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CRITIQUES DE CONCERTS 07 décembre 2019

Reprise de la Lulu de Berg mise en scène par David Alden sous la direction de Michael Boder au Festival d'Opéra de Munich 2005.

Munich 2005 (1) :
Malheureuse conjonction

© Wilfried Hösl

Margareta De Arellano (Lulu)

Au milieu de centaines de manifestations estivales européennes, la Staatsoper de Munich a la particularité d'ouvrir ses portes chaque mois de juillet pour un excellent festival d'opéra en forme de rétrospective de la saison écoulée. Pour cette fin juillet 2005, une Lulu de haute tenue musicale desservie par une mise en scène trop fantaisiste.
 

Nationaltheater, MĂĽnchen
Le 29/07/2005
Benjamin GRENARD
 



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  • Dans le domaine de l'art lyrique, la perfection est dĂ©cidĂ©ment rarement de ce monde. La production munichoise de Lulu cultive les extrĂŞmes : musicalement irrĂ©prochable pour une des oeuvres les plus difficiles du rĂ©pertoire, le spectacle doit malheureusement lutter contre une mise en scène fantaisiste. Car David Alden oeuvre continuellement contre le texte et la musique, et frise le pathĂ©tique dans un premier acte grotesque : un peintre trivial, en cameraman beauf, prenant Lulu par derrière pendant la pose ; un lycĂ©en caricatural et outrĂ©, casquette et blouson de cuir racaille ; un Schön sans envergure et indiffĂ©rent ; une Lulu ne dĂ©passant jamais le vulgaire objet sexuel.

    © Wilfried Hösl

    Les personnages cultivent entre eux une indifférence évidente, une inconscience perpétuelle face aux situations : Schön tripote Lulu alors que le peintre vient de rendre son dernier râle ; Lulu pousse un cri blasé lors de la découverte de son cadavre ; on avise ensuite de la situation autour d'un grille-pain. Enfin, grand moment que celui de l'humiliation de Schön, acculé par Lulu à écrire la lettre fatidique sur un rouleau de papier toilette après avoir été fouetté à quatre pattes
    Un beau ramassis d'obsédés sexuels ! Rien ne subsiste de la tension entre les personnages qui est le nœud de l'histoire. Et dans les deux derniers actes, qu'Alden ne sait pas par quel bout empoigner, sa lecture s'effondre.

    Dommage, car l'interprétation musicale apparaît du meilleur niveau, comme rarement dans un ouvrage aussi complexe. L'orchestre de l'Opéra d'Etat de Bavière s'impose par sa musicalité naturelle, sa technique irréprochable et sa couleur particulière : des cuivres sombres et puissants, des cordes moelleuses et chaudes. Michael Boder conduit le tout avec intelligence et une grande lisibilité, jouant de l'expressivité des timbres tout en cultivant toujours un intérêt dramatique, une lecture sans concession et précise.

    Un plateau quasiment irréprochable

    Le plateau est quasiment irréprochable et d'une rare homogénéité. Margareta De Arellano domine toutefois la distribution, Lulu mutine, inflexible mais aussi tragique, plus souple dans les passages de registres que dans les colorature. Le timbre racé, l'émission puissante de Tom Fox, proches de naguère ceux d'un Theo Adam, sont idéalement ceux du Dr Schön. L'excellent Will Hartmann pourrait être l'interprète de la soirée si le metteur en scène n'avait pas tant raté son Peintre.

    A l'opposé, le timbre de John Daszak ne composera pas une prestation inoubliable mais l'interprète d'Alwa est toujours exact. Quant au vétéran Franz Mazura, magistral, il fait tout le sel de ce Schigolch dépravé en jouant sur un timbre aiguisé. De cet excellent panorama, la Geschwitz de Katarina Karnéus se situe un peu en retrait, de même que la triple incarnation de Kenneth Roberson, contraint par une émission difficile, car la pléthore de seconds rôles fait largement honneur à l'excellente qualité vocale de l'ensemble.

    On mentionnera enfin combien une Lulu si aboutie sur le plan musical est une denrée rare, suffisant à racheter à elle seule un spectacle desservi par une scène hors-sujet. En attendant, on patientera, dans cet univers imparfait qu'est l'art lyrique, qu'une conjonction plus heureuse voit le jour.




    Nationaltheater, MĂĽnchen
    Le 29/07/2005
    Benjamin GRENARD

    Reprise de la Lulu de Berg mise en scène par David Alden sous la direction de Michael Boder au Festival d'Opéra de Munich 2005.
    Alban Berg (1885-1935)
    Lulu, opéra en trois actes (1937)
    Orchestration du troisième acte achevée par Friedrich Cerha (1979)
    Livret du compositeur d'après deux tragédies de Franz Wedekind : Erdgeist (l'Esprit de la terre) et Die Büchse der Pandora (la Boîte de Pandore)

    Das Bayerische Staatsorchester
    direction : Michael Boder
    mise en scène : David Alden
    décors : Giles Cadle
    costumes : Brigitte Reiffenstuel
    Ă©clairages : Pat Collins
    chorégraphie : Beate Vollack

    Avec :
    Margarita De Arellano (Lulu), Katarina Karnéus (la Comtesse Geschwitz), Tom Fox (Docteur Schön / Jack l'éventreur), John Daszak (Alwa), Will Hartmann (le Peintre / le Nègre), Franz Mazura (Schigolch), Jacek Strauch (un dompteur / l'Athlète), Kenneth Roberson (le Prince / le Valet de chambre / le Marquis), Alfred Kuhn (le Professeur de médecine / le Professeur / le Directeur de théâtre / le Banquier), Ulrike Helzel (une habilleuse de théâtre / le Lycéen / un groom), Norma Raccichini (une jeune fille de quinze ans), Jennifer Trost (sa mère), Heike Grötzinger (une décoratrice), Nikolay Borchev (un journaliste), Thorsten Stepath (un commissaire de police).

     



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