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CRITIQUES DE CONCERTS 17 août 2018

Récital de Karita Mattila accompagnée au piano par Malcolm Martineau au Théâtre du Châtelet, Paris.

Diva monocorde

A peine échappée de la Vienne décadente d'Arabella, Karita Mattila revenait sur la scène du Châtelet pour un récital entre lyrisme liberty et Jugendstil. Beauté sculpturale et timbre rayonnant, la Finlandaise ne trouve malheureusement pas la voie de la légèreté, noyant l'expression dans un pathos d'où seules surnagent les mélodies de son compatriote Toivo Kuula.
 

Théatre du Châtelet, Paris
Le 07/06/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Avec ce qu'il faut de prises de risques pour ne pas être taxée de prudence, Karita Mattila a su mener sa carrière mieux que quiconque, forte d'une détermination qui l'a portée au firmament du monde lyrique, auréolée d'une présence incendiaire et d'un timbre opalescent, dont la maturité a fait les captivants appâts d'une diva justement adulée. Bête de scène dont l'engagement physique transcende souvent les limites vocales, la soprano finlandaise n'en possède pas moins un art consommé du récital. Malheureusement, ce programme mêlant Puccini, Mahler, Strauss et Toivo Kuula surexpose les revers d'un tempérament trop ardent.

    D'expression comme de vocalité, les charmantes mélodies de Puccini, dont Sole e amore aux réminiscences de Bohème, semblent bien trop joliment tournées pour l'instrument si peu italien de la soprano, devant déjouer un aigu un rien rebelle et des lignes abruptes, pour lesquels la tempête de Terra e mare et les accents obscurs de Morire ? se révèlent d'un instinct plus épanouissant.

    Mais la vérité de Mattila se trouve chez Toivo Kuula, compositeur finlandais fauché en pleine jeunesse par la guerre civile, dont le catalogue ne comporte, à l'instar d'Henri Duparc, qu'une vingtaine de mélodies. La passion est le véritable moteur de ces pages lancinantes et sombres, dont l'accompagnement trop maniéré de Malcolm Martineau ne donne qu'une idée anodine. La chanteuse les investit d'un feu autrement sacré, et le cri de détresse de la Chanson de Marjatta restera comme la singulière expression de son art sauvage.

    Car cette straussienne exceptionnelle passe définitivement à côté de ses Mahler, dans quatre extraits monocordes du Knaben Wunderhorn. Ablösung im Sommer, un sort fait à chaque mot, accentue les crispations vocales et physiques, d'une intonation impossible, à peine plus satisfaisante dans Ich ging mit Lust. Mais l'expression et l'instrument ne cessent de s'alourdir, là où Karita Mattila semble incapable de sourire. La tragédie ne laisse à aucun moment poindre l'ironie, et Scheiden und Meiden assène des Ade ! dignes de la plus vociférante Clytemnestre.

    De ce parcours chaotique, Zueignung est le plus opulent rescapé, miraculeux de timbre et de gratitude. Même Strauss, pourtant, ne sort pas indemne du pathos écrasant de la blonde récitaliste. Les Lieder les plus légers aspirent ici aux larmes les plus amères, le printemps le plus florissant croule sous le poids de l'hiver, et appelle de grandes héroïnes tragiques.

    Après l'annonce d'un rhume sans conséquence, un bis immaculé, Lorsque ma vieille mère m'apprenait à chanter de Dvořak, aura ravivé in extremis le souvenir d'un récital autrement plus bouleversant donné par Karita Mattila dans le même théâtre en avril 2003.




    Théatre du Châtelet, Paris
    Le 07/06/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Récital de Karita Mattila accompagnée au piano par Malcolm Martineau au Théâtre du Châtelet, Paris.
    Giacomo Puccini (1858-1924)
    E l'uccellino (1899)
    Terra e mare (1902)
    Sole e amore (1888)
    Storiella d'amore (1883)
    Morire (1917-1918)

    Toivo Kuula (1883-1918)
    Kësäyö kirkkomaalla, op. 6 n° 1 (1907)
    Marjatan Laulu, op. 8 n° 2 (1908)
    Tuijotin tulehen kauan, op. 2 n° 2 (1907)
    Sinipiika, op. 23 n° 1 (1912)
    Epilogi, op. 6 n° 2 (1907)

    Gustav Mahler (1860-1911)
    Lieder extraits du Knaben Wunderhorn (1887-1890)
    Ablösung im Sommer
    Ich ging mit Lust
    Nicht wiedersehn
    Scheiden und Meiden

    Richard Strauss (1864-1949)
    Zueignung, op. 10 n° 1 (1885)
    Allerseelen, op. 10 n° 8 (1885)
    Ständchen, op. 17 n° 2 (1885-1887)
    Schön sind, doch kalt die Himmelsterne, op. 19 n° 3 (1885-1888)
    Wie sollten wir geheim sie halten, op. 19 n° 4 (1885-1888)

    Karita Mattila, soprano
    Malcolm Martineau, piano

     


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