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CRITIQUES DE CONCERTS 26 septembre 2020

Nouvelle production des Bor√©ades de Rameau mise en sc√®ne par Laurent Laffargue et sous la direction d'Emmanuelle Ha√Įm √† la Filature de Mulhouse.

Des Boréades victimes de vents contraires
© Alain Kaiser

Malgr√© leur cr√©ation inesp√©r√©e √† Aix-en-Provence par Gardiner en 1982, les Bor√©ades ont d√Ľ attendre 1999 et leur r√©surrection √† Salzbourg pour ne plus quitter la sc√®ne. Chaque nouvelle production se doit donc d'√™tre un √©v√®nement. Faute de coh√©rence musicale et de pens√©e dramaturgique, l'√©quipe r√©unie par l'Op√©ra du Rhin ne s'√©l√®ve pas au-dessus de la m√©diocrit√©.
 

La Filature / Opéra du Rhin, Mulhouse
Le 18/06/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Victime de la censure pour avoir os√© v√©hiculer des id√©aux pr√©r√©volutionnaires, les Bor√©ades est avant tout un op√©ra sp√©culaire, derni√®re trag√©die lyrique possible, tant Louis de Cahusac, auteur plus que pr√©sum√© du livret, y r√©v√®le les rouages d'un genre moribond en int√©grant les divertissements, pr√©sent√©s en tant que tels et non plus comme √©manations du merveilleux, jusqu'√† leur n√©cessit√© dramatique m√™me.

    Tournant le dos au manich√©isme glac√© de Robert Carsen et √† l'esth√©tisation sans vigueur de Laurent Pelly, Laurent Laffargue r√©investit le merveilleux par les enchantements du cirque, habile mise en abyme d'une cour vou√©e √† la repr√©sentation o√Ļ l'on n'h√©site pas √† manier le fouet pour imposer ses d√©sirs. Mais un tel cadre, lorgnant trop futilement vers les plaisirs canailles de la Vie Parisienne, couronn√©s par l'improbable cancan de la contredanse finale, contraint la trag√©die √† un sentimentalisme qui refuse √† Alphise et Abaris, condamn√©s √† n'√™tre que l'auguste et le clown blanc d'une mascarade color√©e, la noblesse du renoncement et l'exemplarit√© du rite initiatique, comme une incapacit√© √† traduire la symbolique de la fable.

    De ce qui n'est plus qu'une succession de num√©ros o√Ļ le spectaculaire s'exprime parfois avec paresse, la danse ne peut que sortir victorieuse, d√®s lors que la chor√©graphie d'Andonis Foniadakis meut des corps acrobatiques et flexibles, particuli√®rement signifiants dans la chasse √† l'homme initiale et l'enl√®vement d'Orithie, avec d'autant plus de m√©rite qu'Emmanuelle Ha√Įm n'imprime √† ses rythmes ni fantaisie ni carrure.

    Cette amoureuse de la courbe vocale italienne reste sans pouvoir devant un Concert d'Astrée sans couleur ni conduite, escamotant la moindre difficulté, à l'image d'un choeur aux attaques plus qu'incertaines. Et comme une marque de fabrique, quelques extrapolations liberty ne peuvent que défigurer une ligne ramiste qui se suffit à elle-même, notamment dans les vocalises paroxystiques d'un horizon serein.

    © Alain Kaiser / Opéra du Rhin

    Apathique, la basse continue n'est de surcro√ģt d'aucun soutien √† des chanteurs qui, dans leur plus grande majorit√©, ne ma√ģtrisent pas les subtilit√©s de la d√©clamation lyrique. Malgr√© les lumineuses rondeurs du timbre, Anne Lise Sollied ne trouve en Alphise que les obstacles de la langue et de la tessiture, esquissant √† peine l'expression. Des fr√®res bor√©ades, Nicolas Cavallier et Eric Laporte ne donnent qu'une pi√®tre image, le premier en Boril√©e vieux beau, maugr√©ant des ports de voix syst√©matiques, le second se d√©battant d'une voix ingrate avec la tessiture, l'√©mission m√™me, de Calisis.

    Mais Andrew Foster Williams offre avec panache un Bor√©e un rien g√©n√©rique. Et s'il les chante avec go√Ľt et s√Ľret√©, Thomas Doli√© n'a pas encore l'aura d'un Adamas, qui plus est d'un Apollon. Lumineux combattant des vents, Paul Agnew demeure seul serviteur digne et inspir√© de Rameau. Avec moins d'insolente fluidit√© qu'√† Paris et Lyon, le t√©nor britannique aborde Abaris dans une perspective plus h√©ro√Įque, en conservant les accents les plus suaves, la vocalise la plus d√©li√©e, et surtout cet art du dire sculptural qui conf√®re √† chacune de ses incursions dans la Trag√©die lyrique une captivante profondeur.

    Malgr√© cette incarnation majeure et l'incontestable force de la chor√©graphie, on n'a pu s'emp√™cher, en sortant de la Filature, de penser que le silence aussi inacceptable soit-il, impos√© aux Bor√©ades durant plus de deux cents ans, avait pr√©serv√© l'ultime chef-d'oeuvre du ma√ģtre dijonnais d'une plus pr√©judiciable m√©diocrit√©.




    La Filature / Opéra du Rhin, Mulhouse
    Le 18/06/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production des Bor√©ades de Rameau mise en sc√®ne par Laurent Laffargue et sous la direction d'Emmanuelle Ha√Įm √† la Filature de Mulhouse.
    Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
    Les Boréades, tragédie lyrique en cinq actes (1763)
    Livret attribué à Louis de Cahusac

    Choeurs de l'Opéra national du Rhin
    direction : Michel Capperon
    Choeurs et Orchestre du Concert d'Astrée
    direction : Emmanuelle Ha√Įm
    ballet de l'Opéra National du Rhin
    mise en scène : Laurent Laffargue
    chorégraphie : Andonis Foniadakis
    décors : Philippe Casaban
    costumes : Hervé Poeydomenge
    éclairages : Patrice Trottier

    Avec : Anne Lise Sollied (Alphise), Paul Agnew (Abaris), Eric Laporte (Calisis), Nicolas Cavallier (Borilée), Andrew Foster Williams (Borée), Delphine Gillot (Sémire), Malia Bendi Merad (Amour), Thomas Dolié (Adamas et Apollon), Kimy McLaren (Nymphe), Luanda Siqueira (Polymnie).
     



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