, un représentant du Théâtre des Champs-Élysées vient sur scène expliquer la bévue, qui n'est sans doute pas tout à fait la faute du théâtre. Dans les pays germaniques, la Symphonie n° 94 est surnommée Symphonie du coup de timbale (mit dem Paukenschlag) et la n° 103 Roulement de timbales (mit dem Paukenwirbel). Une timbale peut donc en cacher une autre. Légèreté et classicisme, Muti et ses Viennois ressourcent l'oeuvre, donnant aux cordes une prééminence subtile, dans un discours admirablement chanté, murmuré, magique. Mèche un peu plus hirsute, contraignant sa gestique de Napolitain devant ce digne et imposant orchestre, ne quittant jamais de l'oeil la partition comme pour en être toujours plus près, Muti s'impose par une énergie maîtrisée, une sensibilité très calculée.

    Un poème filandreux et interminable ?

    Drôle d'idée ensuite que d'avoir choisi en deuxième partie la 3e symphonie de Scriabine ! Que va donc faire le chef italien de ce Divin poème filandreux et interminable ? Peut-être est-ce en hommage à Paris où l'oeuvre a été créée sous la direction d'Arthur Nikisch en mai 1905, voilà tout juste un siècle, que le maestro l'a programmée. Mais seconde surprise de la soirée : de ce pathos pseudo wagnérien à prétention philosophico-religieuse, Muti fait émerger un poème symphonique lyrique, limpide, où les cordes du Philharmonique apportent leur sonorité soyeuse et lumineuse, pour cinquante-trois minutes de bonheur.

    On a même le temps de constater que dans ce monumental orchestre, il n'y a que trois femmes dont une hautboïste et une violoncelliste. La parité n'est pas pour demain chez les Viennois. Petite satisfaction tout de même, la jeune violoniste qui se cache au dernier rang des pupitres est Isabelle Cayré : une Française dans l'orchestre le plus macho du monde, il n'y a pas à désespérer. Après tout, ce soir, nous ne sommes plus à une surprise près.

    Les derniers accords sont salués par une pluie de roses, Muti revient saluer, encore et encore. Sous les applaudissements, il hésite. Un bis ? On s'attend alors à une de ces valses viennoises dont la Philharmonie a le secret. Dernière surprise, le maestro bondit au pupitre et se lance dans l'ouverture de la Force du destin de Verdi. Enthousiaste, il saute, s'accroupit, bondit, dans une interprétation vibrante, palpitante, imaginative, fougueuse, autant que lui-même, qui plus que jamais force un destin ; le sien.




    Théâtre des Champs-Élysées, Paris
    Le 04/05/2005
    Nicole DUAULT

    Concert de l'Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Riccardo Muti au Théâtre des Champs-Élysées, Paris.
    Joseph Haydn (1732-1809)
    Symphonie n° 94 en sol majeur, « la Surprise »

    Alexandre Scriabine (1872-1915)
    Symphonie n° 3 en ut mineur, op. 43 « Divin poème »

    Wiener Philharmoniker
    direction : Riccardo Muti

     


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