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CRITIQUES DE CONCERTS 23 février 2020

Cr√©ation parisienne de De la Maison des Morts de Jan√°ček mis en sc√®ne par Klaus Michael Gr√ľber, sous la direction de Marc Albrecht √† l'Op√©ra Bastille, Paris.

La mort en pleine lumière
© Ruth Walz

Jos√© Van Dam (Goriantchikov) et Jiř√≠ Sul¬ěenko (le Commandant).

Parall√®lement √† une Trilogie Jan√°ček √† l'Op√©ra de Lyon, l'Op√©ra de Paris propose la reprise de l'un des premiers spectacles que Gerard Mortier avait programm√© √† Salzbourg en 1992 : De la Maison des Morts dans la mise en sc√®ne de Klaus Michael Gr√ľber. Un spectacle de mort et de lumi√®re, port√© √† incandescence par la baguette de Marc Albrecht et un plateau irr√©prochable.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 19/05/2005
Yannick MILLON
 



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  • Dernier op√©ra d'un compositeur septuag√©naire, De la Maison des Morts est peut-√™tre l'ouvrage le plus √©nigmatique de Jan√°ček, mais aussi celui o√Ļ s'exalte le plus son ind√©fectible foi en l'homme. En pr√©sentant sans complaisance ni jugement, avec distance, des instantan√©s d'une population p√©nitentiaire √† travers les t√©moignages des bagnards, confessions sur la raison de leur incarc√©ration, il sugg√®re que les d√©tenus, tout ensemble bourreaux et victimes de leurs crimes, ne sont que des gens ordinaires dont le destin a brusquement bascul√©.

    Klaus Michael Gr√ľber l'entend bien ainsi, qui con√ßoit sa mise en sc√®ne comme un livre d'images √©vitant tout sentiment de claustration. Abolissant les fronti√®res de l'espace, l'action se d√©roule enti√®rement en ext√©rieur, sous un ciel ouvrant pour les parias de Dosto√Įevski des perspectives de libert√©, le n√©cessaire espoir de la reconqu√©rir. Camp√© par un homme, l'aigle captif appara√ģt alors comme une √©vidente parabole. Par un habile jeu de n√©gatif, la pantomime du II, moment de d√©tente pour les prisonniers, suscite une atmosph√®re macabre, th√©√Ętre dans le th√©√Ętre trait√© avec une virtuosit√© confondante par le metteur en sc√®ne allemand.

    © Ruth Walz

    Mais tout autant que la mise en scène, la direction de Marc Albrecht confère une cohésion extraordinaire au spectacle. Jouant de la cruauté des dissonances, exposées en pleine lumière, du motorisme permanent de la partition, le jeune chef porte le drame à son point d'acmé, au moyen d'une battue acérée, rapide et sans concession, fouettant un orchestre de l'Opéra à la verdeur de timbre tout à fait idoine. Refusant le caractère chambriste de l'orchestration, Albrecht défend une approche symphonique et paroxystique, étourdissante à force de jouer de l'angoisse de cellules rythmiques répétées à l'infini.

    Bien plus que des prestations individuelles, De la Maison des Morts requiert un v√©ritable esprit de troupe, qui ne fait pas d√©faut ce soir. On s'attardera sur Jos√© Van Dam, qui √©voque d'embl√©e la noblesse et le c√īt√© extraterrestre de Goriantchikov au milieu de bagnards √† demi tondus et affubl√©s d'un costume jaune criard ; sur Jerry Hadley, Skuratov autiste, √† la limite de la folie, au timbre aujourd'hui tr√®s proche de celui d'un Graham Clark ; sur le Chapkine √©tonnant d'√©tendue de tessiture et de vari√©t√© dans la narration de Jeffrey Francis ; sur le Luka h√©ro√Įque d'Hubert Delamboye ou encore sur le Chichkov de Johan Reuter, tr√®s habile √† g√©rer un monologue √©tal√© sur presque un quart d'heure.

    Au milieu de toutes ces voix masculines, le timbre radieux de Ga√ęle Le Roi pr√™te au jeune Tartare Alieia une fra√ģcheur adolescente qui participe √† la lumi√®re de la production. La Fran√ßaise a trouv√© l√† un r√īle dans ses cordes, qui sied √† ravir √† son timbre adamantin, m√™me si elle se voit parfois contrainte √† grossir l'√©mission pour passer l'orchestre.



    Prochaines représentations les 27, 30 mai, 1er, 6, 9 et 12 juin.




    Opéra Bastille, Paris
    Le 19/05/2005
    Yannick MILLON

    Cr√©ation parisienne de De la Maison des Morts de Jan√°ček mis en sc√®ne par Klaus Michael Gr√ľber, sous la direction de Marc Albrecht √† l'Op√©ra Bastille, Paris.
    Leo¬ö Jan√°ček (1854-1928)
    Z Mrtvého domu, opéra en trois actes (1928)
    Livret du compositeur d'apr√®s le roman Souvenirs de la maison des morts de Fedor Mikhailovitch Dosto√Įevski

    Choeurs et Orchestre de l'Opéra national de Paris
    direction : Marc Albrecht
    mise en sc√®ne : Klaus Michael Gr√ľber
    décors : Eduardo Arroyo
    costumes : Eva Dessecker
    éclairages : Vincio Cheli
    préparation des choeurs : Peter Burian

    Avec :
    Jos√© Van Dam (Alexandre Petrovitch Goriantchikov), Ga√ęle Le Roi (Alieia), Hubert Delamboye (Filka Morosov ¬Ė Luka Kumzich), Jerry Hadley (Skuratov), Johan Reuter (Chichkov), Jeffrey Francis (Chapkin), David Bi¬ě√≠c (Tchekounov), Jiř√≠ Sul¬ěenko (le Commandant), Tom√°s Juh√°s (Tcherevine), Xavier Mas (le jeune prisonnier / une voix en coulisse), Bojidar Nikolov (le grand prisonnier), Miroslav Svejda (le vieux prisonnier), Ludek Vele (le petit prisonnier), Sergei Stilmachenko (le prisonnier jouant Don Juan et le Brahmane), Ales Briscein (Kedril), Slawomir Szychowiak (le pope), Alicia Garcia Munos (la prostitu√©e), Grzegorz Stazkiewicz (le prisonnier ivre), Guillaume Petiot-Bellav√®ne (le cuisinier), Yves Cochois (le forgeron), Ook Chung (premier garde), Moung-Chang Kwon (deuxi√®me garde).

     



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