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CRITIQUES DE CONCERTS 17 octobre 2019

Concert de l'Orchestre national de l'Opéra de Paris sous la direction de Sylvain Cambreling, avec la participation de la soprano Mireille Delunsch à l'Opéra Bastille, Paris.

Transparences crépusculaires
© Marco Borggreve

Sylvain Cambreling

Parmi les chefs permanents de l'Op√©ra de Paris, Sylvain Cambreling est le plus d√©routant. Son √©clectisme s√©lectif l'a conduit cette saison de Mozart √† Messiaen, dirigeant ses oeuvres f√©tiches avec une √©gale ma√ģtrise. Saariaho, Ravel et Chausson inspirent √† ce symphoniste m√©ticuleux les plus fun√®bres transparences, guidant la soprano Mireille Delunsch sur la voie du renoncement.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 02/06/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Avec quatre productions cette saison, Sylvain Cambreling appara√ģt comme le directeur musical que Gerard Mortier n'a pas souhait√© nommer. Juste cons√©cration, bien que masqu√©e, pour le chef fran√ßais dont le prestige est trop loin d'√©galer l'art, du moins en France o√Ļ il dirigeait si peu. Le geste analytique, expressif, et le regard per√ßant, la culture de la transparence et le sens profond de l'intensit√© dramatique se doublent d'un engagement constant en faveur de ses oeuvres f√©tiches, souvent sous-estim√©es. Le r√©pertoire fran√ßais y occupe une large part, et parmi les projets d√©voil√©s, les Troyens de Berlioz et Louise de Charpentier succ√®deront √† un Pell√©as et M√©lisande miraculeux et un Saint Fran√ßois d'Assise confondant de concentration et de ma√ģtrise.

    Pour ce dernier concert symphonique de la saison, il a choisi d'associer √† Ravel, Chausson et Debussy, la Finlandaise Kaija Saariaho, donnant la premi√®re ex√©cution fran√ßaise d'Orion, commande du Cleveland Orchestra cr√©√©e en 2003. Cette oeuvre en trois parties impose une atmosph√®re myst√©rieuse et sombre d√®s les fr√©missements cosmiques de l'introduction. Dans chaque mouvement, quelque chose semble s'√©teindre dans la nuit perp√©tuelle, d'une √©criture orchestrale de l'effleurement √©voquant la d√©solation d'un ciel nordique en atermoiements lib√©rateurs d'harmoniques. Particuli√®rement remarquable est la conclusion o√Ļ le decrescendo de l'orchestre s'accompagne d'un crescendo rythmique, jusqu'√† la disparition de la constellation, parvenue au terme de sa trajectoire au son du triangle.

    Dispara√ģtre en ses r√™ves, drap√©e de nonchalance orientale, la Sh√©h√©razade de Mireille Delunsch, d√©sabus√©e, enivr√©e des vapeurs d'un narghil√©, y aspire de son timbre fr√©missant et lumineux, au grave diapr√© et sensuel. D√©finitivement plus interpr√®te cr√©atrice que simple chanteuse, la soprano fran√ßaise aborde la m√©lodie orchestrale en r√©citaliste orf√®vre, sans souci d'opulence, avec l'obsession du sens. La technique singuli√®re, ses pi√®ges parfois, et les n√©gligences de la langue, en voyelles peu subtiles, n'y peuvent rien, cette sublime M√©lisande est de ces artistes captivantes qui invitent, par l'aura et les suspensions musicales de la phrase sculpt√©e, √† l'√©coute la plus attentive, m√™me dans l'immensit√© de Bastille. La condition premi√®re est l'intelligibilit√© du texte, dont les consonnes, sans aff√©terie, sont le plus pr√©cieux guide √† travers Asie.

    Ce qu'il y a en Chausson de lignes plus amples, d'orchestre wagn√©rien, et de plus simplement vocal se pare n√©anmoins de trop de d√©tachement, Po√®me de l'amour et de la mer au d√©but h√©sitant, trop d√©pendant encore de la partition. Mais l'heure de l'adieu regagne des accents agit√©s, boulevers√©s. Mieux encore, l'inexprimable horreur des amours tr√©pass√©es et l'oubli, surtout, sonnent l'heure du renoncement, lorsque la voix s'efface, le vibrato s'√©teint, suspendu dans la mort, ombres fun√®bres d'un orchestre aux transparences cr√©pusculaires, infinies, guid√© du corps et de l'√Ęme par un Sylvain Cambreling vibrant.

    Malgré Debussy, Rondes de Printemps ne peuvent plus être alors qu'anecdotiques : Le temps des lilas et le temps des roses ne reviendra plus à ce printemps-ci




    Opéra Bastille, Paris
    Le 02/06/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Concert de l'Orchestre national de l'Opéra de Paris sous la direction de Sylvain Cambreling, avec la participation de la soprano Mireille Delunsch à l'Opéra Bastille, Paris.
    Kaija Saariaho (*1952)
    Orion (2003)

    Maurice Ravel (1875-1937)
    Shéhérazade (1903)

    Ernest Chausson (1855-1899)
    Poème de l'amour et de la mer, op. 19 (1893)

    Claude Debussy (1862-1918)
    Rondes de printemps, extrait d'Images (1910)

    Mireille Delunsch, soprano
    Orchestre de l'Opéra National de Paris
    direction : Sylvain Cambreling

     


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