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CRITIQUES DE CONCERTS 20 août 2018

Concert de l'Orchestre national de l'Opéra de Paris sous la direction de Sylvain Cambreling, avec la participation de la soprano Mireille Delunsch à l'Opéra Bastille, Paris.

Transparences crépusculaires
© Marco Borggreve

Sylvain Cambreling

Parmi les chefs permanents de l'Opéra de Paris, Sylvain Cambreling est le plus déroutant. Son éclectisme sélectif l'a conduit cette saison de Mozart à Messiaen, dirigeant ses oeuvres fétiches avec une égale maîtrise. Saariaho, Ravel et Chausson inspirent à ce symphoniste méticuleux les plus funèbres transparences, guidant la soprano Mireille Delunsch sur la voie du renoncement.
 

Opéra Bastille, Paris
Le 02/06/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Avec quatre productions cette saison, Sylvain Cambreling apparaît comme le directeur musical que Gerard Mortier n'a pas souhaité nommer. Juste consécration, bien que masquée, pour le chef français dont le prestige est trop loin d'égaler l'art, du moins en France où il dirigeait si peu. Le geste analytique, expressif, et le regard perçant, la culture de la transparence et le sens profond de l'intensité dramatique se doublent d'un engagement constant en faveur de ses oeuvres fétiches, souvent sous-estimées. Le répertoire français y occupe une large part, et parmi les projets dévoilés, les Troyens de Berlioz et Louise de Charpentier succèderont à un Pelléas et Mélisande miraculeux et un Saint François d'Assise confondant de concentration et de maîtrise.

    Pour ce dernier concert symphonique de la saison, il a choisi d'associer à Ravel, Chausson et Debussy, la Finlandaise Kaija Saariaho, donnant la première exécution française d'Orion, commande du Cleveland Orchestra créée en 2003. Cette oeuvre en trois parties impose une atmosphère mystérieuse et sombre dès les frémissements cosmiques de l'introduction. Dans chaque mouvement, quelque chose semble s'éteindre dans la nuit perpétuelle, d'une écriture orchestrale de l'effleurement évoquant la désolation d'un ciel nordique en atermoiements libérateurs d'harmoniques. Particulièrement remarquable est la conclusion où le decrescendo de l'orchestre s'accompagne d'un crescendo rythmique, jusqu'à la disparition de la constellation, parvenue au terme de sa trajectoire au son du triangle.

    Disparaître en ses rêves, drapée de nonchalance orientale, la Shéhérazade de Mireille Delunsch, désabusée, enivrée des vapeurs d'un narghilé, y aspire de son timbre frémissant et lumineux, au grave diapré et sensuel. Définitivement plus interprète créatrice que simple chanteuse, la soprano française aborde la mélodie orchestrale en récitaliste orfèvre, sans souci d'opulence, avec l'obsession du sens. La technique singulière, ses pièges parfois, et les négligences de la langue, en voyelles peu subtiles, n'y peuvent rien, cette sublime Mélisande est de ces artistes captivantes qui invitent, par l'aura et les suspensions musicales de la phrase sculptée, à l'écoute la plus attentive, même dans l'immensité de Bastille. La condition première est l'intelligibilité du texte, dont les consonnes, sans afféterie, sont le plus précieux guide à travers Asie.

    Ce qu'il y a en Chausson de lignes plus amples, d'orchestre wagnérien, et de plus simplement vocal se pare néanmoins de trop de détachement, Poème de l'amour et de la mer au début hésitant, trop dépendant encore de la partition. Mais l'heure de l'adieu regagne des accents agités, bouleversés. Mieux encore, l'inexprimable horreur des amours trépassées et l'oubli, surtout, sonnent l'heure du renoncement, lorsque la voix s'efface, le vibrato s'éteint, suspendu dans la mort, ombres funèbres d'un orchestre aux transparences crépusculaires, infinies, guidé du corps et de l'âme par un Sylvain Cambreling vibrant.

    Malgré Debussy, Rondes de Printemps ne peuvent plus être alors qu'anecdotiques : Le temps des lilas et le temps des roses ne reviendra plus à ce printemps-ci




    Opéra Bastille, Paris
    Le 02/06/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Concert de l'Orchestre national de l'Opéra de Paris sous la direction de Sylvain Cambreling, avec la participation de la soprano Mireille Delunsch à l'Opéra Bastille, Paris.
    Kaija Saariaho (*1952)
    Orion (2003)

    Maurice Ravel (1875-1937)
    Shéhérazade (1903)

    Ernest Chausson (1855-1899)
    Poème de l'amour et de la mer, op. 19 (1893)

    Claude Debussy (1862-1918)
    Rondes de printemps, extrait d'Images (1910)

    Mireille Delunsch, soprano
    Orchestre de l'Opéra National de Paris
    direction : Sylvain Cambreling

     


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