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CRITIQUES DE CONCERTS 08 aoŻt 2020

Concert d'ouverture du festival de Salzbourg 2005 par l'Orchestre Philharmonique de Vienne sous la direction de Christian Thielemann au Grosses Festspielhaus, Salzburg.

Salzbourg 2005 (1) :
Thielemann dompté par les Viennois ?

Affiche de prestige en ouverture du Festival de Salzbourg 2005 avec un concert Strauss des Wiener Philharmoniker sous la houlette de Christian Thielemann. Après une première partie desservie par un Thomas Hampson primaire, une lecture de Zarathoustra fulgurante, sans qu'on sache vraiment qui de l'orchestre ou du chef réussit à dompter l'autre.
 

Großes Festspielhaus, Salzburg
Le 25/07/2005
Benjamin GRENARD
 



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  • Alors que ce m√©morable concert d'ouverture du festival de Salzbourg 2005 sera diffus√© sur les ondes hertziennes √† la fin ao√Ľt, il est n√©cessaire de rappeler combien entendre la Philharmonie de Vienne en direct repr√©sente une exp√©rience aussi inou√Įe que celle qui consiste √† √™tre confront√© in situ √† l'acoustique mythique de Bayreuth. Le disque ne peut en donner en d√©finitive qu'une id√©e affadie.

    Il faut toujours quelques minutes pour s'habituer à la richesse, au foisonnement de l'écrin viennois ; car cet orchestre qui ne cesse de pétiller enivre d'emblée et perturbe les habitudes d'écoute. Mais dans cette abondance suave, la légendaire transparence viennoise oeuvre toujours secrètement et réoriente rapidement l'auditeur, grisé par tant de troublante poésie sonore.

    Les sortilèges de l'orchestration straussienne

    Cette premi√®re impression est d'autant plus accentu√©e par l'orchestration rutilante de Strauss, dont les Wiener Philharmoniker savent retranscrire les sortil√®ges. De surcro√ģt, Thielemann travaille les sonorit√©s en authentique orf√®vre et livre un Don Juan vif, √©pique, √©tincelant. Quelques menues imperfections n'entament jamais l'excellence de l'ensemble, comme ce solo de hautbois approximatif d'intonation mais au timbre si charnu et au phras√© si courbe que chaque note dispose toujours d'une inflexion parfaitement juste.

    Face √† tant d'excellence, Thomas Hampson appara√ģt bien sommaire en comparaison dans les quatre Lieder qui suivent, vocif√©rant d√©cid√©ment plus qu'il ne chante dans Hymnus comme dans N√§chtlicher Gang. Le baryton fait du gros, du mauvais op√©ra ¬Ė si tant est que l'op√©ra se chante de cette mani√®re ¬Ė et t√©moigne continuellement d'un vide musical flagrant : jamais une once de subtilit√© ne vient rendre gr√Ęce √† des lignes d'une conduite primaire. Heureusement, on arrive √† oublier Hampson dans un m√©morable Notturno o√Ļ le Konzertmeister Rainer Honeck lui ravit sans peine la premi√®re place, au c√īt√© de bois d'une transparence et d'une justesse ahurissante et de cuivres d'une v√©ritable moiteur glac√©e. Une fascinante coagulation d'espace apr√®s un N√§chtlicher Gang d'une √©toffe r√©solument dionysiaque.

    Un Zarathoustra en véritable lame de fond

    Mais le point culminant de cette soir√©e reste la seconde partie, consacr√©e √† un Ainsi parlait Zarathoustra d'anthologie, dans lequel la Philharmonie de Vienne atteint une perfection dans l'ex√©cution dont elle seule est capable. Apr√®s une introduction magistrale, qui n'a jamais claqu√© de telle mani√®re, et une timbale plus athl√©tique que v√©ritablement grandiose, Thielemann construit le po√®me symphonique avec un art consomm√© de l'architecture, prouvant qu'il n'est pas de ces chefs de th√©√Ętre qui puisent leurs effets dans les contrastes tranchants, mais qu'il s'attache au contraire √† conduire l'ensemble de l'ouvrage au moyen d'une v√©ritable lame de fond.

    Et l'orchestre n'a de cesse de solliciter ses cors infaillibles, ses trombones implacables, ou de magnifier le chatoyant de ses bois et le soyeux de ses cordes. Les tutti, qui sidèrent par leur puissance tout en laissant résonner et respirer le spectre harmonique dans toute sa richesse, portent indéniablement la griffe d'un orchestre plus que jamais habité par le raffinement.

    De ce concert, on ne saura jamais véritablement qui de Thielemann ou de la Philharmonie dompte l'autre. Sans doute l'exceptionnelle réussite de cette soirée tient-elle dans l'alchimie de cette rencontre. Toujours est-il que Thielemann, ovationné, revient saluer avec un élan dont l'enthousiasme est à mettre sur le compte d'une parfaite complicité avec les Viennois.




    Großes Festspielhaus, Salzburg
    Le 25/07/2005
    Benjamin GRENARD

    Concert d'ouverture du festival de Salzbourg 2005 par l'Orchestre Philharmonique de Vienne sous la direction de Christian Thielemann au Grosses Festspielhaus, Salzburg.
    Richard Strauss (1864-1949)
    Don Juan, poème symphonique op. 20 (1888)

    Hymnus, op. 33 n¬į 3
    N√§chtlicher Gang, op. 44 N¬į 2
    Notturno, op. 44 n¬į 1
    Pilgers Morgenlied, op. 33 n¬į 4
    Thomas Hampson, baryton

    Ainsi parlait Zarathoustra, poème symphonique op. 30 (1895-96)

    Wiener Philharmoniker
    direction : Christian Thielemann

     


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