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CRITIQUES DE CONCERTS 22 février 2020

Concert Richard Strauss de l'Orchestre national de France sous la direction de Kurt Masur, avec la participation de la soprano Deborah Voigt au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.

Tornade américaine sur la capitale
© Devon Cass

Deborah Voigt

Soirée particulière que ce concert Strauss du National et de son directeur musical Kurt Masur. La présence de Deborah Voigt constituait d'ailleurs un atout non négligeable, même si les réserves n'ont pas manqué dans les Quatre derniers Lieder. Mais c'était sans compter sur la véritable tempête vocale que l'Américaine allait faire souffler sur la scène finale de Salomé.
 

Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
Le 23/06/2005
Yutha TEP
 



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  • Il aura fallu patienter de longues minutes avant de pouvoir pleinement profiter des qualit√©s de la soprano am√©ricaine Deborah Voigt. L'orage cataclysmique qui s'abat sur la capitale en cette fin d'apr√®s-midi a des cons√©quences inattendues, certains musiciens ayant √©t√© retard√©s par les effets du ciel sur la circulation parisienne. Un peu plus d'une demi-heure de retard donc, qui explique peut-√™tre l'extr√™me nervosit√© de l'Orchestre national de France dans le Don Juan qui ouvre cette soir√©e Strauss.

    Le Schwung viennois ne fait pas partie des qualités premières de Kurt Masur, et si les combinaisons de timbres sont là, la lisibilité n'est pas parfaite et surtout la raideur de la battue prive le poème symphonique de son miroitement instrumental, sans compter certaines approximations dans la cohésion générale. Le directeur du National ne recule guère devant certaines acidités, qu'on peut accepter à la limite, à condition que soient parfaitement préservées ces toiles arachnéennes que le compositeur ménage même dans les pires excès d'Elektra.

    Des Quatre derniers Lieder étonnament rapides

    Plus calme dans les Quatre derniers Lieder, Masur surprend : l'ampleur naturelle de la voix de Deborah Voigt laissait penser qu'il renouerait avec les options musicales de son c√©l√®bre enregistrement avec Jessye Norman. Or, les tempi sont ce soir relativement rapides, et la soprano am√©ricaine n'a gu√®re le temps de d√©ployer ses grands moyens. Pire, son manque total de legato et l'indiff√©rence √† l'√©gard des nuances ¬Ė voire des mots ¬Ė nuisent consid√©rablement √† la vocalit√© sinueuse de Fr√ľhling et aux courbes sensuelles de September, jusqu'√† un Beim Schlafengehen o√Ļ les longues envol√©es de l'√Ęme montrent un contr√īle du souffle plus qu'al√©atoire. On tente en vain de retrouver les qualit√©s de celle qui sut n√©gocier habilement les coloratures de Lady Macbeth ou l'√©pineux r√©veil de l'Imp√©ratrice de la Femme sans ombre. Seul Im Abendrot conserve une certaine tenue, Kurt Masur conduisant parfaitement les grandes coul√©es harmoniques de sa conclusion instrumentale.

    L'impact sonore hallucinant de Deborah Voigt

    Même perplexité au début de la deuxième partie : si la science des couleurs du chef allemand est incontestable, et si la première partie de Mort et Transfiguration distille de magnifiques teintes obscures, la progression vers la lumière aurait pu être opérée avec plus de contraste. Mais il faut attendre le retour de Deborah Voigt pour voir la soirée enfin décoller pleinement. Non pas que les qualités vocales se soient soudainement transmuées.

    La salle est tout simplement saisie √† la gorge par un volume sonore d'une ampleur qu'on savait ph√©nom√©nale, mais qui atteint dans la sc√®ne finale de Salom√© des niveaux dynamiques sans pr√©c√©dent. Devant le pur impact physique de cette √©mission ¬Ė que seule une Maria Guleghina peut pr√©tendre √©galer √† l'heure actuelle ¬Ė, on en vient √† jeter aux orties toute r√©serve de nature belcantiste. Le National a beau exploser dans des sonorit√©s d√©brid√©es et glorieuses, jamais la voix ne s'en laisse conter. On peut juger malsaine l'excitation ressentie face √† cette d√©bauche de d√©cibels, mais comment r√©sister √† pareil d√©ferlement ?

    Car cette v√©ritable tornade am√©ricaine aura r√©ussi en une petite vingtaine de minutes de sensations fortes ¬Ė doux euph√©misme ¬Ė √† mettre √† genoux le Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es.




    Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris
    Le 23/06/2005
    Yutha TEP

    Concert Richard Strauss de l'Orchestre national de France sous la direction de Kurt Masur, avec la participation de la soprano Deborah Voigt au Th√©√Ętre des Champs-√Člys√©es, Paris.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Don Juan, poème symphonique op. 20 (1888)
    Quatre derniers Lieder (1948)
    Tod und Verklärung, poème symphonique op. 24 (1888)
    Scène finale de Salome (1905)

    Deborah Voigt, soprano
    Orchestre national de France
    direction : Kurt Masur

     


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