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CRITIQUES DE CONCERTS 19 août 2018

Nouvelle production des Boréades de Rameau mise en scène par Laurent Laffargue et sous la direction d'Emmanuelle Haïm à la Filature de Mulhouse.

Des Boréades victimes de vents contraires
© Alain Kaiser

Malgré leur création inespérée à Aix-en-Provence par Gardiner en 1982, les Boréades ont dû attendre 1999 et leur résurrection à Salzbourg pour ne plus quitter la scène. Chaque nouvelle production se doit donc d'être un évènement. Faute de cohérence musicale et de pensée dramaturgique, l'équipe réunie par l'Opéra du Rhin ne s'élève pas au-dessus de la médiocrité.
 

La Filature / Opéra du Rhin, Mulhouse
Le 18/06/2005
Mehdi MAHDAVI
 



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  • Victime de la censure pour avoir osé véhiculer des idéaux prérévolutionnaires, les Boréades est avant tout un opéra spéculaire, dernière tragédie lyrique possible, tant Louis de Cahusac, auteur plus que présumé du livret, y révèle les rouages d'un genre moribond en intégrant les divertissements, présentés en tant que tels et non plus comme émanations du merveilleux, jusqu'à leur nécessité dramatique même.

    Tournant le dos au manichéisme glacé de Robert Carsen et à l'esthétisation sans vigueur de Laurent Pelly, Laurent Laffargue réinvestit le merveilleux par les enchantements du cirque, habile mise en abyme d'une cour vouée à la représentation où l'on n'hésite pas à manier le fouet pour imposer ses désirs. Mais un tel cadre, lorgnant trop futilement vers les plaisirs canailles de la Vie Parisienne, couronnés par l'improbable cancan de la contredanse finale, contraint la tragédie à un sentimentalisme qui refuse à Alphise et Abaris, condamnés à n'être que l'auguste et le clown blanc d'une mascarade colorée, la noblesse du renoncement et l'exemplarité du rite initiatique, comme une incapacité à traduire la symbolique de la fable.

    De ce qui n'est plus qu'une succession de numéros où le spectaculaire s'exprime parfois avec paresse, la danse ne peut que sortir victorieuse, dès lors que la chorégraphie d'Andonis Foniadakis meut des corps acrobatiques et flexibles, particulièrement signifiants dans la chasse à l'homme initiale et l'enlèvement d'Orithie, avec d'autant plus de mérite qu'Emmanuelle Haïm n'imprime à ses rythmes ni fantaisie ni carrure.

    Cette amoureuse de la courbe vocale italienne reste sans pouvoir devant un Concert d'Astrée sans couleur ni conduite, escamotant la moindre difficulté, à l'image d'un choeur aux attaques plus qu'incertaines. Et comme une marque de fabrique, quelques extrapolations liberty ne peuvent que défigurer une ligne ramiste qui se suffit à elle-même, notamment dans les vocalises paroxystiques d'un horizon serein.

    © Alain Kaiser / Opéra du Rhin

    Apathique, la basse continue n'est de surcroît d'aucun soutien à des chanteurs qui, dans leur plus grande majorité, ne maîtrisent pas les subtilités de la déclamation lyrique. Malgré les lumineuses rondeurs du timbre, Anne Lise Sollied ne trouve en Alphise que les obstacles de la langue et de la tessiture, esquissant à peine l'expression. Des frères boréades, Nicolas Cavallier et Eric Laporte ne donnent qu'une piètre image, le premier en Borilée vieux beau, maugréant des ports de voix systématiques, le second se débattant d'une voix ingrate avec la tessiture, l'émission même, de Calisis.

    Mais Andrew Foster Williams offre avec panache un Borée un rien générique. Et s'il les chante avec goût et sûreté, Thomas Dolié n'a pas encore l'aura d'un Adamas, qui plus est d'un Apollon. Lumineux combattant des vents, Paul Agnew demeure seul serviteur digne et inspiré de Rameau. Avec moins d'insolente fluidité qu'à Paris et Lyon, le ténor britannique aborde Abaris dans une perspective plus héroïque, en conservant les accents les plus suaves, la vocalise la plus déliée, et surtout cet art du dire sculptural qui confère à chacune de ses incursions dans la Tragédie lyrique une captivante profondeur.

    Malgré cette incarnation majeure et l'incontestable force de la chorégraphie, on n'a pu s'empêcher, en sortant de la Filature, de penser que le silence aussi inacceptable soit-il, imposé aux Boréades durant plus de deux cents ans, avait préservé l'ultime chef-d'oeuvre du maître dijonnais d'une plus préjudiciable médiocrité.




    La Filature / Opéra du Rhin, Mulhouse
    Le 18/06/2005
    Mehdi MAHDAVI

    Nouvelle production des Boréades de Rameau mise en scène par Laurent Laffargue et sous la direction d'Emmanuelle Haïm à la Filature de Mulhouse.
    Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
    Les Boréades, tragédie lyrique en cinq actes (1763)
    Livret attribué à Louis de Cahusac

    Choeurs de l'Opéra national du Rhin
    direction : Michel Capperon
    Choeurs et Orchestre du Concert d'Astrée
    direction : Emmanuelle Haïm
    ballet de l'Opéra National du Rhin
    mise en scène : Laurent Laffargue
    chorégraphie : Andonis Foniadakis
    décors : Philippe Casaban
    costumes : Hervé Poeydomenge
    éclairages : Patrice Trottier

    Avec : Anne Lise Sollied (Alphise), Paul Agnew (Abaris), Eric Laporte (Calisis), Nicolas Cavallier (Borilée), Andrew Foster Williams (Borée), Delphine Gillot (Sémire), Malia Bendi Merad (Amour), Thomas Dolié (Adamas et Apollon), Kimy McLaren (Nymphe), Luanda Siqueira (Polymnie).
     



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